plus c'est pareil.
J'avais toujours cru que le jour où je serais enceinte, je pourrais enfin respirer et dire adieu aux sentiments désagréables qui viennent avec l'infertilité. J'ai toujours pensé qu'une fois cette bataille gagnée, je ne ressentirais plus d'amertume, de jalousie, d'envie et de rage. Je me rends bien compte que je suis loin d'avoir fait la paix avec notre lutte. Même si je suis aujourd'hui enceinte et que j'en suis vraiment heureuse, je ne suis pas à l'abris de mes propres émotions contradictoires. Autour de moi, plein de femmes tombent enceinte une après l'autre. Même si, comme avant, je leur souhaite le plus beau des bonheurs, il y a comme une boule qui se forme en moi et qui grossit. Cette boule de rage, d'injustice et de jalousie me fait bouillir. Le simple fait de me sentir comme ça me fait encore plus bouillir, ce qui crée un cercle viscieux très déstabilisant. Je croyais que maintenant que j'avais ce que je leur enviais, je me ficherais bien de ce qui arrive aux autres, que je serais heureuse d'avoir enfin ce que je désirais tant et de ne plus subir la foutue injustice qui m'a fait si mal, si longtemps. Mais non! Je me retrouve au même point, avec les mêmes sentiments! Pourquoi suis-je jalouse de femmes qui ont la même chose que moi? Pourquoi suis-je enragée, alors que moi aussi j'ai la chance d'être enceinte? Parce que même si j'ai mon petit pépin qui pousse en moi, ça ne change en rien le chemin que nous avons dû parcourir pour y arriver. Et c'est ce chemin-là, c'est ce qu'il a laissé comme trace et comme cicatrices qui fait toute la différence. Oui, je suis enceinte, mais je n'y suis pas arrivée en un ou deux mois. Les femmes qui tombent enceintes autour de moi ces temps-ci ne font que me rappeler que ce que j'ai mis tant de temps et d'efforts à obtenir est encore facile pour la grande majorité des gens. Ce qui pour moi est si unique et tient presque du miracle, devient presque banal lorsque je regarde autour de moi. Je n'ai rien d'exceptionnel. Je n'ai rien d'unique et de spécial. Maintenant que je suis enceinte, je suis "comme les autres." Et ça, je n'en suis pas capable. Je ne tiens pas à être différente. Je ne tiens vraiment pas à avoir le spotlight. Mais j'aurais aimé pouvoir mieux reconnaître le côté spécial de cette grossesse parmi tant d'autres. Non, tout ce que ces grossesses faciles me rapellent, c'est que pour moi, ça a été difficile et que pour le reste du monde, ça été facile. Je n'ai pas plus de mérite que les autres. Je n'aurai pas plus de récompense en bout de ligne. J'aurai exactement la même chose que toutes celles qui n'ont mis aucun effort à tomber enceinte. Mes efforts m'ont menée ici, mais ce n'était que pour me rendre au même point que toutes les autres. Au point où j'en suis, les efforts et le temps passé à désirer, espérer, pleurer, me décourager, me resaisir, combattre la jalousie et la rage ne représentent plus rien. Ce que l'infertilité a fait ne pourra jamais être effacé, mais ça, personne ne le verra. Pour tout le reste du monde, je ne suis qu'une femme normale qui attend un enfant. Même si c'est une des choses les plus merveilleuses du monde, ça reste une chose banale pour trop de gens. On ne se pose même pas de question sur ce que ce bébé représente. C'est seulement normal qu'il soit là. Un couple s'aime. Ils vivent ensemble. Ils ont un enfant. C'est le cours normal des choses, c'est comme ça que la plupart des gens croit que ça fonctionne pour la terre entière. En fait, c'est comme ça que ça fonctionne réellement pour la majorité.
Oui, je suis amère. Oui, je suis jalouse. Je déteste me sentir comme ça, mais je ne peux rien y faire. Je sais trop bien, après 3 ans à essayer de les taire, que ces sentiments ont leur place et doivent être vécus. Je suis frustrée de voir que mon pépin ne sera qu'un parmis tant d'autres, que trop peu de gens sauront à quel point il a été désiré et attendu. Je ne veux pas de médaille. Je ne veux pas l'admiration des gens et encore moins leur pitié. Je voudrais seulement avoir le mérite qui nous revient. Je ne veux pas que tout ce que j'ai pris la peine de partager, tous les morceaux de mon coeur que j'ai étalés au grand public tombent dans l'oubli maintenant que j'ai une partie de notre rêve qui grandit en moi.
31 mai 2005
27 mai 2005
5 semaines
J'ai décidé de faire un petit récapitulatif à chaque semaine, à partir d'aujourd'hui.
Mon corps
J'ai mal aux seins, surtout le soir, et ils sont plus gros et plus lourds. J'ai faim pratiquement tout le temps, mais dès que je mange, j'ai l'impression d'être pleine. Je vais de plus en plus souvent uriner. J'ai un petit point qui vient et part, vis-à-vis mon ovaire droit. J'ai souvent des brûlements d'estomac. Je suis fatiguée. Je ne vois pas encore de différence au niveau de mon ventre. Je n'ai pas pris de poids. Je me sens bien.
Mon coeur
Je pleure à rien, mais des larmes de bonheur ou de tendresse, par exemple en lisant un texte touchant. Mon coeur bat fort, rempli d'amour pour ce petit pépin encore si miniature. Je suis heureuse, y'a pas de doute, et je sais que ce bonheur peut encore grandir, en même temps que notre bébé.
Ma tête
Je me sens bien, je commence à saisir un peu plus ce qu'il m'arrive. J'ai encore pas mal d'angoisses et de peurs, mais je les contrôle bien et je réussis à entendre raison. J'ai tellement pris l'habitude de tout analyser, calculer et prévoir avec l'infertilité, que de me retrouver dans le vide comme ça me déstabilise un peu. Je vais finir par me laisser convaincre de laisser la nature aller. J'ai eu le résultat de ma prise de sang aujourd'hui et ça m'a réconfortée sans bon sens, après avoir analysé et recherché et décortiqué chaque détail, bien sûr. Le cap des 5 semaines sera bientôt passé. Même si je sais que ça ne garantit rien, le fait de passer cette étape symbolique me fera du bien. Ce sera un stress de moins.
Mon pépin
Il mesure près de 2 mm. Il a la forme, si on le regardait de haut, d'une semelle de chaussure. Je lui parle très souvent. Je caresse mon ventre en lui disant de rester avec nous. Je lui promets de la chaleur, de l'amour, un ventre bien confortable où il grandira et prendra forme. Je lui dis qu'il ne peut pas partir sans connaître son papa, car il sera le plus merveilleux des papas.
Mon chum
Il est mon ancre, il me tient les deux pieds sur terre, autant lorsque je laisse mon imagination aller trop loin dans mes angoisses que lorsque je laisse mon coeur l'emporter et mon bonheur déborder. Il est heureux, je le sais. Il a peur, je le sais aussi. Il touche souvent mon ventre du bout des doigts, comme pour montrer à pépin qu'il est là, lui aussi, et qu'il l'attend.
Notre monde
Nous ne l'avons pas annoncé encore. Nous avons décidé d'attendre au moins d'avoir vu le médecin avant de faire quoi que ce soit. Seules mes amies dans l'ordinateur le savent. Mes vielles copines, mes amies depuis des années ne le savent pas encore. Hom l'a dit à une collègue qui savait un peu notre problème d'infertilité Il m'a dit qu'il avait senti comme un poids se soulever de ses épaules. J'ai vraiment hâte de l'annoncer à la terre entière! Mais nous restons prudents pour le moment.
Mon corps
J'ai mal aux seins, surtout le soir, et ils sont plus gros et plus lourds. J'ai faim pratiquement tout le temps, mais dès que je mange, j'ai l'impression d'être pleine. Je vais de plus en plus souvent uriner. J'ai un petit point qui vient et part, vis-à-vis mon ovaire droit. J'ai souvent des brûlements d'estomac. Je suis fatiguée. Je ne vois pas encore de différence au niveau de mon ventre. Je n'ai pas pris de poids. Je me sens bien.
Mon coeur
Je pleure à rien, mais des larmes de bonheur ou de tendresse, par exemple en lisant un texte touchant. Mon coeur bat fort, rempli d'amour pour ce petit pépin encore si miniature. Je suis heureuse, y'a pas de doute, et je sais que ce bonheur peut encore grandir, en même temps que notre bébé.
Ma tête
Je me sens bien, je commence à saisir un peu plus ce qu'il m'arrive. J'ai encore pas mal d'angoisses et de peurs, mais je les contrôle bien et je réussis à entendre raison. J'ai tellement pris l'habitude de tout analyser, calculer et prévoir avec l'infertilité, que de me retrouver dans le vide comme ça me déstabilise un peu. Je vais finir par me laisser convaincre de laisser la nature aller. J'ai eu le résultat de ma prise de sang aujourd'hui et ça m'a réconfortée sans bon sens, après avoir analysé et recherché et décortiqué chaque détail, bien sûr. Le cap des 5 semaines sera bientôt passé. Même si je sais que ça ne garantit rien, le fait de passer cette étape symbolique me fera du bien. Ce sera un stress de moins.
Mon pépin
Il mesure près de 2 mm. Il a la forme, si on le regardait de haut, d'une semelle de chaussure. Je lui parle très souvent. Je caresse mon ventre en lui disant de rester avec nous. Je lui promets de la chaleur, de l'amour, un ventre bien confortable où il grandira et prendra forme. Je lui dis qu'il ne peut pas partir sans connaître son papa, car il sera le plus merveilleux des papas.
Mon chum
Il est mon ancre, il me tient les deux pieds sur terre, autant lorsque je laisse mon imagination aller trop loin dans mes angoisses que lorsque je laisse mon coeur l'emporter et mon bonheur déborder. Il est heureux, je le sais. Il a peur, je le sais aussi. Il touche souvent mon ventre du bout des doigts, comme pour montrer à pépin qu'il est là, lui aussi, et qu'il l'attend.
Notre monde
Nous ne l'avons pas annoncé encore. Nous avons décidé d'attendre au moins d'avoir vu le médecin avant de faire quoi que ce soit. Seules mes amies dans l'ordinateur le savent. Mes vielles copines, mes amies depuis des années ne le savent pas encore. Hom l'a dit à une collègue qui savait un peu notre problème d'infertilité Il m'a dit qu'il avait senti comme un poids se soulever de ses épaules. J'ai vraiment hâte de l'annoncer à la terre entière! Mais nous restons prudents pour le moment.
26 mai 2005
Envie
J'ai attendu ce moment si longtemps, j'ai espéré voir cette deuxième ligne rose apparaître si souvent. Pourquoi est-ce que je suis déçue aujourd'hui? Ce n'est pas comme je l'avais imaginé des dizaines et des dizaines de fois. Cette maudite fausse-couche a tout gâché. Cette maudite fausse-couche a imprégné en moi des sentiments que je croyais pouvoir effacer une fois l'infertilité battue.
J'envie les femmes qui, le jour où elles passent leur premier test de grossesse positif, pleurent de bonheur et ne sont pas capable de contrôler leur fou-rire et leur bonne humeur toute la journée, toute la semaine.
J'envie les femmes qui n'attendent pas avant de l'annoncer à tous ceux et celles qui veulent bien l'entendre et qui partagent leur bonheur librement.
J'envie les femmes qui peuvent imaginer plein de symtômes sans culpabiliser ou avoir peur de se tromper.
J'envie les femmes qui peuvent choisir le moment où elles tombent enceinte et planifier leur prochaine année d'un seul coup.
J'envie les femmes qui, une fois la grossesse confirmée, courent s'acheter du linge de maternité.
J'envie les femmes qui croient avoir un ventre à 5 semaines de grossesse.
J'envie les femmes qui pensent à la décoration de la chambre du bébé alors que le test de grossesse sur le comptoir de la salle de bains n'est pas encore sec.
J'envie les femmes qui n'ont pas peur, qui n'associent pas grossesse à fausse-couche et fausse-couche à infertilité.
J'envie les femmes qui peuvent goûter chaque minute de leur bonheur d'être future maman.
J'envie les femmes qui réussissent à transmettre leur belle naïveté à leur chum, qui vivra dans la même allégresse et jubilation pendant 9 mois.
J'envie les femmes qui, lorsqu'on leur annonce qu'une telle est enceinte, la première question qui leur vient à l'esprit n'est pas "combien de temps ont-ils essayé" ou "quel traitement a-t-elle pris"
J'envie les couples qui sautent à pieds joints dans la belle aventure qu'est la grossesse et la parenté, sans penser à la fragilité du petit être en devenir.
J'envie les femmes qui vivront leur maternité sans jamais avoir connu le désespoir et la douleur d'une perte.
J'envie les femmes qui ignorent tout de l'infertilité et qui croient que les bébés se font facilement pour tout le monde.
J'envie les femmes qui n'ont pas besoin de 10 tests de grossesse positifs pour commencer à un peu croire qu'il y a de la vie qui pousse dans leur ventre.
J'envie les femmes qui croient, dès le premier jour, que leur bébé est en sécurité dans leur ventre.
J'envie les femmes enceintes qui voient loin.
Mais je sais que bien des femmes m'envient pour ce que j'ai aujourd'hui. Je sais que je suis privilégiée et fortunée d'avoir un petit pépin dans mon ventre. Je ne cesse de le répéter, mais j'ai peur de passer pour une ingrate ou une enfant gâtée. Je suis heureuse. Je suis énormément reconnaissante d'avoir la chance d'être porteuse de cette petite vie. Je suis seulement très déçue d'être déçue. Je suis triste de ne pas sentir le même bien-être naïf que j'avais senti en décembre. Je suis désolée de voir que notre perte nous a à jamais changés et nous empêche aujourd'hui d'avoir pleine confiance en la vie.
J'ai envie de voir loin, de penser à quand on l'annoncera à notre famille, de trouver des idées de décoration pour la chambre, de penser aux prénoms, de préparer l'arrivée du bébé, de m'acheter du linge de grossesse parce que je crois que mon ventre a grossi. J'ai envie de profiter pleinement de cette grossesse, de chaque seconde où pépin grandit en moi. J'ai envie d'être heureuse et de ne plus angoisser. J'ai envie de vie.
J'envie les femmes qui, le jour où elles passent leur premier test de grossesse positif, pleurent de bonheur et ne sont pas capable de contrôler leur fou-rire et leur bonne humeur toute la journée, toute la semaine.
J'envie les femmes qui n'attendent pas avant de l'annoncer à tous ceux et celles qui veulent bien l'entendre et qui partagent leur bonheur librement.
J'envie les femmes qui peuvent imaginer plein de symtômes sans culpabiliser ou avoir peur de se tromper.
J'envie les femmes qui peuvent choisir le moment où elles tombent enceinte et planifier leur prochaine année d'un seul coup.
J'envie les femmes qui, une fois la grossesse confirmée, courent s'acheter du linge de maternité.
J'envie les femmes qui croient avoir un ventre à 5 semaines de grossesse.
J'envie les femmes qui pensent à la décoration de la chambre du bébé alors que le test de grossesse sur le comptoir de la salle de bains n'est pas encore sec.
J'envie les femmes qui n'ont pas peur, qui n'associent pas grossesse à fausse-couche et fausse-couche à infertilité.
J'envie les femmes qui peuvent goûter chaque minute de leur bonheur d'être future maman.
J'envie les femmes qui réussissent à transmettre leur belle naïveté à leur chum, qui vivra dans la même allégresse et jubilation pendant 9 mois.
J'envie les femmes qui, lorsqu'on leur annonce qu'une telle est enceinte, la première question qui leur vient à l'esprit n'est pas "combien de temps ont-ils essayé" ou "quel traitement a-t-elle pris"
J'envie les couples qui sautent à pieds joints dans la belle aventure qu'est la grossesse et la parenté, sans penser à la fragilité du petit être en devenir.
J'envie les femmes qui vivront leur maternité sans jamais avoir connu le désespoir et la douleur d'une perte.
J'envie les femmes qui ignorent tout de l'infertilité et qui croient que les bébés se font facilement pour tout le monde.
J'envie les femmes qui n'ont pas besoin de 10 tests de grossesse positifs pour commencer à un peu croire qu'il y a de la vie qui pousse dans leur ventre.
J'envie les femmes qui croient, dès le premier jour, que leur bébé est en sécurité dans leur ventre.
J'envie les femmes enceintes qui voient loin.
Mais je sais que bien des femmes m'envient pour ce que j'ai aujourd'hui. Je sais que je suis privilégiée et fortunée d'avoir un petit pépin dans mon ventre. Je ne cesse de le répéter, mais j'ai peur de passer pour une ingrate ou une enfant gâtée. Je suis heureuse. Je suis énormément reconnaissante d'avoir la chance d'être porteuse de cette petite vie. Je suis seulement très déçue d'être déçue. Je suis triste de ne pas sentir le même bien-être naïf que j'avais senti en décembre. Je suis désolée de voir que notre perte nous a à jamais changés et nous empêche aujourd'hui d'avoir pleine confiance en la vie.
J'ai envie de voir loin, de penser à quand on l'annoncera à notre famille, de trouver des idées de décoration pour la chambre, de penser aux prénoms, de préparer l'arrivée du bébé, de m'acheter du linge de grossesse parce que je crois que mon ventre a grossi. J'ai envie de profiter pleinement de cette grossesse, de chaque seconde où pépin grandit en moi. J'ai envie d'être heureuse et de ne plus angoisser. J'ai envie de vie.
25 mai 2005
Ça tire!
Je me plaignais de ne rien ressentir. Hier soir, je me suis apperçue que je sentais peut-être quelque chose après tout. Mes seins font de plus en plus mal. Brûlements, constipation et faim bizarre, ce sont des signes assez clairs. Et depuis hier soir, je sens un tiraillement dans mon ventre. Un tiraillement que j'attendais, que je recherchais. Un tiraillement très unique et réconfortant pour moi. Enfin je sens un peu l'existence de mon pépin!
24 mai 2005
Lentement
J'ai été suivie par un ob-gyn spécialisé en fertilité pendant 2 ans dans une clinique d'obstétrie-gynécologie. J'ai toujours pu avoir des rendez-vous très rapides, à des jours précis de mon cycle lorsque nécessaire. C'est même arrivé que mon docteur ait eu à ouvrir la clinique un samedi, seulement pour moi. Aujourd'hui, j'appelle pour un suivi de grossesse. Elle me dit qu'il ne peut pas me voir avant 10 semaines, que c'est comme ça les suivis de grossesse. Je lui demande s'il n'y a pas moyen de me voir plus tôt, vu que j'ai fait une fausse-couche la dernière fois et que j'ai été suivie en fertilité pendant 2 ans. Il me semble que c'est la moindre des choses! Je ne suis pas une patiente ordinaire avec un taux de risque bas. Elle me dit que le plus tôt qu'il peut me voir, c'est à 8 semaines. J'ai pris ça, ne pouvant pas vraiment m'obstiner plus que ça avec elle. Je suis vraiment, vraiment déçue. Si je lui avais demandé un rendez-vous en fertilité, je l'aurais eu dans la semaine. Je ne suis pas assez vite dans des situations comme ça. Je n'ai pas pensé à mentir sur mes dates pour avoir le rendez-vous plus tôt. Je me tape sur le front maintenant de ne pas y avoir pensé.
Je file chialeuse aujourd'hui. J'ai besoin qu'on me calme et qu'on me confirme que tout est ok, mais la clinique que j'ai tant aimée dans le passé me fait de plus en plus suer. On s'occupe de toi quand tu donnes des gros sous (les échos d'ovulation, l'hystéro, les injections, les inséminations, alouette!), mais quand tu deviens une madame tout le monde enceinte comme les autres, on se fout de toi.
Bon ok, j'exagère, je le sais. Il y a des situations bien pires que ça. Je devrais être contente de le voir à 8 semaines, c'est tôt quand même. Je devrais surtout ne pas m'en faire avec des détails comme ça. Peut-être est-ce parce que je fréquente beaucoup d'américaines suivies en fertilité que j'ai l'impression que notre système est hyper lent. J'ai l'habitude de les entendre parler de leurs multiples prises de sang, leurs nombreuses échographies et leur suivi de grossesse serrés. Ici, c'est lent, c'est minimaliste et c'est avare. Mais c'est gratuit. On ne peut pas tout avoir!
J'ai quand même réussi à avoir mon papier pour ma prise de sang (j'irai le chercher demain) et le rendez-vous est jeudi matin. Je serais supposée avoir le résultat la journée même.
Je me sens relativement bien. Je n'ai pas de maux désagréables. En fait, je ne sens rien et c'est ça qui m'inquiète un peu. J'ai un peu mal aux seins, ça vient et ça part. Comme j'ai souvent eu mal aux seins (à tous mes cycles, avant les règles) je ne compte pas ça comme un symptôme, même si c'en est un. Je n'ai pas envie de pipi sans arrêt. Je n'ai pas mal au coeur. Je n'ai pas de tiraillement. Je n'ai pas faim tout le temps. Je ne suis pas si fatiguée aujourd'hui. Bref, si je n'avais pas eu 4 tests positifs et si mes règles n'étaient pas toujours absentes, j'aurais bien de la misère à croire que je suis vraiment enceinte. Je ne me plaindrai pas de ne rien sentir! Je ne tiens pas à avoir mal au coeur et à être fatiguée! Mais j'aimerais bien au moins avoir un petit signe physique qui reste, juste pour me convaincre, juste pour être certaine que je ne rêve pas. Le matin où j'ai fait ma fausse-couche en décembre, la première chose qui m'a frappée en me levant, c'était que je ne ressentais plus aucun symtôme de grossesse. Tout était disparu. Et je saignais. C'est pourquoi aujourd'hui, je tiens à mes symptômes. Même s'ils ne garantissent pas grand chose, ils me font quand même garder espoir que ma grossesse continuera au moins une autre journée.
Je file chialeuse aujourd'hui. J'ai besoin qu'on me calme et qu'on me confirme que tout est ok, mais la clinique que j'ai tant aimée dans le passé me fait de plus en plus suer. On s'occupe de toi quand tu donnes des gros sous (les échos d'ovulation, l'hystéro, les injections, les inséminations, alouette!), mais quand tu deviens une madame tout le monde enceinte comme les autres, on se fout de toi.
Bon ok, j'exagère, je le sais. Il y a des situations bien pires que ça. Je devrais être contente de le voir à 8 semaines, c'est tôt quand même. Je devrais surtout ne pas m'en faire avec des détails comme ça. Peut-être est-ce parce que je fréquente beaucoup d'américaines suivies en fertilité que j'ai l'impression que notre système est hyper lent. J'ai l'habitude de les entendre parler de leurs multiples prises de sang, leurs nombreuses échographies et leur suivi de grossesse serrés. Ici, c'est lent, c'est minimaliste et c'est avare. Mais c'est gratuit. On ne peut pas tout avoir!
J'ai quand même réussi à avoir mon papier pour ma prise de sang (j'irai le chercher demain) et le rendez-vous est jeudi matin. Je serais supposée avoir le résultat la journée même.
Je me sens relativement bien. Je n'ai pas de maux désagréables. En fait, je ne sens rien et c'est ça qui m'inquiète un peu. J'ai un peu mal aux seins, ça vient et ça part. Comme j'ai souvent eu mal aux seins (à tous mes cycles, avant les règles) je ne compte pas ça comme un symptôme, même si c'en est un. Je n'ai pas envie de pipi sans arrêt. Je n'ai pas mal au coeur. Je n'ai pas de tiraillement. Je n'ai pas faim tout le temps. Je ne suis pas si fatiguée aujourd'hui. Bref, si je n'avais pas eu 4 tests positifs et si mes règles n'étaient pas toujours absentes, j'aurais bien de la misère à croire que je suis vraiment enceinte. Je ne me plaindrai pas de ne rien sentir! Je ne tiens pas à avoir mal au coeur et à être fatiguée! Mais j'aimerais bien au moins avoir un petit signe physique qui reste, juste pour me convaincre, juste pour être certaine que je ne rêve pas. Le matin où j'ai fait ma fausse-couche en décembre, la première chose qui m'a frappée en me levant, c'était que je ne ressentais plus aucun symtôme de grossesse. Tout était disparu. Et je saignais. C'est pourquoi aujourd'hui, je tiens à mes symptômes. Même s'ils ne garantissent pas grand chose, ils me font quand même garder espoir que ma grossesse continuera au moins une autre journée.
23 mai 2005
Infertile un jour...
Quatre tests positifs en quatre jours, ça devrait me convaincre que c'est bien vrai, non? Au fond, dans mon coeur, je le sais que c'est vrai, qu'il y a bien un petit pépin niché dans mon ventre. Je le sens et je le vis. Mais j'ai besoin que quelqu'un d'autre me le confirme, que ce soit une infirmière avec une donnée claire comme un chiffre de b-hCG ou un médecin avec une écho. J'en demande peut-être beaucoup, je ne sais pas, mais j'ai tellement peur de rêver tout ça ou d'être la pauvre victime d'une grosse batch de mauvais tests. Ma logique et ma raison ont foutu le camp. Mon coeur pense avant tout le reste de mon corps et il a besoin d'une preuve concrète autre qu'une petite ligne rose sur un test.
Je suis immensément heureuse, il n'y a pas de doute. Je suis consciente de ma chance et de ma bonne fortune. Je ne suis pas loin de ce que j'étais encore il y a quelques jours, c'est à dire une fille qui essayait d'avoir un premier bébé depuis des années. Je le suis encore, en fait, car je ne tiens toujours pas mon bébé dans mes bras. C'est ce qui fait que je suis ambivalente et hésitante à parler de ma grossesse... Je sais, en tant qu'infertile, comment on se sent par rapport aux grossesses des autres. Même si ces personnes se sont battues pendant des années et qu'on est sincèrement contents pour eux, ça nous rapporte toujours à notre propre malheur, à l'injustice que nous vivons et au sentiment d'envie si difficile à contrôler. Je veux être délicate et sensible à mes consoeurs, je ne veux pas "achaler" personne avec mon bonheur. Je n'ai pas envie de leur donner l'impression de leur remettre leur malchance en plein visage. Ce n'est pas du tout mon intention. Alors je vous demande, en toute honnêteté, de me le dire si jamais je vous blesse. Je ferai tout en mon possible pour éviter cette situation.
Écrire ce blog m'a permis de me sentir moins seule dans notre bataille et de parler d'une chose encore peu connue à des gens qui n'ont ou n'avaient aucune idée de ce qu'est l'infertilité. Mais le but de toutes nos démarches était d'abord et avant tout de tomber enceinte. La grossesse fait encore partie de notre bataille. Rien n'est gagné, rien n'est garanti. Je veux pouvoir continuer de partager mes craintes et mes frustrations en toute liberté, mais je veux aussi pouvoir parler de ma joie et de cet immense chance que nous vivons. Je sais que certaines femmes infertiles arrêtent de lire les blogs d'infertiles devenues mamans. Je ne leur en voudrai pas, car je le faisais moi aussi. Je veux par contre qu'elles sachent que jamais je n'oublierai ce que nous avons vécu. Jamais je ne me considèrerai comme normale, comme fertile. Ça fait partie de moi pour toujours. La conclusion n'efface pas le parcours. Mes pensées sont à jamais vers les femmes comme moi qui se battent pour réaliser leur rêve. Je continuerai de penser à ces couples qui vivent une injustice et une frustration mois après mois et je continuerai de croire qu'eux aussi, un jour, vivrons ce que nous vivons.
Et je peux vous promettre une chose: jamais je ne dirai que c'est quand on y pense pas et qu'on relaxe que ça arrive. Je suis la preuve vivante du contraire, car nous y avons pensé à tous les jours. J'ai fait des tests d'ovulation, pris ma température tous les matins, vérifié ma glaire et analysé mes symptômes. Nous avons fait des calins quand il le fallait, pas seulement quand on en avait envie. Nous avons fait tout ce que nous pouvions pour que ça fonctionne. Alors je dis HA! à tous ceux qui m'ont dit de relaxer.
Au fil des mois d'échecs, de traitements, de déceptions et de frustration, je me suis construit une carapace pour me protéger. Je me suis habituée à m'attendre au pire en pensant amoindrir les chocs. J'ai de la difficulté à laisser tomber cette carapace et à me laisser profiter pleinement de notre bonheur. Je ne veux pas penser au pire, je ne veux surtout pas l'anticiper, mais c'est maintenant un réflexe de survie. Il faut me laisser le temps de bien digérer et de bien tâter le terrain avant que je baisse un peu les armes et me laisse attendrir par l'existence de ce petit pépin de kiwi dans mon ventre. Je suis heureuse, je suis chanceuse, je sais. Je ne suis pas ingrate ni gâtée, je suis seulement comme un petit animal qui a eu peur et mal souvent. Il faut laisser le temps à mon coeur de rebâtir sa confiance en la vie. C'est si fragile.
Je suis immensément heureuse, il n'y a pas de doute. Je suis consciente de ma chance et de ma bonne fortune. Je ne suis pas loin de ce que j'étais encore il y a quelques jours, c'est à dire une fille qui essayait d'avoir un premier bébé depuis des années. Je le suis encore, en fait, car je ne tiens toujours pas mon bébé dans mes bras. C'est ce qui fait que je suis ambivalente et hésitante à parler de ma grossesse... Je sais, en tant qu'infertile, comment on se sent par rapport aux grossesses des autres. Même si ces personnes se sont battues pendant des années et qu'on est sincèrement contents pour eux, ça nous rapporte toujours à notre propre malheur, à l'injustice que nous vivons et au sentiment d'envie si difficile à contrôler. Je veux être délicate et sensible à mes consoeurs, je ne veux pas "achaler" personne avec mon bonheur. Je n'ai pas envie de leur donner l'impression de leur remettre leur malchance en plein visage. Ce n'est pas du tout mon intention. Alors je vous demande, en toute honnêteté, de me le dire si jamais je vous blesse. Je ferai tout en mon possible pour éviter cette situation.
Écrire ce blog m'a permis de me sentir moins seule dans notre bataille et de parler d'une chose encore peu connue à des gens qui n'ont ou n'avaient aucune idée de ce qu'est l'infertilité. Mais le but de toutes nos démarches était d'abord et avant tout de tomber enceinte. La grossesse fait encore partie de notre bataille. Rien n'est gagné, rien n'est garanti. Je veux pouvoir continuer de partager mes craintes et mes frustrations en toute liberté, mais je veux aussi pouvoir parler de ma joie et de cet immense chance que nous vivons. Je sais que certaines femmes infertiles arrêtent de lire les blogs d'infertiles devenues mamans. Je ne leur en voudrai pas, car je le faisais moi aussi. Je veux par contre qu'elles sachent que jamais je n'oublierai ce que nous avons vécu. Jamais je ne me considèrerai comme normale, comme fertile. Ça fait partie de moi pour toujours. La conclusion n'efface pas le parcours. Mes pensées sont à jamais vers les femmes comme moi qui se battent pour réaliser leur rêve. Je continuerai de penser à ces couples qui vivent une injustice et une frustration mois après mois et je continuerai de croire qu'eux aussi, un jour, vivrons ce que nous vivons.
Et je peux vous promettre une chose: jamais je ne dirai que c'est quand on y pense pas et qu'on relaxe que ça arrive. Je suis la preuve vivante du contraire, car nous y avons pensé à tous les jours. J'ai fait des tests d'ovulation, pris ma température tous les matins, vérifié ma glaire et analysé mes symptômes. Nous avons fait des calins quand il le fallait, pas seulement quand on en avait envie. Nous avons fait tout ce que nous pouvions pour que ça fonctionne. Alors je dis HA! à tous ceux qui m'ont dit de relaxer.
Au fil des mois d'échecs, de traitements, de déceptions et de frustration, je me suis construit une carapace pour me protéger. Je me suis habituée à m'attendre au pire en pensant amoindrir les chocs. J'ai de la difficulté à laisser tomber cette carapace et à me laisser profiter pleinement de notre bonheur. Je ne veux pas penser au pire, je ne veux surtout pas l'anticiper, mais c'est maintenant un réflexe de survie. Il faut me laisser le temps de bien digérer et de bien tâter le terrain avant que je baisse un peu les armes et me laisse attendrir par l'existence de ce petit pépin de kiwi dans mon ventre. Je suis heureuse, je suis chanceuse, je sais. Je ne suis pas ingrate ni gâtée, je suis seulement comme un petit animal qui a eu peur et mal souvent. Il faut laisser le temps à mon coeur de rebâtir sa confiance en la vie. C'est si fragile.
21 mai 2005
Le positivisme
Je me disais que si j’en parlais, ça porterait malheur. Je me disais que d’en parler, c’était briser le charme et sortir du rêve. J’avais peur, encore une fois, de me faire des idées. J’avais peur de me tromper.
Depuis une dizaine de jours, je me sens différente. Pas physiquement, mais dans mon coeur. J’avais une allégresse et un positivisme qui ressortaient de je ne sais trop où et qui me faisaient croire toutes sortes de choses. J’avais un feeling, comme on dit. Je n’osais pas en parler. Pas à Hom, pas ici, pas à mes amies, seulement à mon journal. J’avais peur de mettre en mots des sentiments si peu concrets. Oui, vraiment, j’avais peur de me tromper.
Cette semaine, tout me portait pourtant à croire que j’avais raison, que je ne me trompais pas. Non seulement j’avais un feeling, mais j’étais convaincue. J’en ai finalement parlé à Hom et à une amie jeudi. Ça bouillonnait en moi, j’avais besoin d’en parler, de me faire dire que je n’étais pas folle.
Hom m’a dit que j’étais différente, qu’il le sentait lui aussi, mais qu’il n’osait pas me le dire. Je ne peux pas toujours contrôler mon imagination frivole, mais quand quelqu’un de l’extérieur me confirme mes doutes, c’en est trop.
Hier matin, vendredi le 20 mai, j’ai fait un test de grossesse. La deuxième ligne a pris du temps à apparaître, mais elle était bien là. Je ne me trompais pas. J’étais bel et bien enceinte! Hom et moi ne sautions pas au plafond. Nous avions encore peur, peur de le perdre, peur de nous faire une fausse joie, peur de perdre la face. Nous avons déjà vécu la perte, nous ne pouvons l’oublier, nous ne pouvons nous en séparer. Sans devenir fatalistes ou négatifs, nous sommes seulement plus conscients des risques. Nous pensons positif, nous prenons une journée à la fois, mais la possibilité nous hante quand même. Nous ne sommes plus naïfs comme avant, nous ne prenons plus les choses pour acquises.
J’ai refait un test ce matin, qui était positif lui aussi. Je crois que je pourrai me réjouir seulement lorsque j’aurai entendu le coeur de pépin battre. Je suis heureuse, croyez-moi. J’ai un bonheur immense qui gonfle mon coeur et fait rougir mes joues. Je suis encore un peu indrédule à tout ça, ce n’est pas vraiment concret encore, mais je suis heureuse, très heureuse.
Je me considère encore infertile. Ça fera toujours partie de moi, de nous, de ce que nous sommes devenus. Peu importe le dénouement de cette histoire, le chemin que j’ai pris pour m’y rendre ne change pas. Ça restera en moi, comme une grosse cicatrice sur mon coeur. La douleur s’estompera, mais la cicatrice restera.
Depuis une dizaine de jours, je me sens différente. Pas physiquement, mais dans mon coeur. J’avais une allégresse et un positivisme qui ressortaient de je ne sais trop où et qui me faisaient croire toutes sortes de choses. J’avais un feeling, comme on dit. Je n’osais pas en parler. Pas à Hom, pas ici, pas à mes amies, seulement à mon journal. J’avais peur de mettre en mots des sentiments si peu concrets. Oui, vraiment, j’avais peur de me tromper.
Cette semaine, tout me portait pourtant à croire que j’avais raison, que je ne me trompais pas. Non seulement j’avais un feeling, mais j’étais convaincue. J’en ai finalement parlé à Hom et à une amie jeudi. Ça bouillonnait en moi, j’avais besoin d’en parler, de me faire dire que je n’étais pas folle.
Hom m’a dit que j’étais différente, qu’il le sentait lui aussi, mais qu’il n’osait pas me le dire. Je ne peux pas toujours contrôler mon imagination frivole, mais quand quelqu’un de l’extérieur me confirme mes doutes, c’en est trop.
Hier matin, vendredi le 20 mai, j’ai fait un test de grossesse. La deuxième ligne a pris du temps à apparaître, mais elle était bien là. Je ne me trompais pas. J’étais bel et bien enceinte! Hom et moi ne sautions pas au plafond. Nous avions encore peur, peur de le perdre, peur de nous faire une fausse joie, peur de perdre la face. Nous avons déjà vécu la perte, nous ne pouvons l’oublier, nous ne pouvons nous en séparer. Sans devenir fatalistes ou négatifs, nous sommes seulement plus conscients des risques. Nous pensons positif, nous prenons une journée à la fois, mais la possibilité nous hante quand même. Nous ne sommes plus naïfs comme avant, nous ne prenons plus les choses pour acquises.
J’ai refait un test ce matin, qui était positif lui aussi. Je crois que je pourrai me réjouir seulement lorsque j’aurai entendu le coeur de pépin battre. Je suis heureuse, croyez-moi. J’ai un bonheur immense qui gonfle mon coeur et fait rougir mes joues. Je suis encore un peu indrédule à tout ça, ce n’est pas vraiment concret encore, mais je suis heureuse, très heureuse.
Je me considère encore infertile. Ça fera toujours partie de moi, de nous, de ce que nous sommes devenus. Peu importe le dénouement de cette histoire, le chemin que j’ai pris pour m’y rendre ne change pas. Ça restera en moi, comme une grosse cicatrice sur mon coeur. La douleur s’estompera, mais la cicatrice restera.
Quoi dire?
En effet, dans mon dernier post, je disais clairement ce que je ne voulais pas entendre en tant qu'infertile. Jamais je ne pense de mal des gens qui me content des histoires. Jamais je ne leur en veux de le faire. Ils essaient, tant bien que mal, de m'encourager, et c'est bien plus que ce que la majorité des gens font (ou ne font pas). Je suis très sincère en disant que j'apprécie tous les mots d'encouragement que je reçois, peu importe leur forme. Ce n'est pas de l'ignorance ou du manque de respect de la part de ces gens. Je vois ça seulement comme de la maladresse avec de bonnes intentions. Et je les remercie de simplement vouloir m'aider.
Mais bon, si je dis ce que je n'aime pas entendre, je devrais aussi dire ce que j'aime entendre. Quoi dire à une infertile? Quoi faire pour encourager un couple qui se bat pour avoir un enfant? Malheureusement, je n'ai pas de formule magique ou de phrase miracle. J'ai peut-être quelques petites conseils par contre...
Mais bon, si je dis ce que je n'aime pas entendre, je devrais aussi dire ce que j'aime entendre. Quoi dire à une infertile? Quoi faire pour encourager un couple qui se bat pour avoir un enfant? Malheureusement, je n'ai pas de formule magique ou de phrase miracle. J'ai peut-être quelques petites conseils par contre...
- Dites honnêtement à la personne comment vous vous sentez. "Écoute... Je suis vraiment triste par ce qu'il t'arrive, mais je ne sais pas trop quoi te dire." Le simple fait de savoir que l'autre personne est touchée par ce que nous vivons, c'est un bon départ. Vous pouvez même lui demander si vous pouvez faire quelque chose ou ce qu'elle voudrait qu'on lui dise.
- Ne lui donnez pas de conseil. Jamais. Me faire dire par quelqu'un qui ne vit pas l'infertilité que je devrais essayer ça ou bien juste relaxer, ça me rend dingue. Je connais le monde de l'infertilité. Je suis plongée dedans depuis des années et je lis tout ce que je trouve sur le sujet. Bref, je suis informée, je n'ai pas besoin de conseil.
- Demanez-lui "quels sont tes espoirs pour ce cycle-ci?" plutôt que de lui dire "ça va marcher c'est sûr, je le sens!" C'est une pression inutile dont on peut se passer. Bien sûr, on espère la même chose, mais de savoir que les gens attendent ça de nous, c'est lourd à porter.
- Écoutez-la. C'est souvent ce qu'il nous manque le plus, l'écoute. Écoutez avec votre coeur, ne pensez pas à ce que vous pourriez lui dire ou lui conseiller, pensez seulement à la peine que vit cette personne et au poids que cela représente.
- Si vous savez quand est supposé être le J1 de la personne, ne l'appelez pas le matin pour savoir si ses règles ont décollé. Attendez que la personne vienne vers vous et vous le dise d'elle-même. Ce n'est jamais facile d'admettre la défaite, il faut laisser un peu de temps s'écouler avant de pouvoir en parler. Ne demandez pas à tout bout de champs "es-tu enceinte?" Demandez plutôt "où en êtes-vous dans vos essais, si tu veux en parler."
- Par contre, si vous lui parlez au début d'un cycle, après un échec, vous pouvez lui demander si elle veut aller prendre un verre, un café ou aller magasiner. Ça peut changer les idées et apporter du réconfort.
- Des mots d'encouragement simples comme "ne perds pas espoir" ou "crois en ton rêve" font beaucoup de bien. Se faire dire qu'on est persévérants et courageux, ça peut flatter, faire du bien, mais la ligne est mince. Je n'ai pas toujours aimé me faire dire que j'étais forte, car ça me mettait une pression que je n'étais pas toujours capable de supporter. Ça me faisait parfois croire que je n'avais pas le droit de désespérer et de m'écrouler sous les échecs. Je devais être forte.
- Essayez d'éviter le sujet des bébés et grossesses d'autres personnes. J'ai rarement le goût d'entendre parler de ce que vit une femme enceinte quand je viens d'apprendre que mes traitements n'ont pas fonctionné. Ça m'arrivait de parler moi-même de grossesse et d'enfants. Ce n'est pas 100% tabou, mais il y a un temps pour chaque chose. J'ai partagé la grossesse de plusieurs amies, mais il y avait des jours où je me tenais plus éloignée de tout ça, seulement pour me protéger.
- Respectez la personne et son besoin de s'isoler. Si elle veut rester chez elle plutôt que d'aller à une fête où il y aura des bédaines et des bébés, respectez-la.
- Si vous avez une annonce de grossesse ou de naissance à lui faire, ne le faites pas directement. Faites-le par écrit ou en laissant un message sur le répondeur. De cette façon, la personne infertile pourra vivre les émotions qui viennent avec une telle annonce (la tristesse, le sentiment d'injustice, la jalousie, la frustration) en privé, à son propre rhytme. Puis, quand la tempête sera passée et qu'elle pourra se permettre d'être heureuse pour la personne (car nous le sommes! Il faut juste nous laisser du temps!), alors elle rappelera et félicitera. Les embuscades et les annonces surprises devant plein de gens sont énormément difficiles à vivre. On doit faire semblant d'être heureuse et sourire alors que tout chavire en nous.
- Ne lui dites pas "je comprends" si vous ne comprenenz pas. On ne s'attend pas à de la compréhension, mais à du respect. N'hésitez pas à poser des questions sur les traitements, les procédures, si ça vous intéresse et si la personne est prête à en parler.
- Ne lui dites pas ces phrases...
18 mai 2005
La soeur de ma coiffeuse...
Une amie, appelons-la N, est vaguement au courant de ce que nous traversons. Elle ne connaît pas tous les détails (i.e. la fausse-couche, les inséminations, l'état de mes ovaires), mais elle sait que je suis infertile. Elle est habituellement assez sensible à tout ça, mais ça lui arrive d'avoir des rechutes. Elle m'appelle le semaine dernière pour me dire qu'une de ses amies, nommons-la M, est allée voir un médecin parce qu'elle n'avait pas de règle. Le médecin lui a dit "madame, vous êtes stérile." (Premièrement, je me suis dit wow quel imbécile! Comme si ça se voyait en une seule visite, sans passer toute la batterie de tests disponibles! Change de médecin, M!) M a décidé d'aller voir un acuponcteur. Et oh miracle! elle est redevenue régulière. N me dit "tu devrais aller voir un acuponcteur."
Tout le monde connaît, de près ou de loin, quelqu'un ayant eu à faire, peu importe le niveau, avec l'infertilité. Tout le monde peut te raconter l'histoire de la cousine qui avait été déclarée "stérile" par le médecin et qui deux ans plus tard est tombée enceinte naturellement. Tout le monde a un témoignage pour essayer de remonter le moral d'une petite infertile comme moi. Mais toutes les infertiles comme moi détestent ces histoires!!! J'en ai vraiment assez d'entendre parler de la tante du beau-frère qui a fait 4 fausses-couche et qui a maintenant 3 enfants, ou la soeur de la coiffeuse qui a pris 3 ans à tomber enceinte et qui y est arrivée (oh seigneur!) quand elle a arreté d'y penser. Je SAIS que les intentions derrière ces témoignages ne sont jamais mauvaises. Je suis tout à fait consciente que les gens qui me racontent ça ne se disent pas dans leur tête "ahahah! Je vais l'écoeurer avec mon histoire d'infertile devenue fertile! Elle va se fâcher, ça va être rigolo!" Je sais que c'est souvent par gentillesse et par malaise qu'on me conte ces histoires. On ne sait pas trop quoi me dire pour m'encourager, alors on me sort l'histoire de celle pour qui ça a fonctionné. L'intention est bonne, on veut m'encourager. Le résultat n'est pourtant pas celui escompté.
J'ai souvent et longtemps essayé d'expliquer pourquoi de telles histoires ne m'encourageaient pas. C'est difficile de faire comprendre que ces témoignages ne m'apportent absolument rien. Oui, ok, je suis bien contente pour la personne concernée. Tant mieux si ça a finalement fonctionné pour elle. Mais en quoi est-ce que ça change ma propre situation? Les médicaments ne fonctionnent pas de la même façon sur chaque femme. Les formes d'infertilité sont nombreuses, variées et en partie méconnues. Comme mon médecin en fertilité m'a déjà dit, il y a autant de recettes (de traitements) qu'il y a de patientes. Bref, si ça a fonctionné pour une, ça ne veut vraiment pas dire que ça va fonctionner pour l'autre.
J'ai finalement trouvé une comparaison, un peu vague, mais qui fait l'affaire. Admettons que je participe à la loto à chaque semaine depuis des années, en espérant devenir milionnaire. Je ne gagne jamais. Puis, quelqu'un vient me dire "tu sais, l'oncle de mon facteur vient de gagner le gros lot avec telle combinaison. Tu devrais prendre ces numéros-là, tu gagnerais, vu que lui a gagné." C'est ridicule, non? Ça ne fonctionne pas comme ça, right?
J'espère que la leçon est claire.
Ceci dit, j'apprécie énormément tous les mots d'encouragement que je reçois, peu importe la forme. Je sais voir les intentions derrière des mots parfois malhabiles. Et je vous en remercie du fond du coeur.
Tout le monde connaît, de près ou de loin, quelqu'un ayant eu à faire, peu importe le niveau, avec l'infertilité. Tout le monde peut te raconter l'histoire de la cousine qui avait été déclarée "stérile" par le médecin et qui deux ans plus tard est tombée enceinte naturellement. Tout le monde a un témoignage pour essayer de remonter le moral d'une petite infertile comme moi. Mais toutes les infertiles comme moi détestent ces histoires!!! J'en ai vraiment assez d'entendre parler de la tante du beau-frère qui a fait 4 fausses-couche et qui a maintenant 3 enfants, ou la soeur de la coiffeuse qui a pris 3 ans à tomber enceinte et qui y est arrivée (oh seigneur!) quand elle a arreté d'y penser. Je SAIS que les intentions derrière ces témoignages ne sont jamais mauvaises. Je suis tout à fait consciente que les gens qui me racontent ça ne se disent pas dans leur tête "ahahah! Je vais l'écoeurer avec mon histoire d'infertile devenue fertile! Elle va se fâcher, ça va être rigolo!" Je sais que c'est souvent par gentillesse et par malaise qu'on me conte ces histoires. On ne sait pas trop quoi me dire pour m'encourager, alors on me sort l'histoire de celle pour qui ça a fonctionné. L'intention est bonne, on veut m'encourager. Le résultat n'est pourtant pas celui escompté.
J'ai souvent et longtemps essayé d'expliquer pourquoi de telles histoires ne m'encourageaient pas. C'est difficile de faire comprendre que ces témoignages ne m'apportent absolument rien. Oui, ok, je suis bien contente pour la personne concernée. Tant mieux si ça a finalement fonctionné pour elle. Mais en quoi est-ce que ça change ma propre situation? Les médicaments ne fonctionnent pas de la même façon sur chaque femme. Les formes d'infertilité sont nombreuses, variées et en partie méconnues. Comme mon médecin en fertilité m'a déjà dit, il y a autant de recettes (de traitements) qu'il y a de patientes. Bref, si ça a fonctionné pour une, ça ne veut vraiment pas dire que ça va fonctionner pour l'autre.
J'ai finalement trouvé une comparaison, un peu vague, mais qui fait l'affaire. Admettons que je participe à la loto à chaque semaine depuis des années, en espérant devenir milionnaire. Je ne gagne jamais. Puis, quelqu'un vient me dire "tu sais, l'oncle de mon facteur vient de gagner le gros lot avec telle combinaison. Tu devrais prendre ces numéros-là, tu gagnerais, vu que lui a gagné." C'est ridicule, non? Ça ne fonctionne pas comme ça, right?
J'espère que la leçon est claire.
Ceci dit, j'apprécie énormément tous les mots d'encouragement que je reçois, peu importe la forme. Je sais voir les intentions derrière des mots parfois malhabiles. Et je vous en remercie du fond du coeur.
17 mai 2005
Plus légère
Une semaine sans parler, c'est long. Je n'avais peut-être rien à dire. Ou je ne ressentais peut-être pas le besoin de parler. Après avoir décidé de rester positive, j'ai senti un gros poids se soulever de mes épaules. Je me sens plus légère, plus optimiste. Bon, bien sûr, je reste réaliste et je ne m'attends pas à autre chose qu'à mes règles dans quelques jours. Mais le futur me semble déjà un peu moins noir maintenant.
10 mai 2005
Soyons positifs
Auparavant, j'étais une personne assez positive. J'essayais de voir la vie du bon côté et de trouver un point positif à tout ce qui m'arrivait. Oui, j'étais découragée et triste à chaque fois que j'avais mes règles et que mes espoirs retombaient à zéro, mais je me remettais vite sur pied. J'avais une bonne attitude et je fonçais. Jusqu'à ce que je fasse une fausse-couche. Mon positivisme et mon optimisme ont pris un sale coup. J'ai eu beaucoup de difficulté à ramasser mes miettes, me recoller et me relever. Je sais qu'il y a quelque chose qui est à jamais brisé en moi. Je sais que je ne retrouverai plus jamais mon attitude positive et pleine d'espoir d'avant. Les choses ont changé et je ne suis plus la même.
Est-ce vraiment une raison de tout voir en noir? Je me suis rendue compte que depuis quelque temps, je suis plutôt déprimante dans mes propos et je veux y remédier. Je ne veux pas me faire de fausses idées, je ne veux pas tomber de haut, c'est pourquoi j'ai maintenant tendance à voir le négatif en premier, pour me protéger. Pourtant, en y pensant bien, même si je me répète sans arrêt que le pire va arriver, rien ne peut faire taire la petite voix dans mon coeur qui me dit "oui, mais ça peut aussi fonctionner!" Après tout, si je n'avais pas une petite mini étincelle d'espoir en moi, pourquoi est-ce que je continuerais encore? À quoi ça me servirait de faire tout ce que je fais si je n'y croyais plus? Alors, au lieu de la taire, je vais essayer d'écouter cette petite voix d'espoir. Sans me faire croire que je suis enceinte quand je ne le suis pas, je peux quand même penser positif et espérer. Ce n'est pas nécessaire d'être tout ou rien. Je peux trouver un équilibre entre la réalité et les faux-espoirs.
Je ne serai pas moins déçue si j'espère, je m'en rends compte maintenant. Que j'espère ouvertement ou en privé dans mon coeur, le résultat reste le même et la déception fait aussi mal. Alors pourquoi me priver d'être optimiste? J'ai longtemps eu une bataille intérieure entre mon côté positif et mon côté réaliste. Sans oublier la réalité, je décide aujourd'hui de faire ressortir mon espoir. Voilà, je veux y croire encore. Je veux m'imaginer encore que ça se peut, qu'un jour nous serons parents.
Le bon point de ce cycle-ci, peu importe sa conclusion? J'ai ovulé au J20 pour le 2e cycle consécutif, sous Femara et Metformin seulement. Pour la première fois depuis 3 ans, j'ai ovulé deux fois de suite au même jour, sous les mêmes conditions. Ce que ça veut dire? Je n'ai peut-être pas besoin des injections autant qu'on le croyait. Si le drilling ovarien ne donne pas le résutat escompté (va-t-en, mauvais oeil!) et si nous décidons de ne plus faire les injections et inséminations, je sais mainteant que j'ai un plan B. C'est peut-être moins efficace que les traitements plus forts, mais le simple fait d'avoir un semblant de régularité et le fait de ne pas avoir à aller voir le médecin aussi souvent pour une session de dildocam, ça vaut très cher.
Est-ce vraiment une raison de tout voir en noir? Je me suis rendue compte que depuis quelque temps, je suis plutôt déprimante dans mes propos et je veux y remédier. Je ne veux pas me faire de fausses idées, je ne veux pas tomber de haut, c'est pourquoi j'ai maintenant tendance à voir le négatif en premier, pour me protéger. Pourtant, en y pensant bien, même si je me répète sans arrêt que le pire va arriver, rien ne peut faire taire la petite voix dans mon coeur qui me dit "oui, mais ça peut aussi fonctionner!" Après tout, si je n'avais pas une petite mini étincelle d'espoir en moi, pourquoi est-ce que je continuerais encore? À quoi ça me servirait de faire tout ce que je fais si je n'y croyais plus? Alors, au lieu de la taire, je vais essayer d'écouter cette petite voix d'espoir. Sans me faire croire que je suis enceinte quand je ne le suis pas, je peux quand même penser positif et espérer. Ce n'est pas nécessaire d'être tout ou rien. Je peux trouver un équilibre entre la réalité et les faux-espoirs.
Je ne serai pas moins déçue si j'espère, je m'en rends compte maintenant. Que j'espère ouvertement ou en privé dans mon coeur, le résultat reste le même et la déception fait aussi mal. Alors pourquoi me priver d'être optimiste? J'ai longtemps eu une bataille intérieure entre mon côté positif et mon côté réaliste. Sans oublier la réalité, je décide aujourd'hui de faire ressortir mon espoir. Voilà, je veux y croire encore. Je veux m'imaginer encore que ça se peut, qu'un jour nous serons parents.
Le bon point de ce cycle-ci, peu importe sa conclusion? J'ai ovulé au J20 pour le 2e cycle consécutif, sous Femara et Metformin seulement. Pour la première fois depuis 3 ans, j'ai ovulé deux fois de suite au même jour, sous les mêmes conditions. Ce que ça veut dire? Je n'ai peut-être pas besoin des injections autant qu'on le croyait. Si le drilling ovarien ne donne pas le résutat escompté (va-t-en, mauvais oeil!) et si nous décidons de ne plus faire les injections et inséminations, je sais mainteant que j'ai un plan B. C'est peut-être moins efficace que les traitements plus forts, mais le simple fait d'avoir un semblant de régularité et le fait de ne pas avoir à aller voir le médecin aussi souvent pour une session de dildocam, ça vaut très cher.
8 mai 2005
La fête des mères
J'ai hésité longuement avant de posté ceci, car je sais que plusieurs mamans (ou futures-mamans) me lisent. Je ne veux pas insulter les mamans. Je ne veux rien enlever à tout ce qu'elles sont, font et donnent quotidiennement. Je sais que la fête des mères est là pour une bonne raison. Je sais que ça souligne le travail autrement ignoré de ces femmes extraordinaires. Je sais que c'est pour dire merci à ma mère, c'est pour dire je t'aime à ma grand-mère. Le problème est que je ne sens ni le besoin ni la sincérité de leur dire.
J'ai longtemps eu une mauvaise relation avec ma mère. Bon d'accord, depuis quelques années, c'est une relation potable. Je ne suis pas proche d'elle, mais je lui parle quand même souvent. Ma grand-mère ne m'a pas élevée, mais a quand même trouvé le moyen de me critiquer tout au long de ma vie (et je dois préciser ici que ça ne s'arrêtait pas à moi, elle critique tout le monde avec froideur et envie). Elle s'est par contre améliorée depuis quelques mois et ne juge plus aussi rapidement qu'auparavant. Tout ça pour dire que je ne me sens pas du tout à l'aise et acceptée COMME JE SUIS quand je suis avec ma mère et/ou ma grand-mère. Je dois être quelqu'un d'autre, quelqu'un de mieux, si je veux leur amour inconditionnel. J'ai arrêté il y a quelques années de le rechercher, j'en ai assez de faire semblant d'être ce que je ne suis pas.
Je les reçois tous pour souper ce soir. Je sais déjà que ma mère va faire plusieurs commentaires sur ma façon de faire les choses ("mais non, il fallait mettre du compost dans ton jardin!" "tu n'as pas frotté ton bain?" "pis?? pas encore enceinte??!"). Elle ne peut s'en empêcher. Si je dramatisais un peu, je pourrais dire que je ne fais jamais rien de correct selon elle. Mais je sais, en mon for intérieur, que ce n'est pas le cas. Je sais que je fais plein de choses correctement et que je n'ai pas besoin, à mon âge, de son approbation et de sa fierté.
Je ne sais pas si la fête des mères est pour célébrer l'ensemble de son œuvre, la mère qu'elle a été dans ma jeunesse ou celle qu'elle est maintenant. Je ne peux pas dire qu'elle a été une mauvaise mère. Elle a fait beaucoup d'erreurs, oui, elle m'a souvent traîtée de façon méchante, elle s'est trop souvent fait un malin plaisir à relever les fautes que je commettais, toutes les choses qu'elle aurait mieux faites. Mais une mauvaise mère? Non. Je ne crois pas. Bien sûr, comment puis-je savoir, après tout, je ne sais pas ce que c'est, être une mère. Mais elle a quand même toujours été là aux moments importants (spectacles de danse, graduations, etc.). Elle a bien pris soin de nous, a été à la maison jusqu'à ce qu'on soit tous entrés au secondaire. Elle a fait de son mieux, même si dans les yeux d'une ado, ça ne vallait pas grand chose. Je ne lui enlève rien de ce qu'elle a fait de bien, même si souvent, je me souviens plus de ce qu'elle a raté. Ça doit me venir d'elle.
Je déteste la fête des mères, encore un peu plus à chaque année. Pendant des semaines, nous sommes bombardés d'images sirupeuse de maternité, de bébés, de phrases pré-mâchées Hallmark et de glorification de la mère. Pendant des semaines on dit aux milliers de femmes infertiles se battent pour réaliser leur rêve qu'elles ne font pas partie de la clique, qu'elles doivent encore une fois passer leur tour.
Je ne sais pas ce que je dois célébrer ce soir. Est-ce la relation plate que j'entretiens avec ma mère? Est-ce celle avec ma grand-mère? Est-ce leur sens de la critique injuste et inutile dont j'ai hérité? Est-ce le fait que je ne suis pas une mère? Est-ce le fait que je crois de plus en plus ne jamais devenir une mère? Est-ce le fait que de façon de plus en plus fréquente, je suis rappelée par différents éléments que je ne sais pas ce que c'est? Que je m'éloigne de mes amies qui sont mères parce que je ne sais pas de quoi leur parler? Que je vois un rappel de mon infertilité dans toutes les fêtes, dans toutes les occasions? Je n'ai vraiment pas le goût de célébrer ce soir. Je n'ai pas le goût de souligner la grandeur et la beauté de la maternité.
À quand la fête des infertiles?
J'ai longtemps eu une mauvaise relation avec ma mère. Bon d'accord, depuis quelques années, c'est une relation potable. Je ne suis pas proche d'elle, mais je lui parle quand même souvent. Ma grand-mère ne m'a pas élevée, mais a quand même trouvé le moyen de me critiquer tout au long de ma vie (et je dois préciser ici que ça ne s'arrêtait pas à moi, elle critique tout le monde avec froideur et envie). Elle s'est par contre améliorée depuis quelques mois et ne juge plus aussi rapidement qu'auparavant. Tout ça pour dire que je ne me sens pas du tout à l'aise et acceptée COMME JE SUIS quand je suis avec ma mère et/ou ma grand-mère. Je dois être quelqu'un d'autre, quelqu'un de mieux, si je veux leur amour inconditionnel. J'ai arrêté il y a quelques années de le rechercher, j'en ai assez de faire semblant d'être ce que je ne suis pas.
Je les reçois tous pour souper ce soir. Je sais déjà que ma mère va faire plusieurs commentaires sur ma façon de faire les choses ("mais non, il fallait mettre du compost dans ton jardin!" "tu n'as pas frotté ton bain?" "pis?? pas encore enceinte??!"). Elle ne peut s'en empêcher. Si je dramatisais un peu, je pourrais dire que je ne fais jamais rien de correct selon elle. Mais je sais, en mon for intérieur, que ce n'est pas le cas. Je sais que je fais plein de choses correctement et que je n'ai pas besoin, à mon âge, de son approbation et de sa fierté.
Je ne sais pas si la fête des mères est pour célébrer l'ensemble de son œuvre, la mère qu'elle a été dans ma jeunesse ou celle qu'elle est maintenant. Je ne peux pas dire qu'elle a été une mauvaise mère. Elle a fait beaucoup d'erreurs, oui, elle m'a souvent traîtée de façon méchante, elle s'est trop souvent fait un malin plaisir à relever les fautes que je commettais, toutes les choses qu'elle aurait mieux faites. Mais une mauvaise mère? Non. Je ne crois pas. Bien sûr, comment puis-je savoir, après tout, je ne sais pas ce que c'est, être une mère. Mais elle a quand même toujours été là aux moments importants (spectacles de danse, graduations, etc.). Elle a bien pris soin de nous, a été à la maison jusqu'à ce qu'on soit tous entrés au secondaire. Elle a fait de son mieux, même si dans les yeux d'une ado, ça ne vallait pas grand chose. Je ne lui enlève rien de ce qu'elle a fait de bien, même si souvent, je me souviens plus de ce qu'elle a raté. Ça doit me venir d'elle.
Je déteste la fête des mères, encore un peu plus à chaque année. Pendant des semaines, nous sommes bombardés d'images sirupeuse de maternité, de bébés, de phrases pré-mâchées Hallmark et de glorification de la mère. Pendant des semaines on dit aux milliers de femmes infertiles se battent pour réaliser leur rêve qu'elles ne font pas partie de la clique, qu'elles doivent encore une fois passer leur tour.
Je ne sais pas ce que je dois célébrer ce soir. Est-ce la relation plate que j'entretiens avec ma mère? Est-ce celle avec ma grand-mère? Est-ce leur sens de la critique injuste et inutile dont j'ai hérité? Est-ce le fait que je ne suis pas une mère? Est-ce le fait que je crois de plus en plus ne jamais devenir une mère? Est-ce le fait que de façon de plus en plus fréquente, je suis rappelée par différents éléments que je ne sais pas ce que c'est? Que je m'éloigne de mes amies qui sont mères parce que je ne sais pas de quoi leur parler? Que je vois un rappel de mon infertilité dans toutes les fêtes, dans toutes les occasions? Je n'ai vraiment pas le goût de célébrer ce soir. Je n'ai pas le goût de souligner la grandeur et la beauté de la maternité.
À quand la fête des infertiles?
5 mai 2005
Pot-pourri
Je n'ai pas beaucoup d'inspiration pour blogger ces temps-ci. Peut-être parce qu'il ne se passe rien d'intéressant dans ma vie. Enfin, j'ai ramassé quelques petits bouts, pas assez intéressants individuellement, mais assez pour me donner un prétexte de raconter n'importe quoi.
1. Hom pense que ses petits soldats sont niaiseux et ne sont pas capables de trouver le chemin. Je lui ai dit que si ses soldats sont comme les gars, plus ils sont nombreux, plus ils agissent en imbéciles, on est mal partis... Il m'a dit qu'il devrait peut-être "mieux viser".
2. Je suis encore persuadée que le bon Dieu m'en veut et se fout de ma gueule. Ce n'est pas la première fois qu'il m'arrive des choses qui me contrarient et me font croire qu'à quelque part, en haut, quelqu'un se bidonne sur mon cas. À un souper avec des collègues de bureau de Hom, une femme (enceinte, bien sûr!) se plante à côté de moi. Elle est debout, je suis assise, j'ai donc son ventre au niveau des yeux. Et elle parle et parle de sa grossesse à la dame à côté d'elle, pendant un bon 10 minutes. Cette semaine, on va manger au St-Hubert. Qu'est-ce qu'il y a d'imprimé sur le napperon devant moi? Le ventre rond d'une femme enceinte.Vraiment, toi en haut, as-tu fini?!
3. Avez-vous remarqué que le monde de la publicité semble avoir créé une nouvelle mode? Il y a au moins 4 publicités à la télévision en ce moment dans lesquelles on voit une (ou plusieurs!) femme enceinte: St-Hubert, Subway, Activia (PUS CAPABLE!!), IGA et j'en passe sûrement. J'aimerais bien pouvoir suivre la mode moi aussi, mais comme d'habitude, j'ai dû manquer le train...
4. Une amie va bientôt commencer son premier cycle de FIV. Je suis très jalouse et je n'ose même pas me l'avouer. Elle est américaine et ses assurances couvrent la FIV. J'aimerais tellement pouvoir passer à la FIV sans avoir à m'en faire pour l'argent. J'aimerais au moins avoir la possibilité, l'option.
5. La fête des mères approche, apportant avec elle tous les emails insignifiants que les gens s'amusent à transmettre à tous ceux qui ont la malchance d'être dans leur carnet d'adresse. Je ne suis pas une mère, je ne me considère même pas comme une future-mère, alors arrêtez de m'envoyer vos cochonneries.
6. J'ai faim.
1. Hom pense que ses petits soldats sont niaiseux et ne sont pas capables de trouver le chemin. Je lui ai dit que si ses soldats sont comme les gars, plus ils sont nombreux, plus ils agissent en imbéciles, on est mal partis... Il m'a dit qu'il devrait peut-être "mieux viser".
2. Je suis encore persuadée que le bon Dieu m'en veut et se fout de ma gueule. Ce n'est pas la première fois qu'il m'arrive des choses qui me contrarient et me font croire qu'à quelque part, en haut, quelqu'un se bidonne sur mon cas. À un souper avec des collègues de bureau de Hom, une femme (enceinte, bien sûr!) se plante à côté de moi. Elle est debout, je suis assise, j'ai donc son ventre au niveau des yeux. Et elle parle et parle de sa grossesse à la dame à côté d'elle, pendant un bon 10 minutes. Cette semaine, on va manger au St-Hubert. Qu'est-ce qu'il y a d'imprimé sur le napperon devant moi? Le ventre rond d'une femme enceinte.Vraiment, toi en haut, as-tu fini?!
3. Avez-vous remarqué que le monde de la publicité semble avoir créé une nouvelle mode? Il y a au moins 4 publicités à la télévision en ce moment dans lesquelles on voit une (ou plusieurs!) femme enceinte: St-Hubert, Subway, Activia (PUS CAPABLE!!), IGA et j'en passe sûrement. J'aimerais bien pouvoir suivre la mode moi aussi, mais comme d'habitude, j'ai dû manquer le train...
4. Une amie va bientôt commencer son premier cycle de FIV. Je suis très jalouse et je n'ose même pas me l'avouer. Elle est américaine et ses assurances couvrent la FIV. J'aimerais tellement pouvoir passer à la FIV sans avoir à m'en faire pour l'argent. J'aimerais au moins avoir la possibilité, l'option.
5. La fête des mères approche, apportant avec elle tous les emails insignifiants que les gens s'amusent à transmettre à tous ceux qui ont la malchance d'être dans leur carnet d'adresse. Je ne suis pas une mère, je ne me considère même pas comme une future-mère, alors arrêtez de m'envoyer vos cochonneries.
6. J'ai faim.
3 mai 2005
Coup de Pouce
Il y a plusieurs mois, j'ai écrit un courriel à la revue Coup de Pouce. Je leur parlais de mon infertilité et du fait qu'on ne parlait jamais de ça dans les magazines comme le leur. J'ai décrit mes expériences et j'ai demandé qu'on parle plus de l'infertilité car elle touche beaucoup de couples. Je n'ai jamais eu de réponse.
Quand j'ai reçu le numéro de février, quelle ne fut pas ma surprise de voir un article sur la fertilité. Je me suis empressée de le lire. Et j'ai été tellement déçue! On ne parlait pratiquement que de la fertilité décroissante des femmes vieillissantes. Comme si l'infertilité était un problème unique aux femmes de 35 ans et plus! J'étais frustrée et insultée! Non seulement on rendait encore une image faussée de l'infertilité, mais on ridiculisait du même coup les femmes comme moi qui dovient se battre pour réaliser leur rêve de devenir maman. Si on se fie à leur article, la meilleure façon de ne pas avoir de problème de fertilité, c'est de commencer à faire des enfants tôt. Même si tout ce qu'ils disent est vrai, l'infertilité est loin de se limiter à une question d'âge.
Je connais des dizaines de femmes atteintes d'infertilité. Je pourrais dire, sans précision scientifique bien sûr, que 70% de ces femmes ont moins que 30 ans. Bien sûr, je suis de cette tranche d'âge (moins de 30 ans), donc je suis portée à connaître surtout des femmes de mon âge. La grande majorité des femmes avec qui j'ai eu la chance d'échanger ont un problème précis, comme ce l'est pour moi : ovaires polykystiques, endométriose, trompes bouchées, etc. Rien à voir avec l'âge ni même le poids!
Oui, l'âge joue un grand rôle sur la fertilité. Oui, le poids a aussi sa part de responsabilités. Mais de généraliser en attribuant la fertilité en hausse de notre génération à ces deux seuls critères, ça n'a pas de sens. Je sais que l'âge est un des plus grands facteurs d'infertilité. Je sais aussi que se faire dire "tu aurais dû commencer plus tôt aussi!" ce n'est pas constructif du tout. Le problème est là. Elles auraient pu l'éviter, mais maintenant il est trop tard. Qu'est-ce qu'elles peuvent faire?
Je suis consciente que la revue Coup de Pouce n'est pas une revue scientifique ou médicale. C'est une revue qui s'adresse à madame-tout-le-monde, probablement âgée entre 30 et 45 ans et qui a pour but de les informer en surface, quite à les inciter à aller chercher plus d'informations par elles-mêmes (ils ont quand même pris soin de laisser quelques adresses internet utiles pour celles qui veulent en savoir plus sur l'infertilité). J'aurais quand même préféré lire des témoignages de femmes vivant l'infertilité. Des femmes différentes, avec différentes expériences (certaines ayant obtenu une grossesse, d'autres non, certaines ayant passé par la fécondation in vitro, les inséminations avec donneur, le choix de vivre sans enfant, l'adoption, les traitements invasifs, des femmes de différents groupes d'âge, avec différents problèmes, vivant l'infertilité masculine, etc.) auraient pu donner tellement de points de vue intéressants et constructifs sur la matière, bien plus que de simples citations choisies de quelques docteurs.
J'ai souvent dit qu'on ne prenait pas l'infertilité au sérieux. Cet article est pour moi un bon exemple. Voici l'article, vous en jugerez par vous-mêmes...
Quand j'ai reçu le numéro de février, quelle ne fut pas ma surprise de voir un article sur la fertilité. Je me suis empressée de le lire. Et j'ai été tellement déçue! On ne parlait pratiquement que de la fertilité décroissante des femmes vieillissantes. Comme si l'infertilité était un problème unique aux femmes de 35 ans et plus! J'étais frustrée et insultée! Non seulement on rendait encore une image faussée de l'infertilité, mais on ridiculisait du même coup les femmes comme moi qui dovient se battre pour réaliser leur rêve de devenir maman. Si on se fie à leur article, la meilleure façon de ne pas avoir de problème de fertilité, c'est de commencer à faire des enfants tôt. Même si tout ce qu'ils disent est vrai, l'infertilité est loin de se limiter à une question d'âge.
Je connais des dizaines de femmes atteintes d'infertilité. Je pourrais dire, sans précision scientifique bien sûr, que 70% de ces femmes ont moins que 30 ans. Bien sûr, je suis de cette tranche d'âge (moins de 30 ans), donc je suis portée à connaître surtout des femmes de mon âge. La grande majorité des femmes avec qui j'ai eu la chance d'échanger ont un problème précis, comme ce l'est pour moi : ovaires polykystiques, endométriose, trompes bouchées, etc. Rien à voir avec l'âge ni même le poids!
Oui, l'âge joue un grand rôle sur la fertilité. Oui, le poids a aussi sa part de responsabilités. Mais de généraliser en attribuant la fertilité en hausse de notre génération à ces deux seuls critères, ça n'a pas de sens. Je sais que l'âge est un des plus grands facteurs d'infertilité. Je sais aussi que se faire dire "tu aurais dû commencer plus tôt aussi!" ce n'est pas constructif du tout. Le problème est là. Elles auraient pu l'éviter, mais maintenant il est trop tard. Qu'est-ce qu'elles peuvent faire?
Je suis consciente que la revue Coup de Pouce n'est pas une revue scientifique ou médicale. C'est une revue qui s'adresse à madame-tout-le-monde, probablement âgée entre 30 et 45 ans et qui a pour but de les informer en surface, quite à les inciter à aller chercher plus d'informations par elles-mêmes (ils ont quand même pris soin de laisser quelques adresses internet utiles pour celles qui veulent en savoir plus sur l'infertilité). J'aurais quand même préféré lire des témoignages de femmes vivant l'infertilité. Des femmes différentes, avec différentes expériences (certaines ayant obtenu une grossesse, d'autres non, certaines ayant passé par la fécondation in vitro, les inséminations avec donneur, le choix de vivre sans enfant, l'adoption, les traitements invasifs, des femmes de différents groupes d'âge, avec différents problèmes, vivant l'infertilité masculine, etc.) auraient pu donner tellement de points de vue intéressants et constructifs sur la matière, bien plus que de simples citations choisies de quelques docteurs.
J'ai souvent dit qu'on ne prenait pas l'infertilité au sérieux. Cet article est pour moi un bon exemple. Voici l'article, vous en jugerez par vous-mêmes...
Serez-vous toujours fertile dans 5 ans?
De plus en plus de femmes choisissent, pour toutes sortes de raisons, d'attendre avant de faire un premier enfant, Malheureusement, plus le temps passe, plus notre fertilité décroît.
par Marie-Eve Cousineau
Ces quatre dernières années, Irène a couru à gauche et à droite. L'été dernier, en plus de travailler à temps plein, elle a terminé sa maîtrise. Âgée de 36 ans, elle veut maintenant profiter de la vie. Fini les sacrifices, vive les voyages! Tout n'est pourtant pas si simple. «Mon nouveau conjoint veut des enfants, mais moi, je ne sens pas trop l'appel, avoue-t-elle. Je serai peut-être prête dans deux, trois ou quatre ans.»
En 2008, Irène aura franchi le seuil de la quarantaine. Concevoir un enfant deviendra alors une course contre la montre. Entre 20 et 25 ans, un couple sans problème de fertilité a chaque mois en moyenne une chance sur quatre de concevoir un enfant. À 35 ans, le taux de fécondité descend à près de 15%. Cinq and plus tard, il n'est plus que de 5%. «Après, les chances décroissent de moitié par année», dit Marc Villeneuve, obstétricien-gynécologue et directeur médical de Procréa Cliniques, un centre de fertilité.
Au Québec, comme dans d'autres populations occidentales, l'infertilité est en hausse, diagnostic qu'on pose après un an de relations sexuelles non protégées avec le même partenaire sans qu'il n'y ait eu de grossesse. L'infertilité résulte souvent de la décision tardive des couples de concevoir un bébé. En 2002, d'après Statistique Canada, l'âge moyen des Canadiennes à la naissance de leur premier enfant était de 27,7 ans. Près de 45% des naissances étaient le fait de femmes de 30 à 39 ans, contre 23% en 1982.
Dans les cliniques de fertilité où l'on offre des services de procréation médicalement assistée, la moyenne d'âge des femmes qui consultent est d'environ 35-40 ans, d'après l'obstétricien-gynécologue William Buckett, qui travaille au Centre de reproduction McGill et à l'Hôpital Royal-Victoria. Selon lui, la majorité des patientes sont bien conscientes des difficultés de concevoir à leur âge. «Mais environ 20% d'entre elles sont surprises d'apprendre qu'elles ont un problème de fertilité», estime-t-il. D'après Marc Villeneuve, plusieurs femmes de 35 ans et plus s'imaginent qu'elles auront un enfant à coup sûr malgré le déclin de leur fertilité et s'étonnent quand ça ne marche pas.
La durée de vie des ovules
Contrairement à l'homme, qui produit sans cesse de nouveaux spermatozoïdes, la femme naît avec un nombre limité d'ovules. «Le foetus [femelle] crée des oeufs jusqu'à l'âge de 16 à 20 semaines, explique Rodolphe Maheux, gynécologue-obstétricien et professeur au Pavillon Saint-François-d'Assise du Centre hospitalier universitaire de Québec. Leur nombre commence ensuite à décliner.» À la naissance, la femme possède environ un million de folicules ovariens (enveloppes nourrissantes contenant un ovule immature). Pendant sa période de fertilité, c'est-à-dire de la puberté à la ménopause, elle n'ovulera qu'environ 450 fois (ce nombre est moindre chez les femmes ménopausées avant 40 ans).
Mais où s'en vont donc tous ces folicules? Ils dégénèrent pour la plupart.«Plus on avance en âge, moins les ovules sont bons, dit Serge Bélisle, directeur du département d'obstétrique et de gynécologie du CHUM et spécialiste de l'infertilité. Ce qui reste, c'est le "fond du baril". Les meilleurs ovules sont partis.» Avec le temps, les bons folicules réagissent de moins en moins à l'hormone folliculo-stimulante (FSH) et à l'hormone luténisante (LH), qui permettent le développement des ovules et le déclenchement de l'ovulation. De plus, comme la machinerie génétique est rouillée, les ovules présentent davantage de troubles chromosomiques.
Résultat: alors qu'en général une femme de 25 ans met deux à trois mois à tomber enceinte, plus de six mois sont nécessaires chez les 35 ans et plus. Et il y a les risques de fausse couche: ils sont de 10% chez une jeune femme, tandis qu'ils s'élèvent à environ 30% chez les 40 ans et plus, selon Seang Lin Tan, directeur du département d'obstétrique et de gynécologie de l'Université McGill et obstétricien et gynécologue en chef du Centre universitaire de santé McGill.
Joanne et son conjoint ont dû patienter deux ans et demi avant de parvenir à concevoir un premier enfant. Vingt-neuf mois d'espoir déçu. «On a commencé à s'essayer dès notre nuit de noces!» dit Joanne, qui s'est mariée à 33 ans. Aparemment infertile, le couple a décidé de consulter. «En clinique, on n'a pas vraiment trouvé notre problème», dit la maman de 41 ans. Puis, sans avoir recours à des traitements, Joanne est finalement tombée enceinte. Elle a aujourd'hui deux garçons, âgés de 5 et de 2 ans. «Pour le deuxième, il a aussi fallu deux ans et demi, dit Joanne. J'ai accouché de mon dernier à 39 ans.»
Donner un coup de pouce à notre fertilité
La solution évidente pour déjouer les pièges de l'horloge biologique: fonder une famille tôt. Or, dans notre société actuelle, ce n'est pas toujours évident: on ne rencontre pas toujours le père de nos enfants facilement, on finit nos études tard, on a un emploi trop prenant, on manque d'argent ou on veut être «libre» encore un peu... «Bref, ce n'est jamais le temps jusqu'à ce que ça ne soit plus le temps, remarque Rodolphe Maheux. Si vous voulez un bébé, faites-le donc dans la vingtaine. N'attendez pas la promotion et la maison.» Tous les spécialistes de l'infertilité s'entendent: une femme en mesure d'avoir un enfant avant 35 ans devrait le faire.
S'ils sont si catégoriques, c'est peut-être parce qu'il n'y a pas grand-chose qu'on puisse faire pour préserver notre fertilité, sauf peut-être garder un poids santé. En effet, l'aménorrhée (l'arrêt des menstruations) survient surtout chez les femmes obèses (indice de masse corporelle supérieur à 32) ou chez les femmes trop maigres (IMC inférieur à 17). «Mais pour certaines femmes, il suffira d'un peu de poids en trop [ou en moins] pour qu'elles éprouvent des problèmes ovulatoires», dit William Buckett.
L'importance du poids santé tient au fait que, pour ovuler sans problème et tomber enceinte, on doit posséder un minimum de tissu graisseux. «La graisse produit des œstrogènes (en fait, elle transforme des précurseurs androgéniques en œstrogènes)», explique Rodolphe Maheux. Ainsi, lorsqu'on n'a pas assez de gras, les œstrogènes nécessaires pour déclencher l'ovulation au milieu du cycle ne sont souvent pas suffisants. À l'inverse, une concentration trop élevée d'œstrogènes nuit également à l'ovulation: en fin de mois, il faut abaisser suffisamment son niveau d'œstrogènes pour repartir un cycle. Attention, toutefois: chez les femmes surentraînées, le poids peut être trompeur. Comme le muscle est plus lourd que le gras, elles peuvent en effet avoir un poids santé sans nécessairement avoir une quantité de gras appropriée.
Si une saine alimentation est importante pour maintenir un poids santé, aucun aliment en particulier n'aide la fertilité ou ne lui nuit. On recommande toutefois de consommer de l'acide folique, qui réduit les risques de malformations congénitales. Pris à dose modérée, le café ne nuit pas à la fertilité. Consommer trois tasses par jour augmente toutefois les risques de fausse-couche, d'après Serge Bélisle. William Buckett parle plutôt de quatre tasses, mais soutient que l'impact du café sur la fertilité n'est pas clair. Il mentionne toutefois que «souvent, les gens qui boivent du café à l'excès fument».
On sait que le tabac et la marijuana affectent la fertilité de l'homme (voir Et les hommes dans tout ça?) et de la femme. Il suffit d'une cigarette ou deux pour nuire à sa fécondité, d'après William Buckett. Le tabac accélère la venue de la ménopause. «Cela rend les ovules moins fécondables» dit Serge Bélisle. Quant à l'alcool, il n'existe pas de preuves démontrant qu'une consommation modérée (environ cinq verres par semaine) affecte la fertilité. Chez la femme, une prise excessive peut toutefois s'accompagner de complications médicales, comme une cirrhose hépatique ou une malnutrition avec troubles ovulatoires, «qui rendent la conception difficile, voire contre-indiquée», dit Serge Bélisle.
Et le stress
Chantal, 32 ans, a mis deux ans avant de concevoir un enfant. Hasard ou non, elle est parvenue à tomber enceinte deux mois après avoir quitté son emploi de nuit. «J'avais un mode de vie chaotique, dit la maman, qui tente d'avoir un deuxième enfant. Je ne dormais pas à des heures régulières et mon poste était stressant.»
On pourrait croire que le stress a influencé la fertilité de Chantal. Or, «le stress quotidien usuel ne dérange habituellement pas la fonction ovarienne», indique André Lemay, chef du Centre d'endocrinologie de la reproduction, d'infertilité et de ménopause de l'hôpital Saint-François-d'Assise (CHUQ). Pour qu'il y ait un véritable effet, le stress doit être associé à un événement majeur, comme une famine ou une sécheresse. «Des études ont montré que les réfugiées et les femmes qui ont dû quitter leur pays en guerre arrêtaient d'ovuler», précise Shree Mulay, professeure associée au département de médecine de l'Université McGill. Mais on ne connaît pas tout du facteur stress, car il est difficile à mesurer. Une chose est sûre, toutefois: la théorie selon laquelle «trop vouloir un enfant» nuit à la fertilité ne tient pas.
D'après William Buckett, environ 40% des femmes connaissent des cycles menstruels irréguliers à l'occasion, ce qui peut réduire les chances de concevoir un enfant. Est-ce parfois dû au stress? Peut-être. «Une jeune femme qui étudie durant un an pour un examen peut ne pas ovuler, dit-il. Un stress ou une dépression soudaine peuvent aussi affecter la FSH et la LH.»
Le lien entre infertilité et médicaments n'est pas totalement clair non-plus. Selon William Buckett, environ 10% des femmes qui cessent de prendre la pilule doivent patienter quatre à cinq mois avant que leur cycle redevienne régulier. La prise de la pilule n'a toutefois aucun effet sur la fertilité à plus long terme. Tout le contraire des traitements pour le cancer et le VIH-sida, qui altèrent les fonctions ovariennes. Certains médicaments, notamment des traitements à la cortisone ou aux anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS), peuvent perturber temporairement l'ovulation. Cela ne semble toutefois pas le cas des médicaments en vente libre.
Pour favoriser notre fécondité, il faut donc conserver un régime de vie équilibré ainsi qu'une bonne alimentation. Mais l'âge demeure un facteur majeur. Joanne n'a même pas songé à un troisième enfant, après avoir accouché de son deuxième, à 39 ans. Elle ne voulait pas jouer à la roulette russe avec ses vieux ovules. «Je me suis retirée du gambling chromosomique!» dit-elle.
Et les hommes dans tout ça?
Chez 40% des couples, l'infertilité est associée à un problème uniquement masculin. La qualité et la quantité des spermatozoïdes ainsi que le dysfonctionnement érectile ou éjaculatoire sont alors mis en cause. On a aussi constaté que la fertilité de l'homme a grandement diminué depuis 50 ans. «À l'époque, on comptait 50 millions de spermatozoïdes par ml d'éjaculat, dit Serge Bélisle. On en trouve maintenant entre 15 et 20 millions par ml.» La pollution, les pesticides et les insecticides sont pointés du doigt. L'âge pourrait aussi avoir une influence, mais peu d'études se sont encore penchées sur le sujet. «Jadis, beaucoup de sociétés croyaient que l'homme ne pouvait pas être infertile, explique R,-Marc Pelletier, professeur à la faculté de médecine de l'Université de Montréal et spécialiste en infertilité masculine. Tous les travaux sur la fertilité ont donc porté sur la femme.»
Parmi les facteurs qu'on peut contrôler, mentionnons, comme chez la femme, le tabac, qui affecte la quantité de spermatozoïdes et la motilité du sperme. «La cigarette diminue l'oxygène résiduel dans le sang, dit R.-Marc Pelletier. Or, avec le cerveau, les testicules sont les tissus les plus avides d'oxygène.» Consommé de façon excessive, l'alcool diminue quant à lui la capacité érectile. Pour préserver leur fertilité, les hommes ont aussi intérêt à être actifs et à éviter les caleçons serrés. Attention aux gelures de testicules pendant les journées de ski. En revanche, les testicules ne doivent pas être exposés trop fréquemment à des chaleurs intenses. La production et la survie des spermatozoïdes nécessitent une température de 34°C. La varicocèle, une dilatation de la veine dans le testicule (plus couvent le gauche) qui peut mener à l'infertilité, semble aussi liée à la hausse de température. Hommes, gardez donc un œil sur vos testicules!
Article tiré de la revue Coup de Pouce, Février 2005, pages 81 à 89
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