LES PÉPINS DE KIWI


Réflexions douces-amères d'une infertile maintenant maman.

27 novembre 2006

Un retour attendu

J'avais 11 ans quand j'ai eu mes règles pour la première fois. Je m'en souviens encore. Quand j'avais vu le sang, je m'étais demandé si je m'étais cognée en faisant du vélo. Mais j'ai vite compris ce qu'il m'arrivait... et j'ai pleuré. Ce que j'ignorais à ce moment-là c'est à quel point la signification de mes règles changerait au fil du temps.

À 11 ans, ça voulait dire que je devenais une femme. Ça voulait donc dire que je n'avais plus le droit de jouer à la poupée et de faire parler mes pouliches. Ça voulait aussi dire que j'allais devoir traîner des serviettes avec moi et endurer ce supplice féminin mois après mois. Je ne sais pas si ça a changé depuis, mais dans ce temps-là, il n'y avait pas de petite poubelle dans les cabines des toilettes pour jeter les serviettes. Je devais donc sortir avec mon petit paquet caché dans ma main et le jeter en espérant que personne ne me voit. À 11 ans, c'est humiliant.

Mais à 11 ans, quand je me suis rendue compte que mes règles ne revenaient pas à chaque mois, j'étais plus qu'heureuse. C'est plutôt vers 15 ans, alors que j'aurais aimé pouvoir planifier et ne plus me faire suprendre par des règles monstres qui arrivaient toujours au mauvais moment, que j'ai commencé à espérer être régulière. J'ai commencé à noter quand mes règles arrivaient et combien de temps elles duraient. Ça variait de un an à 2 semaines, pour des durées de 2 à 15 jours. C'était frustrant. Je devais toujours faire attention. Je devais toujours avoir le nécessaire sur moi, au cas où.

Vers 17 ans, j'en ai eu assez de tout ça. J'ai pris le taureau par les cornes et je suis allée consulter, seule, sans ma mère. Mes régles, quand elles se montraient, étaient une torture. J'avais mal, j'étais étourdie, je remplissais mon lit de sang la nuit. J'en avais vraiment assez de me sentir extra-terrestre. Le médecin m'a d'abord fait faire un bilan sanguin, qui a révélé un taux élevé de prolactine. J'ai donc par la suite passé une résonnance magnétique (rien à signaler), un autre bilan sanguin (mon taux était redevenu normal) et été suivie par un endocrinologue. Tout ça pour me faire dire que je n'avais pas de problème. Mon médecin de famille m'a prescrit la pilule et c'en était fini des cycles irréguliers ou inexistants.

Jusqu'à ce qu'on décide d'essayer de faire un bébé. Mes règles étaient alors synonymes d'échec, d'espoir gaspillé. S'en suivirent longs cycles anovulatoires, diagnostic d'ovaires polykystiques, traitements de fertilité, et après 3 ans, Tithom. Depuis l'accouchement, rien. J'ai eu un peu de spotting il y a un peu plus d'un mois, mais je ne considérais pas ça comme un retour de couches. J'allaite encore, donc je peux encore mettre le blâme là-dessus. Je peux encore me dire que mes règles peuvent revenir après et être régulières. Mais je n'y crois plus vraiment. Je ne croyais même pas qu'elles reviendraient d'elles-mêmes...

Il y a deux semaines, j'ai eu de fortes douleurs à l'ovaire droit, ou enfin, aux environs de l'ovaire droit. Et il y a quelques jours, du spotting. Je ne croyais pas un jour être aussi heureuse de tacher une culotte. Je me suis demandé si c'était une coïncidence, les douleurs 2 semaines avant les saignements. Je me suis énervée, me disant que j'avais des règles naturelles, chose qui ne m'était pas arrivée depuis... je ne sais même pas depuis quand! Puis le lendemain, plus rien. Et le sur-lendemain, ça a recommencé. Je me sentais comme une ado, à traîner ce qu'il fallait, juste au cas où. Ça crée des anecdotes cocasses dans un party quand un p'tit tannant fouille dans mon sac à mains et se promène partout dans la maison avec mon sac de tampons, je vous l'accorde. Mais ça me tanne de ne pas avoir un corps normal et prévisible. Ça me frustre de ne pas être comme les autres.

Je ne sais toujours pas si c'est mon retour de couches, mais pour la forme et parce que ça me fait du bien de croire que c'est ça, je vais considérer mes saignements comme tel. Je sais au fond de moi que je ne tomberai jamais enceinte au naturel. Je sais au fond de moi que ça ne me donne rien de croire aux miracles, que ça ne m'arrivera pas à moi. Mais une toute petite voix me dit que même s'il y a une chance microscopique, que c'est déjà ça et que je dois y croire pour l'instant. Dans quelques mois, quand j'aurai arrêté d'allaiter, quand mon corps sera revenu à son état "normal", quand je serai impatiente de revoir mes règles qui n'arriveront pas, là, j'arrêterai d'écouter la petite voix. Pour l'instant, j'aime vivre avec l'illusion qu'il y a une possibilité, si minuscule soit-elle.

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Écrit par kiwi :: 4:25 PM :: 4 pelure(s)

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24 octobre 2006

Blog express

Le temps file sans que je m'en rende compte. Les journées passent et avant même que je sache, octobre tire à sa fin et mon coco aura 9 mois dans 4 jours. Question de rattraper le temps passé si vite, un résumé express.

- Le sevrage se passe quand même bien, pour le moment. Nous en sommes encore à un seul boire au gobelet. J'ai dû par deux fois compenser une heure plus tard en allaitant, mais ça semble s'être replacé. Je suis toujours ambivalente à l'idée de sevrer Tithom, mais je sais au fond de moi que le temps est venu. J'attends encore quelques jours avant de remplacer le boire du midi car je suis encore engorgée le soir. Ma production ne s'est pas encore adaptée au boire en moins. En fait, elle venait juste de s'adapter à une diminution de boire, puisque depuis deux semaines, Tithom était passé par lui-même de 5 boires par jour à 4.

- Tithom mange maintenant 3 bons repas par jour. Il mange de tout, avec appétit. J'ai introduit la viande, même si j'avais eu l'intention au départ de faire de lui un bébé végétarien. Il goûtera d'abord à tout, puis mangera des repas végétariens quand nous en mangerons nous aussi.

- Je crois avoir eu un semblant de retour de règles il y a presque 2 semaines. Après 4 jours de petits saignements et plusieurs tests de grossesse négatifs, je ne sais pas vraiment plus à quoi m'en tenir. Tant que l'allaitement ne sera pas terminer, je ne pourrai savoir si mes règles reviendront pour de bon (quel beau rêve!) ou si elles disparaîtront pendant des mois comme elles l'ont toujours fait. Histoire à suivre...

- Tithom ne marche pas, ne rampe pas ni ne marche à 4 pattes. Mais il fait de la vitesse sur les fesses! Il se tire après les meubles pour se mettre à genoux, mais sans plus. Je ne suis pas si pressée que ça qu'il marche... je n'ai pas encore à lui courir après dans la maison!

Voilà ce qui me vient à l'esprit pour le moment... Fin de la pause!

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Écrit par kiwi :: 1:36 PM :: 0 pelure(s)

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16 octobre 2006

Gratte gratte gratte

Vers l'âge de 8 ans, j'ai commencé à faire du psoriasis. Au départ, j'en avais seulement sur le bord des oreilles et du nez. Ça passait facilement inapperçu. Puis j'ai commencé à en avoir sur les genoux, les pieds, la nuque, le dessus de la tête. Et ça piquait. Dieu que ça piquait. Et ça me complexait, même si c'était quand même discret.

À l'adolescence, mon psoriasis s'est concentré sur ma tête. Super, ça ne paraissait plus! Ça piquait encore, mais au moins, les gens ne le savaient pas. J'ai eu des périodes pires que d'autres, et des périodes où il était pratiquement disparu. J'ai rasé mes cheveux pendant le Cégep (jeunesse rebelle) et ça a fait le plus grand bien à ma peau.

Je m'étais habituée au va-et-vient de mon psoriasis. Il faisait partie de ma vie et il ne me dérangeait plus tellement. Mes traitements fonctionnaient bien quand j'en avais besoin. Ça piquait de temps en temps, mais on finit par s'habituer.

Puis est venue ma grossesse. Je ne pouvais plus utiliser mes traitements. Mais mon psoriasis est quand même disparu. Complètement disparu. Pouf! Comme ça!

Et puis j'ai accouché. Pas le choix, hein? Et le psoriasis est revenu. Il est revenu avec vengeance. La tête me pique sans bon sens. Le psoriasis l'envahit et je ne peux toujours pas utiliser mes traitements, puisque j'allaite encore. Ça pique, ça pique, ça n'a pas de sens! Je vais virer folle tellement ça pique!

J'ai fait quelques recherches et, même si les études sont rares sur le sujet, on a tendance à dire que la grossesse améliorerait le psoriasis. Probablement rapport aux hormones. Elles ont le dos large, les hormones, après tout.

Ben voilà. Pas que j'aie besoin d'excuse pour justifier le sevrage de Tithom, mais disons que ça vient s'ajouter à ma liste de raisons. La grossesse est devenue thérapeutique pour moi!

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Écrit par kiwi :: 1:01 PM :: 2 pelure(s)

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8 septembre 2006

Les pantalons verts

À chaque changement de saison, je fais la rotation dans mes vêtements. Et à chaque fois, je fais un tri dans les vêtements, question de libérer de l'espace un peu. Je donne ce que je n'aime plus, ce qui ne fait plus, ce que je ne porte plus. Parfois, je garde des choses, même si elles ne font plus. Comme les pantalons verts.

Il y a plusieurs années, je m'étais acheté une paire de pantalons verts kakis. Je les trouvais tellement cool et ils m'allaient comme un gant. Je les avais toujours sur le dos. Puis, j'ai arrêté de fumer, j'ai commencé les traitements de fertilité et mon poids n'a jamais cessé d'augmenter. À chaque changement de saison, je les sortais de mon bac, nostalgique. Je les regardais et j'hésitais quelques secondes entre la pile "à donner" et la pile "à garder". Je les essayais, pour me rendre compte à chaque fois qu'ils étaient loin de me faire (à un moment, ils ne passaient même pas les cuisses). Je les remettais quand même dans le bac, au cas où un jour, ils me feraient à nouveau, en me disant que je rêvais en couleurs.

Au printemps, j'ai fait ma rotation et j'ai réessayé les pantalons verts. Ils passaient les cuisses, mais il manquait plusieurs pouces pour que la taille se ferme. Allez hop, on retourne dans le bac!

Cette semaine, j'ai rangé mon linge d'été et sorti celui d'hiver. J'ai osé essayer mes pantalons verts encore une fois. Et vous savez quoi? Ils me font.

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Écrit par kiwi :: 1:24 PM :: 2 pelure(s)

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21 juillet 2006

Le corps d'une mère

Je suis loin d'être la première à avoir de la difficulté à accepter mon "nouveau" corps. Le corps d'une femme, transformé par la maternité, n'est pas quelque chose qu'on voit souvent ni dont on parle ouvertement. Ça n'entre pas dans les standards de beauté actuels, les ventres un peu mous, avec des vergetures ou des crevasses. On ne voit que des femmes maigres commes des gamins, sans courbe, sans sein. Les actrices et mannequins ayant porté la vie semblent toujours miraculeusement intouchées par la grossesse. Leur ventre lisse et plat, leurs seins qui se tiennent (et pas un plus gros que l'autre!), ça fait juste décourager les petites mamans comme moi quand on se regarde dans le miroir. Bon d'accord, celles qui se font provoquer ou accoucher par césarienne en avance trichent (en plus de risquer gros). Mais les autres... elles doivent tricher aussi, mais comment...?

Un corps de femme ayant porté la vie, c'est beau. C'est plein de féminité, plein de maternité, plein d'amour. Oui, entre mon corps pré-grossesse et celui d'aujourd'hui, je préférais celui d'avant. Mais je ne le veux plus, car celui que j'ai maintenant est celui qui a porté et donné la vie à Tithom.

Voyez plusieurs autres femmes avec leurs cicatrices de maternité ici.

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Écrit par kiwi :: 12:04 PM :: 6 pelure(s)

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19 juillet 2006

Mon corps

Soyons honnêtes. Une chance qu'il existe cette chose merveilleuse appelée l'amour inconditionnel d'une mère, parce que sérieusement, une grossesse, ça scrape un corps de femme.

J'ai longtemps détesté mon corps. Adolescente, j'étais complexée, comme bien des jeunes filles. Pas assez grande, pas assez mince, trop de fesses, trop gros nez, trop petits pieds... alouette! Adulte, je l'ai encore détesté, mais pour d'autres raisons, plus profondes. Mon corps ne réussissait pas à accomplir une de ses tâches fondamentales: se reproduire. Mon corps n'ovulait pas, mon corps ne me donnait pas l'enfant dont je rêvais. J'avais beau faire tout en mon pouvoir, je n'avais aucun contrôle sur mon corps et son manque de coopération. Puis, je l'ai détesté d'avoir rejeté mon premier bébé. Il s'est racheté en me donnant mon fils, le plus beau cadeau que la vie aie pu me donner.

Pour cette simple raison, j'aime mon corps. Pas pour ce qu'il a l'air, mais pour ce qu'il a fait et ce qu'il continue de faire pour Tithom.

Je l'ai souvent poussé à sa limite. Je l'ai malmené avec bien des drogues, des médicaments, des tests. J'ai été exigeante envers lui. Il a travaillé fort, parfois même sans que je m'en rende compte. Comment puis-je m'attendre à ce qu'un corps qui a eu l'air de ça puisse redevenir comme avant en si peu de temps? Je lui en demande trop. Mon corps m'a donné mon fils. Mon corps s'est transformé complètement pour donner la vie à Tithom. Comment puis-je oser lui demander de tout effacer ça en quelques mois?

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Écrit par kiwi :: 9:06 PM :: 2 pelure(s)

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22 mai 2006

Avec le placenta

Depuis que j'ai accouché, on dirait que mon cerveau marche au ralenti. En fait, j'ai parfois l'impression qu'il est sorti en même temps que le placenta. J'ai de la difficulté à me concentrer, je réfléchis à pas de tortue, j'oublie tout. En plus de ça, j'ai l'impression de ne plus arriver à faire deux phrases de suite qui ont de l'allure. Je me retrouve donc souvent devant mon écran tout blanc, avec le curseur qui clignotte, sans inspiration. Je suis là, avec l'intention d'écrire un billet, avec l'espoir de trouver une idée... mais rien! Depuis que Tithom est né, je ne trouve plus de talent à ma plume, je ne trouve plus de sens à mes mots. Je voudrais écrire, enfin, j'essaie, mais tout ce qui sort est mou et ordinaire. Je ne fais que répéter que j'aime mon fils avec chaque cellule de mon corps et retourner dans le passé pour souligner à quel point les choses ont changées. Je tenais donc à mexcuser à la fois pour mon silence parfois long et pour mes billets remplis de nostalgie à l'eau de rose et de petits nounours bleus pâles. Je manque de mordant, mais je n'arrive pas à m'en vouloir... mon fils a tellement fait fondre mon coeur que je suis rendue molle...

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Écrit par kiwi :: 8:58 PM :: 5 pelure(s)

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14 mars 2006

Suivi

Hier soir, j'ai demandé à Hom s'il allait m'accompagner chez le médecin aujourd'hui. Il m'a demandé "est-ce qu'il va y avoir des infertiles?" Comme j'ai souvent eu des rendez-vous en fertilité le mardi matin, nous avons décidé qu'il resterait à la maison avec bébé. Je suis donc allée seule chez le médecin. L'infirmière m'a pesée (je suis bien contente de voir que j'ai seulement 5 livres de plus sur leur balance aussi!), a pris ma pression et m'a posé quelques questions. Le médecin m'a demandé si j'avais eu mes premières règles. Je lui ai dit "non, et ça ne me surprend pas vraiment... je ne suis jamais menstruée habituellement." Il s'est alors souvenu de mes cycles anovulatoires interminables. Il m'a examinée (col atrophié, mais ok) et m'a dit que j'avais l'air en super forme. Nous avons parlé un peu de ce qui m'inquiétait, par rapport à un deuxième bébé. Je dois attendre quelques mois après avoir arrêté d'allaiter pour voir ce que mon cycle aura l'air (mon quoi?) et je prendrai rendez-vous à ce moment-là. Il m'a dit de ne pas trop m'en faire pour le Femara, que l'étude n'est pas claire encore et que ça risque de rentrer dans l'ordre... on verra bien pour ça. Il m'a aussi dit que ça pouvait arriver, après une grossesse, de redevenir régulière. J'en doute fort pour mon cas, mais bon, pourquoi pas... Je ne prendrai aucun contraceptif, de toute façon, je trouve ça complètement illogique pour moi. J'ai passé des année à essayer de faire un bébé, là, je ferais en sorte de l'empêcher...? Si miracle il y avait, nous le prendrions plus que volontiers!

Conclusion: j'allaite, je ne pense pas au futur, je m'occupe de Tithom et quand l'allaitement sera terminé, on passera à la prochaine étape! Rien de fantastique comme plan, mais c'est ce à quoi je m'attendais et ça fait mon affaire. Dossier clos pour le moment.

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Écrit par kiwi :: 11:54 AM :: 1 pelure(s)

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4 mars 2006

Dommages collatéraux

Mon corps a beaucoup changé depuis de 3 ans. Les traitements en fertilité avaient apporté plusieurs changements, dont une prise de poids et une perte de cheveux importante. Je n'avais pas vraiment réussi à perdre le surplus de poids pris à cause des injections avant de tomber enceinte. La grossesse a ensuite changé mon corps d'une toute autre façon.

Mon ventre s'est arrondi, mes seins ont grossi, mes hanches se sont courbées et mes cheveux ont épaissi pendant les 9 mois où Tithom grandissait en moi. J'ai peu à peu oublié ce que j'étais avant. À la fin, je ne voyais plus mes pieds. Je n'avais pas pu faire mon bikini depuis belle lurette, puisque cette région était rendue inacessible à cause de la bédaine. Mos dos me faisait mal. J'étais enflée. Vers la fin, des vergetures et de l'érythème autour de mon nombril sont apparus. Mon nombril s'est d'abord étiré, pour ensuite s'ouvrir et finalement se retourner et sortir de sa cachette. J'avais de la difficulté à mettre mes bas le matin sans risquer de me casser le cou. Je dormais mal, ne trouvant plus de position confortable. Ma peau était rendue horrible, j'avais plein de rougeurs et de boutons dans le visage. Mon tunnel carpien me faisait souffrir. Je me réveillais la nuit avec les deux bras engourdis et la douleur pouvait parfois durer toute la matinée.

Je ne me plaignais pas car tout ça est arrivé petit à petit, sans vraiment me déranger. J'étais prête à sacrifier mon corps (pour quelque temps) pour donner la vie. Mais vers la fin de la grossesse, j'avais quand même hâte de retrouver mon corps d'antan. Oh quelle naïveté!

Après l'accouchement, j'ai dû constater les dommages. Non seulement la grossesse avait ravagé mon corps, mais l'accouchement en avait rajouté. Les hémorroïdes et les points (pour déchirure) ont rendu mes retrouvailles avec mon corps très difficiles. J'ai eu peine à m'asseoir pour des jours. Heureusement, ces dommages sont disparus avec le temps...

Je ne peux pas en dire autant de ceux causés par la grossesse. Bon, les pieds enflés, ça s'est vite réglé. Première photo: avant d'accoucher. Deuxième photo: une semaine après l'accouchement. Je retrouvais mes chevilles et mes oreils n'avaient plus l'air de petites saucisses à cocktail!

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Mon ventre, quant à lui, n'a pas retrouvé sa forme d'antan... Il est moins rond, j'en conviens, mais bien plus flasque. Première photo: avant d'accoucher. Deuxième photo: un mois après l'accouchement. J'en ai bien perdu, mais ce qu'il reste est le plus difficile à faire fondre: le restant de bédaine et la peau étirée et molle.


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Il y a aussi les vergetures qui ne partiront pas. Elles pâliront avec le temps, mais resteront toujours, comme un tatouage soulignant le passage de la cigogne. Pour le moment, elles sont brunes et creusées. La fameuse ligne brune, celle que j'appelais affecteusement mon "zipper" n'est pas encore disparue. Elle sépare encore mon ventre en deux sections: la droite, flasque, et la gauche, tout aussi flasque. Et puis il y a ce nombril... ce trou immense au centre de mon ventre. Il était jadis si petit et fermé. Une toute petite ligne, un nombril bien creux dont je n'avais jamais vu le fond. Aujourd'hui, ce trou est béant, large et pas creux du tout. Mais il y a aussi les bons côtés. Ma peau est redevenue belle, je n'ai plus mal au dos, mon syndrôme du tunnel carpien s'est résorbé, je dors bien, je peux mettre des bas sans danger, mes bottes d'hiver s'attachent à nouveau, j'entre dans mes vêtements et aucune partie de mon anatomie ne m'est inaccessible.


J'aimais mon corps avant ma grossesse. Bon, bien entendu, comme toutes les femmes, j'y trouvais plein de défauts, mais il faisait mon affaire. Je l'ai encore plus aimé pendant ma grossesse. Ça m'épatait de le voir se transformer et former une autre vie. Vers le 6e mois, je me sentais vraiment belle et féminine. Puis, à la fin de la grossesse, je me sentais énorme, lourde et maladroite. J'aimais un peu moins ce corps dont je perdais le contrôle. Lors de mon accouchement, j'ai gagné un nouveau respect pour mon corps. Je l'admirais pour sa force, pour le rôle qu'il jouait. Il a donné vie, mis au monde mon enfant. Comment ne pas aimer ce corps? Puis, après l'accouchement, malgré les dommages collatéraux, malgré les vestiges de la grossesse et de l'accouchement, malgré la peau lousse et le ventre ramolli, j'aime mon corps d'une nouvelle façon. Ce corps qui a formé et donné vie nourrit maintenant notre enfant de son lait. Mon corps ne sera plus jamais ce qu'il était il y a 3 ans. J'aimerais bien perdre ce petit ventre et faire disparaître les vergetures, mais si c'est ça, le prix à payer pour avoir eu la chance de donner la vie, je suis prête à le payer. J'ai économisé longtemps pour le payer.

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Écrit par kiwi :: 11:20 AM :: 5 pelure(s)

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25 février 2006

Retour en arrière

J'ai raconté mon accouchement, mais je n'ai pas vraiment donné mes impressions. En fait, mes impressions ont changé depuis. Plusieurs fois même. Peu de temps après l'accouchement, je me sentais triste en repensant au déroulement de la naissance de Tithom. J'avais fait un plan de naissance et plusieurs choses n'avaient pas été suivies. Pas par manque de respect, mais parce que les circonstances ont rendu ces demandes impossibles à remplir. Par exemple, nous voulions que Hom sorte bébé de moi et le dépose sur mon ventre, mais à cause des forceps, ce n'était pas possible. Je voulais l'allaiter dans la première heure, mais il était loin de moi... Bref, des petites choses, certes, mais des choses importantes à mes yeux. J'avais bâti cette image de mon accouchement idéal dans ma tête... J'étais consciente que ça ne se déroulerait pas comme ça, mais j'osais espérer que ce qui comptait le plus à mes yeux arriverait.

Bref, dès le départ, quelques petits deuils à faire. Rien de dramatique, rien qui n'a laissé de trace permanente. Les hormones des premiers jours ont rendu mes émotions plus grandes que nature et difficiles à gérer. Je voyais tout pire que ce ne l'était et je pleurais pour des petits détails qui au fond n'étaient pas si importants en bout de ligne.

Je ne suis pas du genre à regretter. Je regarde de temps en temps en arrière, peut-être, mais c'est pour mieux faire la paix et pouvoir avancer sans retenue. Lors de mon retour à la maison, j'étais très déçue d'avoir manqué les premiers moments de vie de Tithom. J'étais déçue de ne pas avoir de photo de sa naissance, de Hom en train de couper le cordon... J'étais déçue de ne pas avoir pu profiter plus de notre séjour à l'hôpital... J'aurais aimé, les premiers jours, me concentrer sur Tithom, me reposer, couchée près de lui, en paix. Mais avec toutes les vistes des infirmières pour moi et pour Tithom, les repas, les rencontres, les visites de la famille, les traitements pour les divers maux, il ne nous restait plus grand temps à nous... J'ai eu l'impression que les premiers jours m'ont glissé entre les doigts et que je ne pourrais plus jamais les ratraper... J'avais l'impression que j'avais manqué quelque chose de primordial.

Puis, une semaine après la naissance de Tithom, tout ça était effacé. Même les moins beaux moments m'étaient maintenant très chers et j'y tenais autant qu'aux plus beaux. Le baby-blues m'avait quittée et je pouvais maintenant revenir en arrière sans avoir une boule dans la gorge.

Et aujourd'hui, quatre semaines après mon accouchement, j'ai le coeur gonflé de fierté en pensant aux premiers moments avec notre garçon. Peu importe si ça ne s'est pas passé comme j'en rêvais. Après tout, sa conception ne s'est pas passée de façon idéale non-plus! Les choses les plus importantes (accouchement naturel, péridurale à ma demande, bébé en santé, allaitement, etc.) s'étaient déroulées de façon assez fidèle à mes attentes pour que je n'en ressente aucune amertume.

Je suis très fière d'avoir enduré la douleur si longtemps (à mes yeux). Je suis fière de ne pas avoir perdu les pédales, d'avoir gardé mon calme et mon enthousiasme malgré tout. Je suis fière d'avoir travaillé si fort, sans trop me plaindre. Je suis fière de Hom, de son support extraordinaire et de sa présence si rassurante et forte. Je suis fière de notre positivisme. Je suis fière de notre force et de notre unité. Je suis fière de la naissance de notre fils. Je suis fière du chemin que nous avons parcouru pour nous y rendre, même s'il a été difficile et que je m'en serais sincèrement passée. Je suis fière de notre histoire.

La naissance de Tithom est unique. C'est le souvenir le plus précieux que j'ai et je compte bien le chérir très longtemps.

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Écrit par kiwi :: 9:25 PM :: 3 pelure(s)

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6 février 2006

La naissance d'un Pépin

Jeudi le 26, je suis allée à l’hôpital en fin d’après-midi pour me faire mettre un gel de prostaglandine sur le col, question de le faire maturer un peu. J’étais en retard et rien ne se passait de ce côté... Après m’avoir mis le gel, on m’a dit de revenir le lendemain matin. On verrait à ce moment-là ce qu’on ferait. Le gel m’a donné des contractions, mais elles n’étaient pas douloureuses. Je n’ai par contre pas bien dormi cette nuit-là. Mes bras engourdissaient très vite, les contractions rendaient mon sommeil inconfortable, je pensais trop, j’étais fébrile et nerveuse... Je n’ai presque pas dormi alors que j’aurais dû récupérer pour la grosse journée qui m’attendait.

Je suis donc retournée à l’hôpital vendredi matin. Rien n’avait bougé. J’avais de la chance, c’était mon docteur qui était de garde. Il savait que je ne voulais pas me faire provoquer plus qu’avec le gel. Il m’a examinée et m’a dit “tu n’es pas encore dilatée. Ton col a ramolli un peu, mais c’est tout. On va te remettre du gel et on va attendre encore un peu. Reviens me voir mardi au bureau. On ne te provoquera pas plus que ça.” J’étais bien d’accord. Il a posé le gel, d’une façon bien différente que le médecin de la veille, ce qui m’a encore fait penser que mon médecin est le seul à faire les choses comme il faut. Il était 9h. Les contractions ont commencé presqu’aussitôt à être plus douloureuses. Je les sentais bien, elles faisaient un peu mal, comme une bonne crampe de menstruation. Après plus d’une heure de monitoring, nous sommes retournés chez nous.

Nous avons pris un petit dîner. Les contractions continuaient toujours. À partir de 11h30, je les comptais aux 3 minutes. J’ai pris un bon bain chaud, mais ça n’a rien changé. Je me suis couchée sur le côté gauche sur le sofa du salon, en écoutant de la musique. Ça n’a rien changé non-plus. Mes contractions étaient encore aux 3 minutes, mais ça pouvait être seulement l’effet du gel. On m’avait dit d’attendre 6 heures avant que le gel cesse de faire effet, pour voir si mes contractions étaient vraies ou non. Je devais donc prendre mon mal en patience.

Vers 14h, je me lève de ma chaise et je sens quelque chose “couler”. Je cours donc à la toilette pour découvrir, déçue, seulement une toute petite trace de gélatine sur le papier. Je dis quand même à Hom que c’est bon signe, car un morceau de bouchon, ça veut dire que le col travaille... enfin! En me relevant, j’apperçois dans la toilette le fameux bouchon. Il est là, intact, gros comme mon pouce. Aucun doute là-dessus, j’avais perdu mon bouchon! Enfin un pas en avant! Je demande à Hom de venir voir. Nous sommes tous les deux dégoûtés et excités à la fois. Ça avance!

On décide de regarder un film, pour passer le temps. À peine 15 minutes après le début du film, je sens ma culotte et mon pantalon se mouiller subitement. Je coule comme un robinet et je ne peux l’arrêter. Chéri, je crève mes eaux! Chéri, je couuuuule! Je ris comme une folle, Hom court partout à la recherche de quelque chose pour absorber la piscine qui se vide. Je ne peux m’empêcher de rire. Je rêvais de pouvoir faire comme dans les films et de dire à mon chum “Chéri, je crois que ça y est!” et voilà que je le vivais! Hom m’apporte une serviette de bain que je place entre mes jambes, le temps de me rendre à la salle de bains. Dans le bain, j’enlève mes pantalons. Après quelques minutes de dégoulinage, ça semble terminé. Hom appele la maternité, pour les avertir. Je mets une serviette, change de pantalons et nous voilà partis! C’est bien vrai, je vais enfin accoucher!

Hom a mis un piqué sur le siège d’auto, au cas où. Il a bien fait, car à chaque contraction, la piscine continue de se vider! J’essaie de retenir, de me placer de façon à ce que ça coule dans ma serviette, mais il n’y a rien à faire, c’est le déluge! Nous arrivons finalement à l’hôpital. Mes jeans sont complètement trempés. Dehors, il fait un beau soleil, mais très froid. Le vent glacé sur mes jeans mouillés vient me geler les cuisses. Je dois m’arrêter à chaque contraction pour prendre mon souffle. Elles deviennent de plus en plus douloureuses. L’ascenceur prend une éternité à partir. Je sens les regards des gens se poser sur moi, certains devinant très bien ce qui est en train de m’arriver. Je m’en fous, je suis trop excitée à l’idée de rencontrer bientôt mon petit garçon!

Arrivée dans la salle de triage de la maternité, on m’examine. Je suis dilatée à 3 cm. Enfin! Je suis admise. On me donne une belle jaquette bleue et on m’amène à ma salle d’accouchement. Il est 15h15. Je ne calcule plus mes contractions, mais je sais qu’elles sont longues, douloureuses et rapprochées. On me branche sur soluté et antibiotique, puisque j’ai testé positive au stretocoque B. J’endure encore bien les contractions, mais elles font mal dans mes reins. Je cherche une position qui les fera mieux passer. J’essaie couchée, assise, en marchant... C’est pendue au cou de Hom que j’arrive le mieux à relaxer. Il me masse le dos et m’encourage à bien respirer. J’arrive à bien faire mes respirations profondes, heureusement. Je trouve mes contractions longues. Dès que je crois qu’une finit, une autre recommence, sans repos entre les deux. Ça doit être dans ma tête...

Hom me flatte, me donne des gorgées d’eau, me supporte, me tient quand je souffre. Il est très patient et calme, ce qui m’aide à ne pas perdre la tête.

Vers 17h, on essaie le bain tourbillon. Je croyais vraiment que ça me ferait du bien, mais non, pas du tout. Je flotte, je suis trop petite pour le bain, je ne suis pas confortable... Sans parler des contractions! Après 20 minutes, je sors. L’infirmière m’examine: je suis encore à 3 cm. Je suis un peu découragée. On décide d’essayer le ballon. Pendant plus d’une heure, je me tortille sur le ballon, faisant des rotations de bassin pendant que Hom me fait des points de pression dans le dos. Plusieurs fois, je répète à Hom que je n’en peux plus, que j’ai trop mal, que je suis épuisée et que je ne tiendrai pas le coup jusqu’ à la fin. À chaque fois, il me dit calmement que si c’est ce que je veux, qu’on le demandera, mais qu’on peut essayer encore un peu plus longtemps... “Essaie une heure mon amour. Juste une heure. L’infirmière va revenir à ce moment-là et on verra rendus là.” Je suis d’accord, j’endure. J'essaie de prendre ça une contraction à la fois. Je tourne sur le ballon, je gémis, je chiale, mes yeux ferment tout seuls, ma tête est lourde... J’ai des nausées à chaque contraction. Je sens mon endurance et ma volonté me lâcher tranquilement.

Quand j’ai mal et que je veux tout abandonner, je pense à tout ce que nous avons fait pour en arriver là. Je pense à tous les tests, tous les médicaments, toutes les déceptions. Je pense à toutes les femmes qui n’ont pas (encore) eu la chance de vivre ce que je vis. Je suis forte pour vous, consoeurs infertiles. Je réalise le rêve que nous avons en commun. Je n’ai pas le droit de vouloir abandonner. Je pense à notre bébé et un peu de force me revient.

Quand l’infirmière vient m’examiner vers 18h30, je suis à 4 cm plus. Pas un gros progrès depuis que je suis arrivée à l’hôpital... On continue le ballon un peu, mais mon idée est faite. Si je veux être capable de continuer, si je veux avoir la force de pousser, je dois demander la péridurale. Je n’y arriverai pas autrement, je connais mes limites... Je suis déçue, j’aurais aimé ne pas en avoir besoin, mais j’avais décidé de ne pas m’en vouloir pour ça et c’est ce que j’ai fait. On sonne l’infirmière et on lui demande comment on doit fonctionner. Elle me dit “si tu veux l’épidurale, tu dois la demander tout de suite, car l’anesthésiste en fait une en ce moment, puis il va faire une césarienne et tu ne pourras plus l’avoir après...” Je lui donne mon accord, signe les papiers et prends une respiration. Tant pis!

Je m’assieds en indien sur le lit, le dos courbé. Je tiens mes chevilles fermement, je ne dois pas bouger. L’anesthésiste est très gentil, il m’explique tout, prend son temps. Il me dit de l’avertir quand j’ai une contraction, mais de ne pas bouger et de la respirer. J’en ai une qui arrive... Je respire très fort, très profondément, très longtemps. L’anesthésiste et l’infirmière se regardent et trouvent mes contractions très longues. C’est difficile de ne pas bouger, mais j’y arrive. Il me pique, me joue dans le dos, je contracte, je respire, j’ai hâte que ça finisse, je sers le bras de Hom très fort. Par chance, je ne sens pratiquement rien de l’intervention, sauf une drôle de pression dans le dos. Je me couche, on m’installe le monitoring. Deux contractions plus tard, je suis délivrée de la douleur. Je sens bien les contractions, mais pas la douleur. Ouf! Je peux me reposer un peu. Sur le moniteur, on s’apperçoit que mes contractions sont en fait jumellées. J’ai une grosse contraction qui dure près d’une minute, elle ne descend qu’un petit peu avant de remonter et de faire une deuxième contraction collée. J’ai ensuite une petite pose et ça recommence. Ce n’était donc pas dans ma tête finalement!

Mon médecin vient m’examiner. Je suis à 5 cm. Il est 19h15. Je lui demande si la péridurale peut ralentir le travail. Il me dit que ça arrive, mais que quand c’est fait au bon moment, ça ne le ralentit pas. Il se peut même que ça aille plus rapidement, étant donné que je suis plus détendue maintenant. Il me dit être très surpris de me voir là, qu’il croyait vraiment seulement nous revoir mardi à la clinique. Nous aussi! Il est très content pour nous.

À 20h15, on me ré-examine. Je suis à 8 cm! Wow, ça avance vite et ça ne me fait plus mal! J’en profite pour me reposer, boire un peu de jus, rigoler avec Hom. L’effet de la péridurale est vraiment bizarre... C’est un peu comme quand on se gèle un orteil en ski... On le sent avec nos doigts, mais pas sur notre pied... Sauf que cette fois-ci, ce sont toutes mes jambes et mes fesses que je ne sens plus. Je les touche avec ma main et j’ai l’impression de toucher quelqu’un d’autre... Je suis pourtant capable de les bouger un peu...

Mon médecin revient me voir vers 20h50. À sa grande surprise, je suis complète! L’infirmière m’explique comment me placer pour pousser, me donne des suggestions. Je pose des questions sur certains côtés plutôt gênants, elle me rassure. Pas de place pour l’humilité quand on accouche! On doit laisser tomber les inhibitions et pousser! Je pousse donc. Après quelques poussées, mon médecin décide qu’on doit attendre encore une heure car le bébé est encore haut. Je commence à vraiment sentir le bébé pousser dans mon bassin. On me donne donc un petit bonus de péridurale. On me donne une couverture chaude, ça fait vraiment du bien!

À 22h, c’est enfin le temps de pousser pour de bon! Je dis un dernier adieu à ma bédaine et je me prépare. Hom me tient le bras, me flatte, m’encourage doucement. Je pousse avec force, mais mes contractions sont éloignées l’une de l’autre. Ce que je force à une se perd dans l’espace entre deux. On me donne donc du pitocin pour essayer d’augmenter mes contractions. Je pousse, je pousse. L’infirmière me dit que je pousse très bien, mais rien ne se passe... Je suis en train de me faire une belle collection d’hémorroïdes à ce qu’elle me dit. Mon médecin revient me voir vers 22h45, me dit que ce sera un autre médecin qui m’accouchera et que je pousserai encore peut-être une heure. Il nous félicite, nous sert la main. Nous le remercions de tout coeur. Après tout, il nous a suivis 2 ans en fertilité, puis pendant toute la grossesse. Nous sommes là un peu grâce à lui!

Je suis épuisée de pousser. Ma bouche est sèche, je grelotte, je ne me sens pas bien. Ma température est haute, je commence à faire de la fièvre. Le coeur de bébé monte en flèche. On lui place une sonde sur la tête pour bien capter son pouls. Je demande à Hom de me parler pendant que je pousse, parce que je m’accroche à sa voix. Les encouragements de l’infirmière ne sont qu’un bruit de fond pour moi. La voix de mon amour m’aide à me concentrer, à ne pas perdre la raison. Il me parle, me mouille le visage et les lèvres avec une débarbouillette mouillée entre les poussées. Il me donne des gorgées d’eau, me regarde, change la débarbouillette froide que j’ai dans le cou. Il est mon ancre, sans lui je partirais à la dérive...

On arrête le pitocin car au lieu d’augmenter le nombre de contractions, ça a augmenté leur durée. J’ai maintenant des contractions de 4 minutes avec 5 minutes entre chaque.

Quand le nouveau médecin arrive, vers minuit 30, je suis crevée. On me dit qu’il y a du méconium dans le liquide, que bébé est un peu en détresse. Le médecin me parle gentiement, nous dit ce qu’il en est. Bébé n’est pas loin, en fait, il est vraiment sur le bord, mais n’arrive pas à sortir. Deux options s’offrent à nous: les forceps ou la césarienne. Selon lui, la césarienne serait ridicule, étant donné que bébé est si près du but. Mais moi, les forceps me font peur. Je n’ai qu’une image en tête, celle des histoires de grands-mères, des grosses pinces avec lesquelles on tirait bébé du ventre. Il m’explique qu’il ne tirera pas bébé, qu’il va simplement placer les forceps pour le guider. C’est seulement une aide. Je lui demande s’il y a des risques pour le bébé. Il me dit que non, sauf peut-être des marques sur la tête qui partiront dans quelques jours. Hom et moi nous regardons. D’accord, allez-y. Je ne veux rien savoir d’une césarienne, surtout si l’autre option est aussi simple qu’on me le dit.

Le médecin place la première partie des forceps, qui ressemble à une grosse cuillère. Je sens une très grosse pression dans mon bassin. Il place ensuite la deuxième partie, une autre grosse cuillère. C’est vraiment très désagréable comme sensation. J’ai l’impression que le bassin va m’exploser. On me demande de pousser, mais j’ai tellement mal que je pense seulement à faire passer la douleur avec des grandes respirations. Je suis dans un brouillard, j’ai mal, je suis fatiguée... Puis j’entends la voix de mon amour me dire de pousser comme je faisais tout à l’heure, en retenant mon souffle. Oui, je pousse! Je pousse! Et cette fois-ci, je sens vraiment qu’il se passe quelque chose. Je ne vois rien, je suis comme dans un rêve, mais Hom m’a décrit ce qu’il se passait. Le médecin lui a montré la tête, tout content. Puis il l’a vu dérouler deux tours de cordon autour du cou de bébé. Bébé est ensuite sorti d’un coup. Je n’ai pas crié, j’ai seulement soupiré de délivrance. Hom n’a pas pu sortir le bébé de mon ventre comme on l’avait demandé, mais nous comprenions. Les infirmières le placent sur moi. Je soupire un petit “enfin!...” et les mots me manquent. On me demande de le tenir, de le frotter. Il ne pleure pas, il a une drôle de couleur... Hom coupe le cordon et les infirmières l’apportent tout de suite plus loin dans la chambre pour aspirer le liquide qu’il a dans les poumons. Pendant ce temps, je continue à pousser pour expulser le palcenta. Je regarde Hom regarder bébé, mais je ne vois pas bébé. Je l’entends pleurer, ça me fait du bien. Continue mon amour, accroche-toi! Je demande silencieusement à Hom, à l’autre bout de la pièce, s’il a tous ses morceaux. Il me fait signe que oui. Est-il beau? Il me fait signe que oui. C’est bien un petit gars? Oui oui. Mon coeur est plus léger pour quelques secondes...

Il est né à minuit 46, samedi le 28 janvier 2006. Il pèse 7 livres et 11 (3495 g) et mesure 52 cm (20,5 pouces).

On me recoud pendant que Hom et les infirmière s’occupent de notre bébé. Elles l’amènent sous observation, Hom les suit. Je reste seule avec une infirmière et le médecin qui me fait du petit point entre les jambes. Quand le médecin a terminé et s’en va, l’infirmière me nettoie et me donne un petit drap. Je n’ai pas droit à la couverture chaude cette fois-ci car je fais encore de la fièvre. Elle me donne un jus d’orange, puis elle me laisse seule. Je suis là, couchée dans mon lit, seule. Plus de bébé, plus de chum, plus de bédaine. Je pleure. J’ai mal, je m’inquiète, personne ne vient me donner de nouvelle. Où est mon bébé? Est-ce qu’il est correct? Quand vais-je le voir? Les larmes coulent sans que je puisse les arrêter. J’ai tellement peur. Je veux mon bébé, je veux mon chum! Les pires scénarios me traversent l'esprit. Je veux mon bébé! Je me sens seule, vide, perdue. Je regarde les aiguilles tourner sur l'horloge... Tout ce temps sans voir mon bébé... je suis déchirée et impatiente.

L’infirmière revient me voir et m’apporte deux verres d’eau. Elle me voit en larmes et me demande si je suis triste parce que je m’ennuie de mon bébé. Bien évidement! Elle me demande si je veux que mon chum vienne me donner des nouvelles. Oui, oui, s’il-vous-plaît!! Elle repart. Mon chum arrive quelques minutes plus tard. Il me dit que tout est correct, qu’il est juste sous observation parce que sa coloration n’était pas super belle et que ses poumons “tiraient” un peu au début. Il prend la caméra et retourne auprès de lui. Il revient me voir quelque temps plus tard, me donne la caméra et me dit que je peux le regarder là-dessus en attendant. Sur le petit écran de la caméra, je vois mon petit bébé bouger, les yeux grands ouverts vers son papa. Je pleure, il est si beau, si petit!

Environ 1h30 après sa naissance, Hom m’apporte enfin notre bébé. Ça été la plus longue heure et demie de ma vie. Il le place sur moi, je l’embrasse partout. Qu’il est beau! Qu’il est petit! Qu’il est beau!! J’essaie de lui donner le sein, mais ça ne fonctionne pas. On nous transfert enfin dans une chambre. Malheureusement, même si nous avions demandé une chambre privée, nous devons nous contenter d’une chambre semi-privée. Il est 3h30. Je réussis enfin à l’allaiter, couchée. C’est magique, ça me donne des frissons. Il est tout chaud collé sur moi. Il sert les poings, boit mon lait, s’abandonne à moi, à nous. Notre fils, enfin, notre petit Pépin est là.

Comme j’ai accouché après 21h, j’ai dû passer 3 nuits à l’hôpital. La première nuit a été plutôt courte. Entre les visites des infirmières pour vérifier mes signes vitaux et ceux de bébé, vérifier mes points, mes saignements, mon derrière (je l’ai bien dit, adieu l’humilité!), me poser des questions, me faire uriner dans un pot et les pleurs du bébé de notre voisine (notre bébé a dormi dur comme fer) et le passage incessant d’infrimière à l’extérieur de la chambre, le sommeil s’est fait rare. Hom a essayé de dormir dans son petit lit de camp, à côté de moi. La journée s’est déroulée pas mal de la même façon. J’avais très mal au derrière, j’avais peine à bouger. Les voisins étaient très bruyants et énervants. Je ne pouvais pas dormir. Une gentille infrimière m’a suggéré de prendre une douche et m’a donné des médicaments pour la douleur ainsi que des compresses pour mes fesses. Quel bien ça m’a fait! J’ai fait des appels, dormi un peu, mangé. Ma mère est venue nous voir en soirée, les parents de Hom aussi. Des grands-parents fiers et heureux de rencontrer leur petit-fils.

La deuxième nuit a été plus mouvementée. Bébé ne voulait pas dormir dans son petit lit. Dès que Hom le prenait, il dormait, mais s’il le déposait, il se remettait à pleurer. De minuit à 6h, Hom a déambulé dans les corridors, somnolent, avec bébé dans les bras. Les infirmière lui avaient dit que c’était probablement des sécrétions. Il essayait de lui tapotter le dos, rien ne sortait. Jusqu’à ce qu’une d’elle dise que bébé recherchait probablement juste la chaleur et le battement du coeur de papa. Nous l’avons donc couché près de moi dans mon lit et hop! Un bébé qui dort! Et une maman si heureuse de dormir collée sur son petit homme!

Nous avons finalement eu notre chambre privée pour la dernière journée et nuit. Enfin! Quelle différence, plus de voisins bruyants, une douche directement dans la chambre, la paix quoi! Mon père et sa copine sont venus nous visiter. Ils avaient apporté un gâteau aux carottes et des fraises. Nous nous sommes litéralement jettés dans les fraises! La bouffe d’hôpital, vraiment pas de la haute gastronomie! De la viande sèche, des patates pilées, des petits légumes coupés en cubes... Toujours la même formule! Et ce n’est vraiment pas dans mes habitudes de manger de la viande et des patates, encore moins à tous les repas. La journée s’est bien déroulée. Le frère de Hom et sa blonde sont venus nous voir. Les visites des infirmières se faisaient plus rares. J’ai par contre failli envoyer promener celle qui est venue nous réveiller à 3h du matin (alors que nous dormions quelques heures d’affilée pour la premier fois depuis 3 jours). Quand je lui ai demandé pourquoi elle nous réveillait (d’un ton très sec, je l’avoue... je ne suis pas des plus cordiales à 3h du matin), elle m’a répondu “ben, pour le faire boire! Ça fait 5 heures qu’il n’a pas bu!” Bébé dormait bien dur, tout collé sur moi. On me l’a enlevé quelques instants et de nouvelles infirmières sont venues prendre ma pression. Elles m’ont alors expliqué qu’un bébé né aux forceps est plus dormeur et que le médecin a demandé qu’il soit nourri aux 5 heures. Drôle qu’on me dise ça lors de ma dernière nuit à l’hôpital... Enfin bref, je l’ai nourri. On m’a dit qu’il était un peu chaud, probablement parce qu’il dormait tout collé sur moi. Je devais moins le coller. Pff, comme si j’allais moins coller mon fils que j’ai tant attendu parce qu’une infirmière en formation le trouve chaud!

Le lendemain matin, nous avons eu une rencontre où on nous a remis toutes sortes de papiers et formulaires. J’ai ensuite suivi un petit cours donné par une physiothérapeute pour une remise en forme pour les nouvelles mamans. Je croyais avoir mon congé suite à ça, nous avons donc tout fait nos valises. Le pédiatre est venu signer le congé de bébé, il ne me restait qu’à attendre le mien. L’infirmière est venue me voir peu de temps après pour me dire que mon congé m’était donné, mais que le pédiatre revenait sur sa décision et préférait garder bébé jusqu’à la fin de l’après-midi parce qu’il était chaud cette nuit. Et voilà, je payais finalement pour avoir collé mon bébé! Nous avons encore patienté et mangé un dernier repas dégueulasse d’hôpital en attendant de pouvoir partir. Vers 14h30, l’infirmière est venue prendre la température de bébé. Tout était beau, nous pouvions enfin partir!

Bébé bien emmitoufflé dans son siège d’auto, nous sommes partis de l’hôpital où il était né. Il faisait encore beau et froid. Notre vie de nouveaux parents commençait enfin réellement.

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Écrit par kiwi :: 7:40 PM :: 11 pelure(s)

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