LES PÉPINS DE KIWI


Réflexions douces-amères d'une infertile maintenant maman.

11 février 2007

Double personnalité

Je suis allée déjeuner avec des amies du secondaire la semaine dernière, comme on le fait à tous les 6 mois. Je me suis rendue compte, en jasant, que même si elles sont au courant de ma vie, elles ne connaissent pas Kiwi. Elles me connaissent, mais ne connaissent pas qui je suis online. Pas que je sois différente en réalité, ni que je me donne une autre personnalité sur internet, mais plutôt que ce soit une partie de moi qu'elles ne connaissent pas, point.

Sans vraiment leur cacher, je ne leur ai jamais parlé de mon blog. Je n'ai rien à leur cacher, mais j'aime bien l'idée d'avoir ce petit jardin secret où je peux être moi en toute liberté, où je peux dire ce que je pense en gardant un certain semblant d'anonymat. J'aime bien le fait de pouvoir révéler seulement certaines portions de ma vie, de pouvoir sélectionner ce que les gens savent et ne savent pas de moi. J'aime savoir que ceux qui me lisent n'ont pas vécu avec moi mes crises d'adolescence, les peines d'amour de mes 16 ans et les crises existentielles de mes 20 ans. J'aime être Kiwi, avec un bagage mystérieux et pas nécessairement important. J'aime montrer ce que je crois digne d'être montré et laisser dans le noir ce qui fait mieux d'y rester.

Si elles venaient à tomber ici (qui sait, elles y sont peut-être déjà!), je n'en ferais pas de plat. Je suis toujours restée honnête envers moi-même, envers mon entourage. Sans nécessairement faire exprès pour me faire lire par ma famille, je me suis toujours arrangée pour pouvoir assumer mes écrits sans que ça cause une catastrophe s'ils advenaient à lire.

Chaque personne dans ma vie n'a accès qu'à une partie de qui je suis. Je crois qu'on le fait tous. Pas par malhonnêteté, mais parce que je ne vois pas la nécessité de tout montrer à tout le monde. J'aime me garder des secrets, j'aime ne montrer que le beau ou l'intéressant ou le pertinent, dépendament de la personne. Et je crois que c'est encore plus vrai pour les gens qui, comme moi, ont une "vie virtuelle".

S'agit de bien savoir où le virtuel se termine et où la réalité commence.

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Écrit par kiwi :: 9:13 PM :: 2 pelure(s)

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19 septembre 2006

Entendez-vous ce bruit?

C'est mon coeur qui se brise... Mon amie a eu ses résultats, qui sont sans équivoque: son bébé, un garçon, est atteint de trisomie 21. Quelle triste dénouement... les mots me manquent...

Mon amie, ma chère amie, je pense à toi, je pense à vous. C'est dur, le deuil d'un bébé qu'on aime déjà, même s'il n'est pas encore né. Trop dur. Panse ton coeur, soigne ton âme et ton rêve brisé. Je suis vraiment terriblement désolée...

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Écrit par kiwi :: 7:34 PM :: 12 pelure(s)

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18 septembre 2006

Une amie de longue date

Quand je suis entrée au secondaire, je ne connaissais personne à ma nouvelle école. J'ai donc dû repartir à zéro et me faire des nouvelles amies. À la fin de la première année, j'avais 3 très bonnes amies: C, K et M.

C n'était pas amie avec les deux autres. Nous étions presque tout le temps ensemble. Nous avions les mêmes goûts: les New Kids. Nous sommes même allées les voir au stade ensemble. Et un jour, C a vieilli tout d'un coup. Sa mère s'est suidicée pendant l'été, elle s'est fait un copain, de nouveaux amis. J'étais trop immature pour elle. On a peu a peu cessé de se fréquenter. Je n'ai plus jamais eu de nouvelles d'elle après le secondaire.

K et M étaient de très bonnes amies. Mais en secondaire 3, moi et M avons commencé à nous révolter. Nous avons commencé à fumer, à boire, à faire le party. Des bottes d'armée, du maquillage noir, nous étions des tof. K, elle, était restée la même. Plus tranquille, elle avait aussi des parents plus strictes. M a commencé à fréquenter de nouvelles amies, elles aussi très tof. Je me suis donc retrouvée dans deux gangs, complètement différentes l'une de l'autre. Avec M, je faisais le party, je me révoltais. M venait passer deux semaines au chalet de mes grands-parents en été avec moi. Avec K, je partageais mes états d'âme, mes amours impossibles (ce l'est toujours, quand on a 15 ans), mes problèmes à l'école, ma relation tumultueuse mes parents. Nous faisions des sorties plus tranquilles, mais elle était ma meilleure amie. J'étais la plus rebelle de cette gang, la seule qui fumait, la seule qui buvait. Du côté de M, j'étais celle qui ne pouvait jamais sortir, qui n'avait pas le droit de dormir chez une amie un soir de semaine, qui devait entrer tôt et donner le moindre détail de chaque déplacement. Je manquais plusieurs partys, je me sentais donc souvent exclue de plusieurs conversations. Je n'étais pas tout à fait à ma place dans une gang, ni dans l'autre. C'était correct, j'ai toujours été plus solitaire de toute façon.

Le secondaire s'est terminé, je suis allée au Cégep toute seule, loin de mes amies. J'ai peu à peu perdu contact avec M. Elle avait changé, je ne trouvais plus vraiment de point commun avec elle. Elle avait un chum stable, ils ont rapidement eu deux enfants, acheté une maison. Il y a quelques années, M m'a recontactée. Nous nous sommes échangé des courriels à l'occasion, puis pratiquement à tous les jours. Elle a été une des seules qui a su chaque détail de notre parcours en fertilité, qui a su pour la fausse-couche, qui a su dès le départ pour ma 2e grossesse, qui a toujours été là pour moi. Depuis que Tithom est né, nous nous écrivons moins souvent, mais nous gardons encore contact.

Pendant le Cégep, je suis aussi restée amie avec K. On ne se voyait pas souvent, mais ça ne dérangeait pas. Même si ça faisait des semaines qu'on ne s'était pas parlé, quand on se revoyait, c'était toujours comme si on s'était quittées la veille. Tout est simple avec elle et c'est rafraîchissant. Je ne peux plus vraiment dire qu'elle est ma meilleure amie. Je n'ai plus 15 ans, je n'ai plus la même vision de l'amitié. K n'a pas su tout sur notre bataille contre l'infertilité en temps réel, mais elle a su le gros de l'histoire quand je lui ai annoncé que j'étais à nouveau enceinte. Et même si elle n'a pas encore d'enfant, même si elle n'était même pas encore en essais à ce moment-là, elle a été d'un grand soutien.

K est enceinte maintenant. Je suis vraiment très heureuse pour elle. Seulement, elle a eu de mauvais résultats pour son test de dépistage de la trisomie (tout combiné: risques de 1:5). Elle a donc passé une amniocenthèse vendredi matin. Elle et son copain sont venus souper chez nous le soir. J'aurais voulu serrer K dans mes bras, lui dire que tout irait bien, de ne pas s'en faire, mais je n'y arrivais pas. J'avais tellement peur d'être déplacée, de dépasser des limites invisibles, que je ne l'ai pas fait. Je l'ai écoutée, je lui ai démontré de façon maladroite que j'étais là pour elle. Je sais qu'elle a des tonnes d'amis, dont plusieurs qui sont maintenant plus près d'elle que moi, j'espère qu'elle trouvera le soutien nécessaire si elle en a besoin.

Je n'arrête pas de penser à son bébé, d'espérer que tout soit correct, que les nouvelles seront bonnes. Elle recevra les résultats sous peu. Si moi, je trouve le temps long, je n'ose pas imaginer ce qu'elle doit traverser.

Je pense à toi, mon amie. Et je suis là si tu as besoin de moi.

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Écrit par kiwi :: 9:31 PM :: 4 pelure(s)

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17 mai 2006

Au revoir, Jessica

Depuis plus d'un an, je lis plusieurs blogs, la plupart ayant un point en commun avec moi: l'infertilité. Indirectement, j'y ai à plusieurs reprises trouvé réconfort et solidarité. Quand une des femmes vit une dure épreuve, comme une FIV qui échoue ou une fausse-couche, la communauté des infertiles blogueuses ne se fait jamais prier pour offrir son soutien. Elles répondent aussi à l'appel lorsqu'une d'entre nous réussit et réalise son rêve de devenir maman. Même si ça reste au niveau virtuel pour la plupart, c'est un réconfort qu'on ne trouve nulle part ailleurs. On en vient à pleurer quand une d'entre elles perd son bébé. On pleure aussi de joie quand l'une accouche ou l'autre apprend qu'elle attend des jumeaux. On s'attache à des gens qu'on ne connaît même pas.

L'histoire de Cancerbaby m'avait particulièrement touchée. Infertile, elle avait dû laisser tomber son rêve de porter un enfant quand elle a su qu'elle était atteinte du cancer des ovaires. Alors qu'elle était en rémission, elle avait commencé le processus d'adoption. Une rechute de son cancer l'a forcée à abandoner ce rêve aussi. Son combat a été dur, courageux, déchirant. Le cancer l'a finalement emporté. Elle est partie vendredi. Elle s'appelait Jessica. Elle avait 33 ans. Elle ne sera jamais maman.

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Écrit par kiwi :: 2:06 PM :: 8 pelure(s)

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5 janvier 2006

Réponse

Je prends la peine de répondre ici, vu que Marie-Lune ne doit pas être la seule à se poser cette question... Je n'ai jamais dit que je n'étais pas capable d'être heureuse pour une amie enceinte. C'est très difficile d'expliquer pourquoi une annonce de grossesse est si dure pour une infertile... C'est irrationnel comme peine, ça n'a jamais rapport dirrectement avec la personne concernée. C'est quelque chose qui nous retourne à nos douleurs les plus vives, sans le vouloir. C'est quelque chose d'instinctif, on y peut rien, ça fait mal et on a de la misère à le comprendre nous-mêmes. Crois-moi, je suis encore surprise de voir ma réaction quand j'apprends ce genre de nouvelle! Il y a des fois où je réagis bien, d'autres où ça me prend plus de temps à sortir de mon nombril et voir autre chose que ma peine. C'est pour ça qu'un jour, j'ai décidé de demander à mes amies de m'annoncer les grossesses indirectement, vu que je ne pouvais savoir (et contrôler) quelle réaction j'aurais. Une annonce en face me prend par surprise et fait souvent ressortir mes propres émotions par-rapport à mon infertilité et à mon inaptitude à avoir un enfant "normalement" AVANT de faire ressortir ma joie pour mon amie. Ça ravive des blessures, ça ramène bien des choses enfouies à la surface. Mais habituellement, une fois ces émotions passées (et ça ne dure jamais longtemps) je suis très heureuse pour mon amie et j'adore partager ces moments avec elles. Jamais je n'en voudrais à quiconque d'être plus ferile que moi! Mes amies, les vraies, savent qu'elles peuvent compter sur moi et qu'elles peuvent partager leur bonheur avec moi. Elles savent aussi qu'elles doivent me laisser le faire à mon rhytme.

La différence dans cette situation-ci, c'est la façon dont mon amie m'a traitée. Je comprends très bien qu'elle n'ait pas eu le guts et je comprends très bien pourquoi. C'est pas ça qui me fâche! Parce que c'est tout à fait normal... je sais très bien que je suis dure à suivre! Ce qui me fâche, c'est qu'elle n'ait pas eu le guts de me dire qu'elle a manqué de guts! Au lieu d'être honnête avec moi et de me dire "écoute, je ne savais pas comment te le dire, j'avais peur de te blesser, même si je comprends pourquoi ce genre de chose peut te blesser... J'aurais dû te le dire avant, mais je n'en avais pas le courage" elle m'a dit "je n'ai juste pas eu le temps de t'appeler" Franchement! On se connaît depuis qu'on a 8 ans, elle n'avait pas de raison de me mentir et de me prendre pour une tarte. Surtout que... pas le temps??! Qui croit à ce genre d'excuse?? En 3 mois, tu n'as pas eu un seul moment libre de 5 minutes pour m'appeler? Pfff. Si mon amitié ne vaut pas 5 minutes, elle ne vaut pas grand chose...

Je répète donc... ce n'est pas la grossesse en tant que telle qui m'a blessée. Ça, j'en suis revenue assez vite! J'étais (et je le suis encore!) même très contente pour elle en y pensant bien! C'est toute la bullshit autour de son annonce et son manque de tact et de respect envers moi qui m'ont fâchée.

Maintenant, passons à autre chose... Je traînais ce post depuis 2 mois, j'ai finalement eu le temps de le terminer et de le publier, même si dans ma tête ce sujet était déjà clos.

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Écrit par kiwi :: 8:56 PM :: 1 pelure(s)

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4 janvier 2006

Un petit 5 minutes

Il y a presque deux mois, j'ai reçu un email d'une amie. Nous ne nous étions pas parlé depuis plusieurs mois. Nous passons souvent plusieurs semaines sans se parler, mais je commençais à trouver ce silence doûteux. Bref, je comptais lui écrire le soir même où j'ai reçu son courriel. Elle me disait: "je t'ecris pour savoir comment tu vas et aussi parce que j'ai une bonne nouvelle à t'annoncer. Je voulais savoir si tu es là demain pour que je puisse te donner un coup de fil. Si tout est beau, écris-moi, et on se reparle demain."

Faut pas me prendre pour une nouille. Je suis capable de lire entre les lignes. Son courriel me disait deux choses: elle voulait m'annoncer une grossesse et elle n'avait pas eu le guts avant. Je lui ai répondu que si sa nouvelle avait rapport avec une grossesse quelconque, de me le dire par email, car je préfère recevoir ce genre de nouvelle indirectement. Je n'aime pas le sentiment d'embuscade qu'une annonce de grossesse surprise me donne. Je me sens accolée au mur, forcée de sourire alors que je bouille en dedans. J'ai donc toujours demandé à mes amies proches de m'annoncer ce genre de chose par courriel ou sur le répondeur. Ça me laisse le temps de digérer la nouvelle seule, à mon rhytme, sans faire semblant. Puis une fois les mauvaises émotions contrôlées, je peux féliciter la personne concernée sans me sentir menteuse.

Le lendemain, elle m'a répondu que j'avais effectivement deviné, qu'elle était enceinte de plus de 3 mois. Même si je m'y attendais, ça m'a fait énormément mal. Un peu comme si on me disait qu'on allait me donner une claque au visage. J'ai beau savoir qu'elle s'en vient, quand la claque arrive, elle fait mal quand même. Ce qui m'a fait le plus mal, ce n'est pas tant le fait qu'elle soit enceinte d'un bébé surprise (quoi que juste ça, pour une infertile, c'est dur à avaler), mais plutôt le fait qu'elle ait attendu avant de me le dire. Bon, d'accord, bien des gens attendent 3 mois avant d'annoncer une grossesse. Mais elle et moi avons la même coiffeuse et si elle ne me l'avait pas annoncé par courriel ce jour-là, je l'aurais appris de la coiffeuse le lendemain. Notre coiffeuse le savait depuis le début et elle ne l'avait même pas appris de mon amie directement, mais d'une autre de ses amies! J'étais supposément une de ses meilleures amies. Elle m'a dit un jour que j'étais la seule sur qui elle pouvait toujours compter, à qui elle pouvait tout dire. Je ne le croyais plus.

J'ai jonglé avec tout ça, je me suis demandé comment réagir, quoi lui dire. Ça m'a empêché de dormir, je m'en voulais d'avoir encore mal pour quelque chose que j'avais maintenant. Bien sûr, au fond de moi, j'étais heureuse pour elle. Même si ce bébé n'était pas prévu (elle m'a même avoué que c'était un bébé condom), je sais qu'elle est très heureuse de sa venue et qu'elle voulait des enfants. Mais ce que tout ça a fait ressortir n'a rien de beau et d'heureux. Même si je suis enceinte, même si j'attends notre garçon très bientôt, une telle nouvelle ne fait que rebrasser des choses que je croyais réglées. Ça me rappelle à quel point pour nous ça été difficile, à quel point j'ai eu mal quand j'ai perdu notre premier bébé. Ça me remet aussi au visage le fait que tous nos efforts ne paraissent plus aujourd'hui, que la grossesse m'a ramenée au même niveau que les autres. J'ai beau être la femme la plus heureuse du monde quand je flatte ma bédaine et que je sens mon bébé me donner un coup de pied, ça n'efface pas les larmes et la douleur des années passées et surtout, ça ne me redonne pas tous ces mois perdus à attendre et espérer.

Je sais bien que vu de l'extérieur, ma douleur peut sembler exagérée. Je suis enceinte, après tout, je devrais en revenir, passer à autre chose. Oui, j'ai fait la paix avec bien des choses, avec bien des démons. Mais quand on me redonne une claque au visage, je ne peux faire autrement que d'avoir mal.

Je lui ai répondu et je lui ai expliqué en long et en large comment je me sentais, pourquoi j'étais blessée. Je lui ai par contre dit que je voulais bien avoir les détails de sa progression et continuer à parler avec elle via courriel, le temps que je me replace. Elle voulait qu'on se voit avant les fêtes, mais le temps me manquait (vraiment!) et je lui ai dit. J'ai même écrit "à moins que ma mère ait organisé un shower d'ici-là et que tu sois invitée (tu étais sur la liste!)" Je lui ai écrit un très long courriel sensible, clair et sincère. Je lui ai même posé plein de questions sur sa grossesse et j'ai demandé des nouvelles de sa mère. Je me disais qu'elle comprendrait peut-être, qu'elle me respecterait.

Elle m'a répondu quelques jours plus tard, par un courriel très court et froid. Elle me disait ne pas avoir eu le temps de me l'annoncer avant.

La seule chose qui m'est venue en tête après avoir lu ça est: mon oeil! Je m'excuse, mais elle n'est pas PDG d'une grosse entreprise ni mère au foyer de deux enfants! Pas eu le temps de faire un petit téléphone?? Qui n'a pas ça, un petit 5 minutes pour une amie? Ce qui lui a manqué, ce n'est pas du temps, mais du courage. Elle n'a pas eu le guts de m'appeler, elle a simplement remis à plus tard, encore et encore. Pas avoir le temps, c'est la pire excuse bidon qui existe. Je comprends très bien (et respecte!) le fait de manquer de guts, pas besoin de me mentir.

Je ne sais pas ce qu'elle pensait obtenir avec tout ça. J'ai essayé d'être forte et de passer par-dessus mes blessures pour partager cet événement heureux avec elle. Elle s'est probablement dit qu'en me le disant, elle faisait sa part, pour sa conscience, et que la balle était dans mon camp. Si je ne le prends pas, tant pis, c'est moi la méchante infertile amère qui n'est pas capable d'être heureuse pour les autres.

Elle m'a encore plus blessée avec ce dernier courriel qu'avec quoi que ce soit d'autre. Mes sentiments et mon amitié ne vallaient même pas un petit 5 minutes dans une journée.

Quand mon shower est arrivé, j'ai eu peur. Je ne savais pas trop comment j'allais réagir en la voyant, mais j'étais soulagée, d'une certaine manière. Je me disais qu'en étant ainsi forcée de la revoir, avec d'autres gens présents, ça rendrait les retrouvailles plus aisées. Eh bien! Elle n'est même pas venue! Elle n'a pas pris la peine d'avertir ma mère, qui s'attendait à sa présence. Toutes mes amies m'ont demandé pourquoi elle n'était pas là et moi, je ne sais trop pour quelle raison, je leur disais que je ne savais pas.

Elle ne m'a pas téléphoné, ne m'a pas écrit pour s'excuser de ne pas avoir été là. Je ne lui ai pas ré-écrit non-plus, je ne sais pas quoi lui dire. Je n'ai pas eu l'impression qu'elle avait lu mes autres courriels, alors à quoi bon? Je suis très peinée de laisser tomber cette amitié, mais en même temps, ça me libère.

Je lui ai envoyé une carte pour son anniversaire, qui est demain. Simplement pour lui signifier que je sais qu'elle existe, mais que je ne ferai plus de galipettes pour son amitié. Si elle tient à moi, qu'elle fasse les efforts nécessaires. J'ai assez donné.

----------------EDIT----------------
Je tenais à apporter quelques précisions. Tout d'abord, l'amie en question est une amie de longue date, mais une amie particulière. Elle a tendance à tout virer sur elle, peu importe le sujet (par exemple, quand je lui ai parlé de ma fausse-couche, elle m'a dit que sa collègue machin-couette en avait fait une elle aussi...). Elle a de la difficulté à vraiment écouter, mais elle est toujours très disponible. Je suis amie avec elle depuis longtemps, mais ça n'a jamais été à temps plein. On s'est souvent perdues de vue, pour différentes raisons. C'est ce qu'on pourrait appeler une amitié intermittente.

Ceci dit, je ne suis PAS en maudit après elle parce qu'elle est enceinte. Je finis toujours par passer par-dessus mes émotions contradictoires à l'annonce d'une grossesse et je finis toujours par être heureuse pour la personne concernée. Je l'étais (et le suis encore) pour elle, je lui ai même dit, sincèrement. Je suis fâchée contre elle parce que 1. j'ai été la dernière à l'apprendre (après la coiffeuse!), 2. parce qu'elle m'a donné une excuse bidon comme "je n'ai pas eu le temps" plutôt que de me dire la vérité, que j'aurais très bien comprise et acceptée! 3. Ce qui m'a fait réaliser que mon amitié pour elle ne représentait pas assez pour prendre la peine de prendre le temps et qu'elle ne me faisait pas assez confiance pour être honnête avec moi et finalement 4. parce qu'elle n'est pas venue à mon shower, qu'elle savait très important pour moi, sans compter qu'elle a manqué de respect envers ma mère qui s'est démenée pour tout organiser en ne l'avertissant pas.

Voilà.

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Écrit par kiwi :: 3:05 PM :: 7 pelure(s)

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18 décembre 2005

Surprise (finalement!)

Dimanche le 4, comme prévu, Hom m'amène au restaurant pour mon shower la fête de sa tante. En arrivant là-bas, nous voyons ses parents et sa tante, seuls à une table, essayant de faire durer la surprise. Ils sont assis à une table juste à côté d'une grande porte... la porte de la salle de réception, bien sûr... Le beau-père nous dit qu'il a quelque chose à nous montrer et ouvre la porte. Je mets mon masque de surprise et j'entre...

Je n'ai pas eu à faire semblant, j'ai vraiment été surprise. Oui, je savais que ce serait mon shower, mais je ne m'attendais pas du tout à ce que j'ai vu quand il a ouvert la porte. Une grande salle, toute décorée, remplie de gens (plus qu'une cinquantaine!) qui souriaient et qui semblaient heureux de nous voir arriver. Tant de gens, tant d'amour dans une même salle, je n'en reviens pas encore...

Il y avait là mes ami(e)s, ma famille, celle de Hom, des ami(e)s de la famille... Tous venus pour célébrer l'heureux événement qu'est l'arrivée prochaine de notre garçon. Nous avons fait le tour, embrassé tout le monde. Puis ma mère m'a prise par la main et ma amenée vers le mur où était posée une banderole. Sous la banderole, une courtepointe accrochée sur une corde à linge. Le souffle m'a presque manqué! La chambre de bébé a pour thême le Petit Prince. Sur cette courtepointe, 15 carreaux sont brodés à la main. Ces carreaux, tous représentant un dessin différent du Petit Prince, ont été brodés par 15 personnes différentes, à leur façon. Des amies d'enfance, ma tante, ma grand-mère, ma mère, des amies de ma mère, ma cousine, mes belles-soeurs... 15 femmes ont brodé pour mon petit garçon à naître. Quel cadeau unique et extraordinaire! Quelle bonne idée!

La soirée a été très amusante, remplie de surprises. Plusieurs jeux avaient été organisés, dont un où les gens devaient estimer la grosseur de ma bédaine à l'aide d'une corde. J'ai alors vu que les gens me croyaient bien plus grosse que je ne le suis en réalité! Hom et moi avons eu droit à une dégustation de purées de bébé (vraiment mauvais!) et Hom a dû compétitionner avec d'autres gars en mitaines pour changer une couche.

Nous avons été ensevellis de cadeaux, allant du matelas au pyjama, en passant par les piqués, débarbouilettes et couvertures. Une amie avait fait les emballages, dont un en forme de gâteau de noces. Des étages de couches roulées, entourées de couvertures et parsemées de jouets, produits pour le bébé, pantoufles...

La soirée a été super agréable et a passé très vite. Je n'ai pas eu le temps de parler à tout le monde tellement il y avait de gens et tellement je me faisais demander d'un bord et de l'autre. Mais de voir tous ces gens autour de nous, souriants, heureux de célébrer avec nous cet événement, a gonflé mon coeur. J'ai passé la soirée à sourire, à parler, à rire et rien n'était forcé. Les mains se sont succédées sur mon ventre et ça ne me dérangeait pas le moins du monde!

Je n'ai pas pleuré de la soirée tellement j'étais à la fois dépassée par les événements et heureuse d'être autant couverte d'amour. Une fois le party terminé, les cadeaux embarqués dans la voiture et la portière fermée, je n'ai pas pu retenir les larmes. J'ai pleuré et pleuré, de bonheur, d'incrédulité, d'un mélange d'émotions... Je me demandais bien ce que j'avais fait, moi, pour mériter autant d'attention et d'amour. Je ne suis pas toujours une bonne amie, ni une bonne fille. Malgré tout, tant de gens se sont déplacés pour nous, pour nous montrer qu'ils partagent notre bonheur. J'ai pleuré aussi de remords. Je n'avais pas laissé le bénifice du doute à ma mère. Je ne croyais pas qu'elle ferait quelque chose comme ça. Je n'y avais pas cru, je partais avec l'idée que ce serait ordinaire. Je m'en voulais d'avoir pensé ça alors qu'elle et mes amies se sont donné beaucoup de mal pour faire de cette soirée notre soirée. J'ai pleuré en déballant les cadeaux chez moi, en imaginant la venue de notre garçon. J'ai pleuré en regardant la courtepointe, en voyant la broderie de ma mère et celle de ma grand-mère... Pépin aura toujours un petit morceau de sa grand-mère et de son arrière-grand-mère dans ses souvenirs. Et j'ai pleuré parce qu'enfin, sa venue éminente se concrétisait dans la maison sous forme d'objets. J'ai pleuré en pensant qu'après tout ce temps, c'était vrai, on allait devenir parents dans très peu de temps.

Je suis énormément reconnaissante pour cette belle soirée. Je m'en souviendrai toute ma vie.

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Écrit par kiwi :: 11:10 AM :: 2 pelure(s)

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22 septembre 2005

Le cycle de la vie

Quand nous avons appris que Pépin était dans mon bedon, un bon ami à Hom venait de mourir. Depuis des mois, le cancer le gagnait, petit à petit. Je sais que son décès a été très dur pour Hom. Je sais qu'il pense encore souvent à cet ami, mentor, collègue et qu'il lui manque. Sur son bureau, dans son porte-crayon se côtoient la carte de décès de son ami et le test de grossesse positif attestant la présence de la vie dans mon bedon. On dit souvent qu'une personne meurt, une autre naît... Ces deux objets, l'un signe de début, l'autre de fin, me rappellent à quel point c'est vrai et à quel point la vie est fragile.

Le père de mon amie est décédé hier matin des suites du cancer du foie, comme ce fût le cas pour l'ami de Hom. Même si je m'y attendais un peu, cette nouvelle me rend très triste. En même temps, je me répète que la vie est ainsi faite, elle va par cycle... Les gens partent parfois trop tôt, d'autres ne naissent pas dans les bonnes circonstances, mais on n'y peut rien. Je pose mes mains sur mon ventre, j'y sens la vie bouger et mon coeur se gonfle d'amour et de peur en même temps. Je suis immensément chanceuse, privilégiée, de tenir la vie au creux de mon ventre. Je sais aussi que mettre au monde en enfant l'expose à la vie, à ses bons et ses mauvais côtés. Je suis chanceuse d'avoir mes deux parents toujours en vie pour partager ce bonheur. J'ai très peur de perdre mes parents si tôt. Encore une fois, on me rappelle de vivre chaque jour pleinement et de profiter de chaque moment avec nos proches. C'est peut-être cucul, mais c'est aussi très vrai. On ne sait jamais ce que la vie nous réserve...

Au revoir Réal. Bon courage mon amie.

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Écrit par kiwi :: 1:30 PM :: 3 pelure(s)

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7 septembre 2005

Un regard vide

L'amie que nous avons aidée à déménager samedi dernier, je la connais depuis que j'ai 7 ans. Nous n'avons pas été amies dès ce moment par contre. Nous suivions des cours de ballet ensemble, mais nous ne nous parlions pas vraiment. Ce n'est qu'en secondaire 1 que je l'ai retrouvée, à mon arrêt d'autobus. Petit à petit, nous sommes devenues amies. On se voyait tous les matins et soirs, dans l'autobus. On s'assoyait la plupart du temps ensemble. Elle ne faisait pas partie de ma "gang" à l'école, mais en dehors, nous étions de bonnes amies. Nous le sommes toujours, même si nous ne nous parlons pas aussi souvent.

Quand nous étions ados, j'allais souvent faire un tour chez elle. Comme la plupart de mes amies habitaient une autre ville (je n'allais pas à la poly du coin), je profitais encore plus de sa proximité. Quand j'avais besoin de quitter le cocon familial trop étouffant, de fumer une cigarette sans me faire juger, de me faire teindre ou raser les cheveux ou simplement de jaser, j'allais la voir. Elle restait dans un petit appartement avec ses parents. Ils m'ont donc très bien connue et je les trouvais très cool de me laisser venir sortir la vapeur chez eux.

Son père a toujours eu une santé fragile. Les problèmes de foie courent dans sa famille, en plus du diabète. Depuis des années, elle me donne de ses nouvelles quand on se parle, en disant "mon père a ci et ça, il est magané... Il n'en a probablement pas pour longtemps..." La connaissant bien et connaissant son sens du drame, je savais quand je pouvais en prendre ou en laisser. La semaine dernière, elle m'a annoncé que son père avait le cancer du foie et que c'était trop avancé pour qu'ils ne fassent quoi que ce soit. Je l'ai crue à l'instant. J'étais très désolée et triste pour elle et sa mère.

Samedi, ses parents étaient là lors du déménagement. Son père, que je n'avais pas vu depuis longtemps, était si frêle, si faible que j'en ai eu le coeur gros simplement à le regarder. Il semblait content de nous voir, mais sans plus. Il avait le regard vide, les joues creuses et l'air ailleurs. On sentait sa profonde tristesse, son immense désespoir à des miles à la ronde. C'était la première fois que je crosais quelqu'un si près de la mort. La totale impuissance de tous devant son grand malheur était intolérable. Je ne savais pas quoi lui dire, je ne savais pas quoi faire. Je me suis assise avec lui sur la balançoire, sur le balcon, pendant que les autres transportaient des meubles. J'étais mal à l'aise, je faisais des petites blagues, mais rien ne lui décrochait un sourire. J'étais assise à côté d'un mourant, d'un homme qui sait que sa vie se terminera bientôt et j'en perdais mes sens.

Il étais assis là, à regarder les grains de sable tomber un à un dans le sablier de ce qu'il lui reste de vie. Les grains de sable sont de moins en moins nombreux, mais il ne peut absolument rien faire pour les arrêter. C'est cette foutue impuissance qui me met à l'envers.

Je me suis souvent demandé comment je réagirais si je savais que j'allais mourir bientôt. Je ne veux pas savoir, du moins, pas tout de suite. Croiser le regard du père de mon amie m'a fait comprendre que j'ai bien d'autres choses plus importantes auxquelles penser aujourd'hui. Il m'a fait comprendre qu'on doit profiter de la vie. On le dit souvent, on le répète parce qu'on sait que c'est vrai, mais on le met rarement en pratique. J'ai peur de perdre les gens que j'aime. J'ai peur de me rendre à ce moment de ma vie en me disant "j'aurais dû..." Son regard qui me criait "Il est trop tard pour moi, mais pas pour toi!" m'a ouvert les yeux. La vie est mal faite, la vie est injuste parfois, la vie est loin de toujours être facile. Mais on en a juste une. Vivons-la.

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Écrit par kiwi :: 10:03 PM :: 3 pelure(s)

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5 septembre 2005

Longue fin de semaine

Samedi matin, nous nous sommes levés tôt pour aller déjeuner au resto. Hom devait prendre un déjeuner "d'homme" parce qu'on allait aider des amis à déménager. Enfin, il allait les aider, j'allais plutôt assister au déménagement... La serveuse de la Belle Province était bien sympathique et nous a jasé un peu. Puis nous sommes partis pour le déménagement.

Tout s'est bien déroulé, même si, comme à tous les déménagements d'amis, il y avait un manque d'organisation. Je trouve ça comique à quel point un déménagement peut être une chose si personnelle. On a toujours quelque chose à reprocher sur la "technique" de déménagement des autres. On est toujours une gang à dire comment NOUS ferions les choses, c'est à dire très différement. Mais je sais que mes amis, pour nous avoir aidés souvent, on toujours eu leur mot à dire dans nos déménagements aussi.

J'ai lavé la vaisselle pendant près de 3 heures. Comme mon amie avait fait ses boîtes il y a près de 3 ans, le papier journal commençait à être imprimé dans les assiettes. Je n'ai pas forcé, non, mais je me suis pas mal emmerdée... Alors la pizza était quand même méritée!

Dimanche, nous sommes retournés déjeuner au resto, parce qu'il n'y avait rien dans le frigo. La même serveuse nous a servi et nous a demandé comment avait été le déménagement. J'avais mis un chandail de maternité pour la première fois. Je ne sais pas si c'est ça qui lui a mis la puce à l'oreille, mais elle m'a dit "mais vous, vous ne déménagiez pas là? Pas avec le bébé qui s'en vient!" J'étais tellement émue que quelqu'un réalise, sans que j'en parle, que mon ventre renfermait un petit bébé! Ça m'a vraiment fait tout drôle de constater que le monde extérieur pouvait remarquer ce qu'il nous arrive de si beau.

Nous sommes ensuite allés nous promener dans le Vieux Longueuil, pensant y voir des ventes de garage et peut-être trouver la perle rare. Nous n'avons même pas trouvé de vente de garage, alors pour la perle rare, on repassera. On a fouiné un peu au Festival des vieux métiers, mais ce n'était vraiment rien d'extraordinaire. Un petit milk-shake à la crémerie où tout a failli commencer, puis retour à la maison. Un petit souper et un film, bien collés.

Aujourd'hui, nous avons passé la journée chez d'autres amis. Hom a aidé à déplacer des meubles et nous avons eu droit à un délicieux dîner. De retour chez nous, j'ai fait une sieste sur la chaise longue, dehors, alors que Hom lisait Le Petit Prince à mes côtés. Je ne sais pas combien de siestes j'ai faites sur cette chaise cet été! C'est imanquable, dès que je m'y étends, je m'endors!

Nous allons maintenant finir la fin de semaine du travail tranquillement... en attendant les prochains congés, dans un peu plus d'un mois!

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Écrit par kiwi :: 8:11 PM :: 2 pelure(s)

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10 août 2005

Malheureux hasard

Je lis beaucoup de blogs, tous différents les uns des autres. La plupart sont écrits par des filles vivant ou ayant vécu l'infertilité, sous toutes ses formes. Une fille qui a eu recours à une mère porteuse, une autre qui attend que son dossier soit envoyé en Chine pour l'adoption de sa fille, une qui a recours à un don d'ovule, une autre qui ne prend pas encore de médicaments, une qui a eu des jumeaux après un long parcours et plusieurs FIV, une qui vient de commencer le Metformin... et j'en passe! Ce sont toutes des filles extraordinaires qui sont d'un soutien incroyable envers les autres. J'en suis venue à m'attacher à plusieurs d'entre elles et à suivre leur histoire comme s'il s'agissait d'une amie proche.

Quand je suis tombée enceinte, j'étais heureuse de partager ma grossesse et mes sentiments contradictoires avec quelques filles. Une en particulier, Callista, avait seulement 2 jours de plus que moi dans sa grossesse. Tout comme moi, elle avait des craintes, mais aussi beaucoup d'espoir. Elle avait vu son bébé quelques fois par échographie. Elle avait entendu son coeur, elle avait enfin décidé d'y croire. Jeudi dernier, à 15 semaines et 1 jour, elle apprenait que son bébé était mort depuis quelques semaines, depuis le lendemain du jour où elle l'avait entendu pour la dernière fois.

Callista n'avait pas plus de risques qu'une autre de perdre son bébé. Elle n'avait eu aucun signe avant-coureur. Elle avait vu et entendu son coeur battre, ce qui supposément rend les risques de fausse-couche très minimes. Il n'y a aucune raison valable pour expliquer ce qui lui est arrivé.

Depuis des mois, j'ai lu avec tristesse les témoignages de plusieurs filles qui perdaient leur bébé, la plupart du temps au premier trimestre. À chaque fois, mon coeur se brisait pour elles. Mais cette fois-ci, je ressens la peine d'une façon différente, d'une façon presque personnelle. Ça aurait pu être moi. Ça pourrait être moi. Quand j'ai lu sa terrible nouvelle, j'ai essayé d'imaginer la déchirure qu'elle a dû ressentir. Je sais que mon imagination ne peut pas arriver près de la réalité, mais ce que j'imaginais était déjà intolérable. Il n'y a rien que je puisse faire pour Callista. Rien, sauf de lui dire à quel point je pense à elle et que je lui souhaite de tout coeur de trouver la paix, un jour, avec tout ça.

J'ai posé ma main sur mon ventre, je suis allée voir Hom et je lui ai demandé, la gorge nouée, si Pépin était correct. Même si je sais qu'il n'a aucun moyen de savoir, même si je sais qu'on ne peut rien y faire, j'avais besoin de réconfort. Il m'a regardée et m'a dit "oui, Pépin est correct. Il ne s'en ira pas." Quand j'ai senti Pépin bouger samedi soir, c'est comme si on m'enlevait une tonne de briques de sur les épaules.

Ce qui est arrivé à Callista et son bébé, ce n'est qu'un malheureux hasard. Ça aurait pu être n'importe qui, ça pourrait être n'importe qui. Mais ce n'est pas tout le monde.

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Écrit par kiwi :: 10:44 AM :: 0 pelure(s)

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30 juillet 2005

Une petite surprise

En fin de semaine dernière, nous sommes allés au chalet des parents de Hom pour fêter son 30e anniversaire. Pour faire un bref résumé, les beaux-parents avaient invité plusieurs oncles et tantes et cousins, toutes des personnes de qui Hom n'est pas du tout, mais pas du tout proche. Toutes des personnes qui, selon moi, n'avaient pas vraiment d'affaire à la fête de Hom. Mais ils n'y étaient pas pour ça, à vrai dire! Ils étaient là pour célébrer en même temps l'anniversaire d'une des tantes, d'un des oncles et pourquoi pas, tant qu'à y être, d'une cousine qui a eu 30 ans en mai! J'ai trouvé ça très déplacé et surtout, très cheap de la part des beaux-parents de ne pas avoir pris la peine de garder une soirée pour fêter leur fils, seul. Une soirée, juste pour lui, pas la mer à boire!

Ça m'a rendue très triste et frustrée de voir qu'ils ne s'étaient même pas donné la peine de souligner son anniversaire comme il le méritait. Ce qui me faisait encore plus de peine, c'était de voir la déception dans les yeux de mon chum. Il ne disait rien, a remercié ses parents, a souri, mais je le savais bien qu'il était déçu. J'ai pleuré toute la journée de lundi en pensant à comment nous avions tous échoué à souligner son anniversaire et à lui montrer quel homme extraordinaire il est. J'ai donc décidé, à la dernière minute pas mal, de lui préparer une petite surprise. Plusieurs personnes ont dû refuser l'invitation, mais plusieurs ont accepté avec plaisir. Je n'ai jamais réussi à faire de surprise à Hom. Je ne suis jamais arrivée à lui jouer un tour ou lui faire croire quelque chose. Il me connait trop et sait trop bien lire dans mes yeux. En plus, je ne suis pas bonne menteuse!

Cette fois-ci, j'ai fait très attention. J'ai failli laisser échapper un indice plusieurs fois, mais rien n'a paru. Hier, j'étais très excitée. La journée me semblait longue, j'étais nerveuse, j'avais peur que Hom découvre le pot aux roses. Des amis allaient arriver après le souper, par hasard. Tous avaient une excuse. J'avais acheté un cadeau à Hom et une amie s'occupait du gâteau. Il fallait que ça marche!

Quand on a sonné à la porte vers 8h30, Hom est allé ouvrir. Des amis qui, à ce qu'ils disaient, passaient dans le coin venaient nous dire un petit bonjour. Hom leur dit d'entrer, de s'asseoir. Hom savait que son frère passerait ce soir-là, mais ne savait pas que c'était à cause de moi. Quand son frère et sa copine sont arrivés quelques minutes plus tôt, Hom les a invités à entrer, sans voir quoi que ce soit de louche. Tout le monde jouait le jeu.

Le 3e invité est arrivé et Hom s'est écrié "oh c'est le fun! Plein de monde arrive en même temps chez nous, par hasard! C,est donc ben drôle!" Mais le beau de tout ça, c'est qu'il le croyait! Il était encore persuadé que ce n'était qu'une coïncidence! Quand je lui ai fait comprendre que j'avais organisé la surprise, il a éclaté de rire. Le plus beau rire! J'avais réussi à surprendre mon amour et à lui faire plaisir!

D'autres amis sont arrivés plus tard. Nous avons passé une belle soirée, à jouer au baby-foot, parler entre amis, manger du gâteau et chanter "Bonne fête à Hom!". Il avait l'air heureux et n'en revenait pas que des gens se soient déplacés pour lui. Pour lui seulement!

Ce n'était peut-être pas un immense party, mais les gens qui étaient là, étaient là pour lui, avec plaisir et sincérité. Je suis très fière d'avoir réussi à le surprendre! Ça m'a fait un bien énorme de voir les yeux de Hom briller et je suis certaine que ma petite surprise lui a fait du bien aussi.

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Écrit par kiwi :: 7:35 PM :: 2 pelure(s)

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18 mai 2005

La soeur de ma coiffeuse...

Une amie, appelons-la N, est vaguement au courant de ce que nous traversons. Elle ne connaît pas tous les détails (i.e. la fausse-couche, les inséminations, l'état de mes ovaires), mais elle sait que je suis infertile. Elle est habituellement assez sensible à tout ça, mais ça lui arrive d'avoir des rechutes. Elle m'appelle le semaine dernière pour me dire qu'une de ses amies, nommons-la M, est allée voir un médecin parce qu'elle n'avait pas de règle. Le médecin lui a dit "madame, vous êtes stérile." (Premièrement, je me suis dit wow quel imbécile! Comme si ça se voyait en une seule visite, sans passer toute la batterie de tests disponibles! Change de médecin, M!) M a décidé d'aller voir un acuponcteur. Et oh miracle! elle est redevenue régulière. N me dit "tu devrais aller voir un acuponcteur."

Tout le monde connaît, de près ou de loin, quelqu'un ayant eu à faire, peu importe le niveau, avec l'infertilité. Tout le monde peut te raconter l'histoire de la cousine qui avait été déclarée "stérile" par le médecin et qui deux ans plus tard est tombée enceinte naturellement. Tout le monde a un témoignage pour essayer de remonter le moral d'une petite infertile comme moi. Mais toutes les infertiles comme moi détestent ces histoires!!! J'en ai vraiment assez d'entendre parler de la tante du beau-frère qui a fait 4 fausses-couche et qui a maintenant 3 enfants, ou la soeur de la coiffeuse qui a pris 3 ans à tomber enceinte et qui y est arrivée (oh seigneur!) quand elle a arreté d'y penser. Je SAIS que les intentions derrière ces témoignages ne sont jamais mauvaises. Je suis tout à fait consciente que les gens qui me racontent ça ne se disent pas dans leur tête "ahahah! Je vais l'écoeurer avec mon histoire d'infertile devenue fertile! Elle va se fâcher, ça va être rigolo!" Je sais que c'est souvent par gentillesse et par malaise qu'on me conte ces histoires. On ne sait pas trop quoi me dire pour m'encourager, alors on me sort l'histoire de celle pour qui ça a fonctionné. L'intention est bonne, on veut m'encourager. Le résultat n'est pourtant pas celui escompté.

J'ai souvent et longtemps essayé d'expliquer pourquoi de telles histoires ne m'encourageaient pas. C'est difficile de faire comprendre que ces témoignages ne m'apportent absolument rien. Oui, ok, je suis bien contente pour la personne concernée. Tant mieux si ça a finalement fonctionné pour elle. Mais en quoi est-ce que ça change ma propre situation? Les médicaments ne fonctionnent pas de la même façon sur chaque femme. Les formes d'infertilité sont nombreuses, variées et en partie méconnues. Comme mon médecin en fertilité m'a déjà dit, il y a autant de recettes (de traitements) qu'il y a de patientes. Bref, si ça a fonctionné pour une, ça ne veut vraiment pas dire que ça va fonctionner pour l'autre.

J'ai finalement trouvé une comparaison, un peu vague, mais qui fait l'affaire. Admettons que je participe à la loto à chaque semaine depuis des années, en espérant devenir milionnaire. Je ne gagne jamais. Puis, quelqu'un vient me dire "tu sais, l'oncle de mon facteur vient de gagner le gros lot avec telle combinaison. Tu devrais prendre ces numéros-là, tu gagnerais, vu que lui a gagné." C'est ridicule, non? Ça ne fonctionne pas comme ça, right?

J'espère que la leçon est claire.

Ceci dit, j'apprécie énormément tous les mots d'encouragement que je reçois, peu importe la forme. Je sais voir les intentions derrière des mots parfois malhabiles. Et je vous en remercie du fond du coeur.

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Écrit par kiwi :: 4:46 PM :: 2 pelure(s)

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23 avril 2005

Sortie de filles

Hier soir, je suis sortie au resto avec de vieilles amies que je vois rarement. Il n'y en a qu'une à qui j'écris plusieurs fois par semaine et que je vois plus régulièrement. Elle est la seule à qui je parle ouvertement de mes problèmes de fertilité, même si elle n'a jamais connu ça (elle a 2 enfants, conçus le premier mois d'essai). Elle est une des très rares personnes à être très sensible à ce que nous vivons, même si elle ne peut le comprendre concrètement. Avant le souper, elle m'a demandé si je voulais en parler ou non, de tout ça, avec les autres. Je lui ai dit que je préfèrais pas. Les deux autres filles savent que nous essayons, mais sans plus. Je leur en ai parlé probablement au début, alors que nous étions encore excités, croyant bientôt réaliser un rêve. Mais elles ne sont pas au courant de ce qu'il s'est passé dans la dernière année et demie. Elles ignorent tous les traitements que j'ai subis, la fausse-couche, les moments durs et les décisions déchirantes.

Bien sûr, comme nous sommes toutes allées au secondaire ensemble, on ne peut s'empêcher de parler des gens qu'on a connus pendant notre adolescence et ce qu'ils sont devenus aujourd'hui. Je n'avais aucun potin à rapporter, mais j'ai eu droit à une bonne poignée de nouvelles de grossesses, accouchements et bébés. J'ai même eu droit à l'histoire de cette femme que je ne connais pas, qui a rencontré un homme et est tombée en amour. Ils ont décidé d'avoir des enfants. Après 4 ans d'essais et un suivi en fertilité, ça a finalement fonctionné. L'homme a eu peur et a laissé la femme. Comme elle ne se voyait pas élever un enfant seule, elle s'est faite avorter et a appris qu'elle portait des jumeaux. En quoi cette histoire peut m'être utile? Qu'est-ce que c'est supposé m'apporter? J'en ai encore mal au coeur juste d'y penser.

Quand le sujet s'est tourné vers moi et qu'on m'a demandé où nous en étions, j'ai seulement répondu "nous en sommes au même point. Je n'aime pas en parler, alors svp changeons de sujet." Je n'ai pas été bête, j'ai simplement été claire. Elles ont semblé comprendre et me respecter. Ce que je ne comprends pas, c'est que la conversation a tourné autour de la grossesse et des enfants toute la soirée. Mon malaise était pourtant très clair et mon manque de participation à ces conversations assez évident. Je suis vraiment déçue que mes amies n'aient pas fait preuve d'autant de sensibilité que les connais capables. Je suis déçue de ne pas avoir pu, le temps d'une soirée, échapper à ce monde d'infertilité et d'injustice.

Sincèrement, je m'en fous des nausées d'une telle et du prénom du futur bébé de telle autre. Je m'en fous que celle-là soit sur le point d'accoucher et que telle autre a réussi à tomber enceinte le mois où elle a décidé de laisser tomber (seigneur, je suis pus capable d'entendre cette phrase-là!!!). Je me fous de ces gens qui ne font plus partie de ma vie depuis plus de 10 ans. Je ne leur souhaite pas de malheur, je souhaite simplement ignorer leur bonheur pour ne pas me sentir encore plus mal que je ne me sentais déjà. Ce que tu ne sais pas ne te blesse pas, non?

Je n'ai pas besoin de me faire dire de ne pas lâcher, je n'ai pas besoin de me faire dire que ça a fonctionné pour la belle-soeur de ton facteur. Je n'ai pas besoin de me faire prendre en pitié. J'ai seulement besoin de me faire respecter. Je ne m'attends pas à ce que les gens qui ignorent tout de notre histoire soient sensibles à ce qu'ils ignorent. Mais je m'attends quand même à un minimum de sensibilité venant des gens qui savent que nous vivons des moments difficiles et que je ne veux pas en parler.

Quand je suis revenue, en compagnie de mon amie qui sait tout et qui m'apporte beaucoup de soutien, elle m'a demandé "étais-tu aussi tannée que moi des conversations de bébé?!" Merci mon amie.

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Écrit par kiwi :: 4:44 PM :: 0 pelure(s)

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30 janvier 2005

Des amis

Je recevais des amis à dîner aujourd'hui. Deux couples avec un enfant en fait, dont une enceinte du 2e. Ça m'a fait tellement de bien de constater que je ne me sentais pas si mal entourée de bébés. Il y avait un profond sentiment de désir impatient en moi, comme si tout ce que je ressentais vraiment était "j'ai tellement hâte que ce soit moi...!" mais pas de jalousie, pas de rage... seulement de l'attente... impatiente.

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Écrit par kiwi :: 9:13 PM :: 0 pelure(s)

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