29 février 2008

La peur de flancher

Après avoir digéré ma poutine et pris le temps de réfléchir de façon calme et non hormonale, j'ai finalement compris le fond de ma déception. Je parlais d'attentes, mais ça allait au-delà des attentes que je m'étais faites par rapport à ce seul rendez-vous. Je crois qu'on se fait toutes des attentes par rapport à l'accouchement, que ce soit notre premier ou non. Et c'était là le fondement de ma déception.

Enceinte de Tithom, je m'étais fait un genre d'idéal de mon accouchement dans ma tête. Bien sûr, on espère toutes que tout se déroule vite et bien, même si nous savons toutes qu'on ne peut pas prévoir comment un accouchement se passera. Je suis du genre à vouloir imaginer toute éventualité, question de savoir quoi faire en temps et lieux. Mais j'avais quand même focussé sur mon idéal, mon accouchement de rêve, si on veut. Ça se limitait là: mon imagination, en me basant sur des témoignages et des écrits. Après avoir accouché, j'avais ressenti un peu d'amertume car les choses ne s'étaient pas toutes déroulées comme je l'aurais voulu. Je l'ai souvent dit: attentes = déception. Un travail long, une poussée de plusieurs heures, une petite séparation d'avec mon bébé dès sa naissance... tout ça m'était resté en travers de la gorge, même si au fond, rien n'était grave. Quelques semaines plus tard, les hormones s'étant un peu calmées, je n'étais plus amère. Je n'avais aucun regret et c'est tant mieux, car c'est ce que je m'étais promis. Aucun regret.

Mais voilà. Maintenant que je m'aprête à vivre à nouveau un accouchement, ma machine à scénarios est repartie. Elle a changé de technique, par contre. Maintenant, elle se base sur mes propres expériences d'abord, plutôt que seulement sur ce que j'avais lu ou entendu. Et l'idée de ne pas ressentir de regret est un peu fondée sur l'idée qu'avec un deuxième accoucment, je peux "me reprendre". Je peux, en quelque sorte, corriger ce qui ne m'a pas plu au premier accouchement. Enfin, je le voudrais bien, si possible.

Et un des changements que j'aimerais apporter est de ne pas avoir recours à la péridurale cette fois-ci. Je n'ai jamais regretté de l'avoir demandée au moment où je l'ai fait, lors de la naissance de Tithom. Dans les circonstances et avec le recul, je crois même que c'était la bonne décision pour moi, pour nous, pour cet accouchement-là. Mais cette fois-ci, j'aimerais vraiment, vraiment, vivre un accouchement tout naturel. Et j'ai peur de flancher. J'ai peur de ne pas arriver à repousser assez mes limites pour y arriver sans piqûre. J'ai peur de trop me rappeler le soulagement ressenti lorsque la péri avait commencé à faire effet et de lâcher prise rapidement.

Je ne suis pas anti-péridurale, mais je ne suis pas pro à tout coup non-plus. Je crois que c'est un choix personnel, que chaque femme a ses propres limites, sa propre zone de confort, ses propres priorités. Je crois aussi que ce n'est pas une décision à prendre à la légère, compte tenu des conséquences qu'elle peut avoir (et je ne parle pas seulement du faible risque de rester paralysée) et que bien souvent, elle est choisie en premier lieu plutôt qu'en dernier recours.

C'est donc à tout ça qu'avait rapport ma déception de mardi. Ma raison a fait des bonds, passant de gros bébé à travail long et difficile, à longue poussée, à je ne serai jamais capable de pondre un oeuf de 10 livres, à je vais finir par demander la péri et le regretter.

Il y a au moins une chose de fertile chez moi: mon imagination. Surtout lorsqu'encouragée par les hormones dans le tapis et la fatigue.

Je me suis calmée. J'ai mangé une poutine. J'ai réfléchi. J'ai médité. Je me suis donné quelques calques derrière la tête en me disant "veux-tu bien arrêter de dramatiser pour rien!" Et maintenant, je peux non seulement vous dire que je ne suis plus déçue, ni découragée, mais que je n'ai plus peur. Pour le moment du moins.

27 février 2008

38 et des poussières

J'avais mon rendez-vous de 38 semaines hier. Même si je sais que tout peu arriver sans avertissement, même si je sais qu'on ne doit pas comparer deux grossesses, même si je sais qu'on ne doit pas se fier à des prédictions de poids avant l'accouchement... même si je sais tout ça, j'ai quand même réussi à me créer des attentes. Et qui dit attentes dit déception.

Alors voilà, j'étais déçue. Rien n'a bougé. A-rien. Col bien fermé, même pas dilaté. Bébé encore très haut (et très gros, a cru bon de rajouter mon docteur). Bref, je ne semble pas sur le point d'exploser. Enfin oui, si on se fie seulement à l'apparence de ma bédaine. Mais non si on se fie aux statistiques.

J'étais déçue et surtout, je m'en voulais de me sentir comme ça. Je m'en voulais d'être tannée d'être enceinte, d'en avoir mare, de ne plus autant apprécier. Je m'étais jurer que cette fois-ci, je ne serais pas aussi pressée que pour Tithom (qui rappelons-le est arrivé après sa date prévue, avec un peu d'aide). Mais je ne me doutais pas à ce moment-là de la pesanteur de ma bédaine et de combien elle handicaperait mes journées.

J'étais déçue, même si je n'étais pas surprise que rien ne se soit passé. En sortant du rendez-vous, j'avais juste envie de pleurer. Tout semblait s'être accumulé et déborder soudainement: les attentes, la frustration de ne plus arriver à faire grand chose de mes journées, l'inconfort, le manque de sommeil, les douleurs, l'engourdissement, l'humeur massacrante, l'impatience... Et toutes sortes d'idées illogiques se bousculaient dans ma tête. J,extrapolais, je voyais loin, j'oubliais que rien n'est jamais gravé dans le béton quand on parle d'accouchement. Je me disais que j'allais avoir un bébé énorme, que j'en avais encore pour 3 semaines à ne plus m'endurer, que j'allais devoir être provoquée, que le bébé serait trop gros, que ça ferait trop mal, que j'allais devoir avoir une césarienne...

Wo minute papillon! On respire, on se calme, on arrête l'imagination hyper-fertile. Rappelle-toi le chemin que tu as pris pour te rendre ici, rappelle-toi que c'est ton fils qui décide et que s'il n'est pas prêt à sortir, c'est qu'il a ses raisons. Fais-lui confiance, fais-toi confiance. Il naîtra, ça, c'est certain. Ce n'est qu'une question de jours, au maximum une vingtaine.

Après une nuit de sommeil (assez reposante même), je dois avouer ce matin que je me trouve idiote d'avoir réagi de cette manière. Ma logique et ma raison ont pris le bord dès que les choses ne se sont pas présentées comme je l'aurais espéré. Ce n'est pas moi ça! Je n'ai pas l'habitude de me décourager de la sorte. Je ne me reconnais plus tellement ces derniers temps... Mon corps ne suit plus et pour quelqu'un qui a l'habitude d'en faire beaucoup et de bien remplir ses journées, ce n'est pas facile de rester assise à ne rien faire. Ça me rend impatiente et maussade. Et puis j'en ai assez de m'entendre chialer alors que je devrais être heureuse.

C'est pourquoi ce midi, je me suis commandé une bonne poutine extra-fromage au resto du coin et que je vais la dévorer, écrasée devant la télé, pendant que Tithom est à la garderie. Si ça, ça ne me remet pas sur le piton, je ne sais pas ce qui le fera.

25 février 2008

Sacrés clients

On le sait, je suis travailleur autonome. Le congé de maternité payé, ça semble bien beau, mais ma réalité n'est pas si simple. Non seulement mes revenus de l'an dernier sont plutôt minces, mais je dois, comme j'avais fait à Tithom, prévoir revenir sur le marché du travail peu de temps après l'accouchement. Peu de temps, c'est à dire 5 ou 6 semaines. Je ne peux pas dire que je n'ai pas vraiment le choix. Oui, j'ai le choix: je choisis de prendre un an complet de véritable congé et de perdre tous mes clients ou bien je choisis de revenir plus tôt pour m'assurer de garder une certaine clientèle. J'avais fait le choix de revenir tôt à Tithom et je le fais encore cette fois-ci.

Mais une chose aura changée: je n'aurai pratiquement plus de client. En fait, je garde seulement mon gros contrat qui revient aux 6 mois et un autre client qui me donne très peu de travail, donc qui ne vaut pas la peine d'éliminer.

Ça implique donc que les autres, je les laisse tomber. Ce qui inclut un de mes plus gros clients pour qui je travaille depuis 8 ans. Au départ, je l'ai fait pour le dépanner. Puis nous avons aimé l'association, ça fonctionnait bien et j'ai pu partir complètement à mon compte grâce à lui. Il a longtemps été ma plus grosse source de revenus. Ça s'est gâché il y a peut-être 2 ou 3 ans. Les contrats ont commencé à s'espacer, les chèques prenaient de plus en plus de temps à arriver. J'ai continué, en grosse partie parce que j'avais besoin des revenus, même avec le retard.

Dans les 6 derniers mois, les choses se sont vraiment détériorées. J'ai dû énormément réfléchir et peser le pour et le contre. Ce n'est pas évident de laisser tomber un revenu, même s'il n'est plus énorme, quand on ne fait déjà pas tant que ça. Mais ma décision est maintenant prise: je le laisse tomber. Je ne veux pas que les choses se passent mal, mais je ne veux pas non-plus lui laisser de porte ouverte. C'est fini et c'est définitif.

Fini, enfin, pas encore. J'avais un dernier contrat à lui faire et maintenant, j'attends. Ma partie de travail est faite, mais ça niaise de son côté. Il le sait pourtant que je suis dûe dans moins de deux semaines. Ça m'enrage de ne pas pouvoir dire que je suis vraiment en congé parce que mon dernier contrat n'est pas terminé. Ça me frustre et m'épuise de passer chaque heure de sieste et chaque journée que Tithom passe à la garderie devant mon ordi à travailler pour lui plutôt qu'à me reposer. Je suis trop professionnelle pour le flusher tout de suite ou lui dire de s'arranger avec ses troubles, mais je sens que ça s'en vient. Si le contrat n'est pas terminé avant que j'expulse, tant pis, je lui mets tout sur CD et il se démmerdera.

Je crois que le fait de ne pas avoir pu prendre quelque temps pour moi avant la venue du bébé joue beaucoup sur mon impression de ne pas me sentir prête. Ça a beau faire partie du lot du travailleur autonome, je trouve ça frustrant que mon client n'ait pas eu la décence de se dépêcher pour me laisser un peu de temps pour souffler. Il prend ma date prévue d'accouchement comme un deadline, pas comme une date à ne pas atteindre.

Anecdotes montrant à quel point les clients peuvent être imbéciles.
1- Ce client que je laisse tomber me dit "j'aurais une faveur à te demander, pendant ton congé. J'aurais un petit contrat à te faire faire, rien de gros, mais c'est juste pour moi (il est habituellement l'intermédiaire de quelqu'un d'autre.)" Comme si j'allais être en vacances!! Comme si j'allais avoir le temps, entre le nouveau-né, Tithom et la maison, de faire son petit contrat. Je lui ai répondu "écoute, je ne crois même pas que j'aurai le temps de me peigner le matin, alors ton contrat, mets-toi-le où je pense je ne le ferai pas."

2- Un autre client, celui que je garde, me demande la semaine dernière de lui confirmer ma date d'arrêt de travail et celle de retour. Je lui dis que je termine officiellement le 22 février, ce qui était vendredi dernier. Vers 15h30 vendredi, je laisse l'ordinateur pour aller voir mon garçon qui se réveille. J'y retourne seulement en fin de soirée pour y voir un courriel de ce client, envoyé à 16h30, me demandant de lui faire un contrat. J'en suis encore un peu bouche bée.

Je voudrais tout laisser tomber, car mes priorités sont mes enfants. Mais comme je ne sais pas encore si je veux éventuellement continuer ou pas, je préfère pour le moment garder quelques contrats, question de me garder la main (je travaille dans un domaine qui évolue constamment et où on peut facilement être dépassé si on arrête). Pour le moment, je n'aime plus ce que je fais. Peut-être ai-je seulement besoin d'un temps d'arrêt, peut-être suis-je dûe pour me recycler, je ne sais pas vraiment. Mais laisser complètement tomber une carrière, ça me fait trop peur. J'ai étudié dans ce domaine et j'y travaille depuis 11 ans, dont 8 ans à mon compte. Et comme partir à mon compte avait été fait dans le but de pouvoir rester à la maison pour mes enfants, l'idée de tout laisser tomber m'étourdit encore plus.

Alors voilà. Je serai encore travailleur autonome, mais à temps très partiel et sans grandes ambitions pour le moment. On vera ce que le temps me dira de faire.

En attendant, j'ai un fichu contrat à finir, moi.

15 février 2008

La vérité

J'ai souvent entendu que c'était donc beau une femme enceinte. Ça resplendit, ça a l'air épanoui, ça respire le bonheur. C'est le miracle de la vie!

À 8 mois et demi de grossesse, je me trouve bien des choses, sauf belle. Miracle, je veux bien, mais il y a des jours où le miracle pour moi, c'est de réussir à me lever du lit sans m'étirer un muscle ou provoquer une contraction. Soyons francs. On dit à une femme enceinte de 8 mois et demi qu'elle est belle pas parce qu'on le pense vraiment, mais parce qu'on a peur de sa réaction hyper-hormonale si on lui dit la vérité, c'est à dire qu'elle a l'air d'un béluga échoué.

Quand on se retrouve dans les souliers de la femme enceinte de 8 mois et demi (s'il y a encore une paire de souliers qui lui fait), on se rend compte que bien des choses nous ont été cachées ou ont été embellies. Oh, je sais, il y en a toujours des fatigantes pour nous rappeler qu'elles, elles se sentaient belles et en pleine forme jusqu'à l'accouchement. Je reste persuadée que ce n'est pas la majorité des bélugas qui pense comme elles. Ou bien elles oublient vite une fois le placenta évacué. Je vais vous la dire, la vérité, moi. Bon, je parle de moi ici, mais je sais que plein d'autres femmes sont passées par cet auto-dégoût de fin de grossesse. Faisons tomber les tabous, amies baleines! Parlons du véritable visage de la fin de grossesse.

Mon ventre, il n'est plus beau. Il l'a peut-être déjà été dans une autre vie, mais aujourd'hui, il ne l'est plus. Il est tellement immense qu'il n'entre plus même dans les vieux t-shirts de mon chum (qui soit dit en passant, fait 6 pieds 200 livres alors que je mesure 5 pieds et n'ai habituellement pas de surplus de poids). En plus, la dite bédaine est truffée de vergetures, malgré les barils de crème et le frottage intensif. À Tithom, j'en ai eu seulement à 38 semaines, mais on s'entend qu'elle ne sont pas disparues entre temps, donc cette fois-ci, elles y étaient dès le départ. Et se sont faites de nouvelles amies. En plus, mon nombril, qui n'avait jamais repris sa forme d'antan, n'existe carrément plus. La ligne brune, les veines qu'on voit à travers la peau amincie, les lignes rouges à force de me gratter... bref, mon ventre, il est tout, sauf beau.

Comme je disais, sortir du lit réside maintenant du miracle. Dormir aussi, à bien y penser. Drôle de façon qu'a la nature de nous préparer aux premiers mois de vie de notre poupon en nous empêchant de dormir plus de deux heures d'afilée sans avoir un bras qui engourdit, une crampe dans un molet ou une envie d'uriner hyper pressante. Ça, c'est sans parler du fait qu'il ne nous reste qu'une ou deux positions possibles avec des tonnes d'oreillers et coussins pour un semblant de confort. L'effet sur les cernes, j'vous dis pas.

Le mal de dos et le bassin qui semble s'étirer au moindre mouvement ajoutent à notre grâce et notre souplesse de bulldozer. Ramasser un jouet par terre demande diverses contorsions très peu élégantes. Laver la baignoire ressemble à un numéro du Cirque du Soleil. Prendre une marche nous rapproche plus du canard que du singe. Mettre des bas, des souliers, des bottes d'hiver demande un temps fou, trois personnes et un système complexe de poulies. Notre seule paire de jeans de maternité qui fait encore est toute déformée et on passe notre temps à la remonter parce que ça ne tient plus sur le ventre. Et je ne parle même pas de la transpiration excessive, de la peau moche et des chevilles enflées, ni des nombreux chandails tachés au niveau de la bédaine parce qu'une fois le ventre trop gros pour entrer sous la table de cuisine, on perd toute habileté à manger seule. C'est bien trop difficile d'aligner la fourchette à deux pieds de sa bouche sans en renverser le contenu sur notre ventre tout rond. À quand les bavettes de maternité?

Je n'embarquerai même pas dans la discussion sur la vie sexuelle. Si toutes les tâches normales d'une journée sont rendues semblables à des numéros de cirque, imaginez ce que ça a l'air au lit. En fait non, oubliez ça. N'imaginez rien s'il-vous-plaît.

Et vous savez quoi? Malgré tout ça, malgré la fin difficile et dénudée de grâce, malgré les bobos et leurs conséquences, j'aime être enceinte. J'aime sentir mon bébé bouger en moi, juste pour moi. Et je sais qu'une fois le bébé né, une petite partie de moi s'ennuiera de la bédaine.

Je n'aurai qu'à relire ce billet pour m'enlever l'envie de recommencer trop tôt.


n.b. Je tiens à spécifier que je suis consciente de la chance que j'ai de vivre une grossesse, peu importe les mauvais côtés et que bien des femmes donneraient cher pour pouvoir, elles aussi, avoir le privilège de se plaindre rendues à 8 mois et demi. C'est d'ailleurs l'habitude des infertiles de ne pas oser se plaindre à propos de quelque chose qu'elles savent difficiles à obtenir pour plusieurs, pour ne pas avoir l'air ingrates, qui m'a poussée à écrire ce billet. On a le même droit que les fertiles de chialer et ça ne nous enlève pas notre sensibilité aux problèmes des autres pour autant.

14 février 2008

À mon homme

Je ne fais pas partie de celles qui se font un plaisir de chialer contre la St-Valentin à chaque année, comme quoi c'est une fête commerciale, qu'on ne devrait pas attendre à cette journée pour dire à notre conjoint(e) qu'on l'aime, que l'amour, ça se fête à tous les jours, bref, vous voyez le portrait. Je fais partie de celles qui aiment cette journée de l'amour, qui en profitent pour faire des biscuits en forme de coeur et porter un chandail rouge, qui font une carte avec leur fils pour l'homme de la maison, qui profitent de cette occasion pour crier leur amour haut et fort.

Je dis à mon homme que je l'aime à tous les jours, plusieurs fois plutôt qu'une. Mais aujourd'hui, j'ai envie de lui dire autrement...

Quand un couple passe par l'infertilité, on entend habituellement le témoignage de la femme plutôt que celui de l'homme. Comme c'est la femme qui n'arrive pas à tomber enceinte (peu importe la raison derrière l'infertilité du couple), on associe trop souvent l'infertilité aux femmes et à leur utérus. C'est un mal de femme, c'est une douleur, un manque, un vide typiquement féminin. C'est chez la femme qui ça se voit, puisqu'elle n'obtient pas la grossesse. Trop souvent, les hommes sont laissés pour compte.

Et pourtant, ils souffrent autant que nous. Seulement, ils le font de façon moins hormonale.

Pendant nos années d'essai avant d'avoir Tithom, mon chum a toujours été présent pour moi. Il a toujours été patient à travers mes sauts d'humeur (merci les pilules!), il a toujours supporté le poids de notre peine sur ses épaules parce que les miennes fléchissaient trop facilement. Je sais qu'il a souffert autant que moi. Je sais qu'il a espéré et attendu autant que moi. Je sais aussi que bien souvent, il se sentait impuissant devant tout ça parce que le problème était le mien et j'étais celle qui devait prendre les pilules, se piquer, passer les tests. J'étais celle qui lisait tout ce qui me tombait sous la main sur la conception, l'infertilité, les traitements, les alternatives. J'étais celle qui devait prendre les choses en main parce que de son côté, il n'y avait pas de problème. Et il était là, à chaque étape, à chaque fin de cycle, à chaque échec. Il me faisait confiance. Il a peut-être moins pleuré que moi, mais il n'a pas moins eu mal.

Le jour où je l'ai appelé en pleurs parce que je sentais que je perdais notre bébé, il a quitté le bureau en un millième de seconde pour accourir à mes côtés. C'est les yeux bouffis et rougis qu'il m'a accompagnée à l'hôpital. Nous étions là en tant que parents, avant même de savoir que notre enfant ne naîtrait jamais. C'était autant une partie de lui que de moi-même qu'on perdait. Dans notre plus grosse douleur de couple, nous nous sommes encore plus soudés.

Mon homme m'a toujours soutenue, sans me juger. Il ne m'a jamais dit de moins y penser, de relaxer, ou pire, de laisser tomber. Il m'a laissée y croire, m'y accrocher, m'y perdre. Il y tenait autant que moi et j'en ai jamais doûté.

Je sais que ça n'a pas été facile pour lui de me voir passer par toutes ces émotions, de me voir passer des tests, saigner, souffrir physiquement et émotionnellement. Je sais qu'il voulait m'aider, mais comme il ne pouvait prendre les médicaments à ma place, il m'a tenue la main et encouragée. Je sais que même si je ne semble pas en parler souvent, il le sait que je n'ignore pas la peine qu'il a eue. Je ne lui ai probablement pas assez dit, étant trop aveuglée par ma propre peine et le vide dans mon ventre.

Mon homme m'a rendue forte, il m'a aidée à tenir le coup sans avoir à dire un mot. Sa présence seule a toujours été pour moi d'un énorme réconfort. Je lui dis souvent que je l'aime, mais j'oublie peut-être parfois de lui dire que j'apprécie tout ce qu'il fait pour moi, pour notre famille. Il travaille toujours très dur, il donne tout ce qu'il a et je lui en suis extrêmement reconnaissante.

Il va sans dire que sans lui, je n'aurais pas Tithom. Mais ça ne se limite pas à la semence. Sans lui, je n'aurais jamais survécu à toutes ces années d'attente. Sans lui, sans sa présence et sa force, je ne serais pas celle que je suis aujourd'hui. Et sans lui, ma famille n'existerait pas.

Mon homme, mon amour, je t'aime et je te remercie d'être là et d'être toi.

À toi, et à tous les hommes qui comme toi supportent et aiment une femme infertile, merci.

12 février 2008

Rien à signaler

Enceinte de Tithom, je n'avais jamais senti de contraction avant de me faire poser le gel de prostaglandine, à la fin de ma grossesse. On m'avait dit, en regardant le moniteur, que j'en avais pourtant, mais je ne les sentais pas.

À cette grossesse-ci, j'en sens depuis la moitié du deuxième trimestre. Vers 18 semaines, j'ai commencé à sentir (et voir) mon ventre se serrer et durcur. Aucune douleur ni d'inconfort, juste assez pour me faire réaliser que c'était bien une contraction (Braxton-Hicks, qu'on les appelle). J'en ai eu de plus en plus, mais rien d'alarmant, rien d'anormal non-plus. Depuis deux ou trois semaines, j'en ai une à chaque fois que je me penche, que je me lève ou que je me tourne dans le lit (ce qui n'est vraiment pas rendu facile à faire sans une bonne poussée dans le dos).

La veille de la naissance de Tithom, j'étais à peine effacée et pas du tout dilatée. Rien, niet, j'étais fermée bien dur. J'osais espérer que cette fois-ci, vu les contractions (même dites fausses), j'avancerais peut-être un peu plus vite (et surtout, sans l'aide d'un gel quelconque).

Vous me voyez venir, non? Rendez-vous de 36 semaines ce matin. Rien, niet, fermée ben dur. Bon, pas grave, me reste encore bien du temps avant de vraiment rouler. N'empêche, ç'aurait été bien de me faire dire que je m'ouvrais tranquillement à l'éventuelle naissance de mon fils.

À l'examen du col, Dr Sansflafla semblait trouver la position de Tipépin bizarre. Il n'était plus certain du tout qu'il avait la tête en bas comme la dernière fois. Étrangement, depuis quelques jours, je sens des coups en bas, à droite, alors que depuis des semaines je les sentais en haut, à gauche. Aussi, depuis quelques jours, j'ai terriblement mal au bassin la nuit. Mes hanches sont douloureuses toute la journée, mais la nuit, des élancements dans le bassin me réveillent. C'en fut assez pour me faire un toutipeu paniquer. J'entends mon doc me parler de version, me dire qu'on va faire une écho pour vérifier. D'accord, attendons avant de paniquer.

Fausse alerte (fiou!), Tipépin est bien la tête en bas, encore flottante bien sûr. On a pu voir rapidement son coeur battre, ses jambes, ses mains (il a même pointé son index, nous faisant croire une seconde qu'il était déjà vulgaire et nous faisait un doigt d'honneur), son profil, son visage. Dr Sansflafla en a aussi profité pour prendre des mesures, question de parier un peu sur le poids. Même si je sais qu'il y a beaucoup de jeu et que je dois prendre ces estimations à la légère, ça a quand même confirmé mon feeling de plus gros bébé que Tithom. Selon les mesures, il dépasserait déjà le poids de son grand frère à la naissance. Outch. J'espère que ma marge d'erreur sera un peu à la baisse!

Bref, tout va bien dans la meilleure des bulles. Je peux continuer à prendre un peu mon temps pour faire ma valise et pour terminer mes derniers contrats. Si la tendance se maintient, mon deuxième fils ne sera pas vraiment plus pressé que le premier.

6 février 2008

35, prise deux

Je me suis amusée à relire ce que j'avais écrit à ce stade-ci de la grossesse, enceinte de Tithom. Je suis donc tombée sur un billet intitulé "35" où je dis:
Je sens déjà la fin approcher et tout d'un coup je ne me sens pas prête! J'ai très hâte de voir mon bébé, oui, mais en même temps, je ne suis pas encore tannée de ma bédaine! J'ai tellement eu une belle grossesse jusqu'à maintenant, je n'ai pas encore envie que ça finisse!
Eh bien... je peux vous dire que certaines choses n'ont pas changé, mais d'autres oui. Je dois avouer que je commence à avoir hâte que ça finisse! En fait, je ne suis pas tannée d'être enceinte, de sentir Tipépin bouger en moi (il est pas mal plus gigotteux que son grand frère), et je sais que pour l'instant, c'est facile, comparativement aux semaines qui suivront l'accouchement. Mais je suis tannée de la grosse bédaine, de son poids, de mon mal de dos, de ne pas trouver de position confortable de jour comme de nuit... je suis fatiguée de ne plus pouvoir rien faire, de me sentir dépassée par ma "condition" alors qu'enceinte de Tithom, je pétais le feu jusqu'à l'accouchement. Je suis déçue de ne pas être plus en forme, de ne pas être ce celles qui marchent un kilomètre et font 200 push-ups la veille de leur accouchement. Je me sens très patate et ça m'énerve.

J'ai l'air de me plaindre comme ça là, mais ne vous en faites pas, je sais profiter de ma chance d'avoir encore Tipépin juste pour moi, partout où je vais. Je flatte mon ventre bien tendu à toute heure du jour. Je joue avec ses petits pieds (coudes? genoux? difficile à dire parfois), je lui parle, je l'imagine, je l'attends.

Une chose qui n'a pas changé par contre, c'est le fait de ne pas être prête. Côté pratique, nous sommes presque prêts: la chambre est pratiquement terminée (il ne reste qu'à poser les tablettes, ce qui est un détail), les vêtements sont lavés et accrochés dans le garde-robe. C'est tout bleu pâle et ça sent bon! Il ne me reste que les valise pour l'hôpital à faire (la liste est imprimée, c'est quand même un bon début), laver et plier les couches, finaliser mon plan de naissance et sortir le siège d'auto du débarras. J'aimerais aussi cuisiner et congeler plusieurs plats pour les premières semaines, mais on vera ce que j'aurai le temps (et l'énergie) de faire.

Là où je ne suis pas prête, c'est dans ma tête. Je n'ai pas l'impression de savoir dans quoi je m'embarque, d'avoir ce qu'il faut en moi pour arriver avec deux bébés. Je sais, ce sont des peurs normales. C'est l'inconnu. N'empêche, quand je me dis qu'il me reste "entre 2 et 5 semaines", ça me fait freaker un peu. DEUX? Ça semble bien trop vite. Et aujourd'hui, 6 février, j'en suis à exactement un mois de ma date prévue. Donc dans un mois – plus ou moins une semaine – maximum, je tiendrai mon deuxième fils dans mes bras. Aye.

Je sais que nous allons y arriver, mais je ne me sens pas encore assez préparée à cette nouvelle vie qui arrive rapidement. Je voudrais profiter à plein de mes derniers moments toute seule avec Tithom, mais mon mal de dos et ma fatigue m'empêchent d'être aussi disponible que je le voudrais. Un genre de préparation pour ce qui l'attend? Peut-être, je ne sais pas. Je me sens quand même mal de ne pas lui donner autant de temps et d'attention qu'il le mérite et de penser que bientôt, il devra être grand et attendre et laisser de la place (qui lui appartenait toute entière) à son petit frère. Je sais que ce qui nous attend est merveilleux et que la dynamique de la famille changera, que je serai épatée de voir Tithom avec son petit frère. Mais une petite partie de mon coeur se fend à l'idée que nous ne serons plus jamais juste nous 3, que je ne passerai plus de journée toute seule avec Tithom à courir partout, à jouer aux autos et faire des casse-têtes. Ça va me manquer, même si une nouvelle belle aventure commencera.

J'ai l'air de stresser somme ça, mais ne vous en faites pas, je profite quand même à mon maximum possible du temps que je passe avec Tithom. Et je sais au fond de moi qu'il ne se sentira pas abandonné quand Tipépin arrivera. Jaloux, sûrement et c'est normal. Mais je sais qu'il n'oubliera pas que sa maman l'aime et qu'elle sera là pour lui. Juste peut-être moins rapidement ou avec un bras en moins...

Un mois... misère, faut que je me dépêche!

2 février 2008

Le lit de grand

Lundi dernier, alors que Tithom était à la garderie, j'ai reçu ses meubles de grand. Le jour même de son deuxième anniversaire, nous étions sur le point de passer une autre étape importante. J'ai assemblé la commode et une partie du lit en son absence, mais mon dos me faisait trop soufrir pour tout terminer. Hom s'y est mis et tout était assemblé le soir même.

Mais Tithom étant un curieux grimpeur tannant, il a profité d'un moment où maman était occupée à tenir des bouts de bois pendant que papa les vissait pour explorer le nouveau meuble mystérieux dans sa chambre. Il a ouvert les tiroirs (qui étaient vides), examiné le meuble, puis a décidé d'y grimper. La commode a basculé et Tithom s'est mis à pleurer. Rien de bien grave, même si j'ai eu très peur. Les tiroirs ouverts ont empêché la commode de lui tomber dessus. Mais la peur que j'ai eu a été assez grande pour me faire maudire les meubles et me faire regreter notre achat. Il n'était donc pas question pour moi que mon fils dorme dans son nouveau lit ce soir-là. Je le trouvais déjà assez traumatisé et agité comme ça.

Le mardi soir, Hom et moi avons transféré les meubles de bébé dans la deuxième chambre et le lit dans la chambre de Tithom. Il ne se pouvait plus tellement il était excité à l'idée de dormir dans son lit de grand. Depuis le temps qu'on lui en parlait! Depuis le temps qu'il voyait le grand matelas accoté sur le mur de l'autre chambre et que je lui disais "ça, c'est pour toi! C'est ton matelas de grand garçon!" Il se tapottait la poitrine fièrement. C'est moi le grand garçon, qu'il nous montrait.

Après avoir lu une histoire pour garder un semblant de routine (parce que si ça n'avait été que de Tithom, il se serait couché immédiatement), nous avons couché notre fils pour la première fois dans son grand lit. La porte fermée derrière nous, Hom et moi nous sommes regardés, les larmes aux yeux. Ça faisait tout drôle de le voir si petit dans ce si grand lit.

Il n'a pas fait un son, n'a pas essayé de se lever. Il s'est endormi presqu'immédiatement. Comme s'il avait toujours dormi dans son grand lit. Le lendemain, il s'est réveillé à la même heure qu'à l'habitude, aussi couetté et de bonne humeur.

Le deuxième dodo s'est aussi bien passé. La première sieste a par contre été plus ardue. Il voulait jouer, il jacassait, jouait avec ses toutous. Alors que j'étais au sous-sol à l'écouter mémérer dans le moniteur, j'ai entendu un gros boum. On aura jamais vu un pachiderme monter aussi rapidement des escaliers. Tithom était tombé en bas du lit et pleurait à chaudes larmes. J'ai encore maudit les meubles, puis je me suis étendue près de lui pour le calmer. Il a ensuite fait une très belle sieste.

Et tout va bien depuis. Bon, il jase encore un petit bout de temps avant la sieste, mais n'a plus essayé de se lever et finit toujours par s'endormir seul, sans pleurer. Je sais que ça ne fait que quelques jours, mais ce début m'encourage. J'ai l'impression qu'on a su, un peu involontairement je l'avoue, trouver le bon moment pour faire le changement. On a su garder l'essentiel de la routine pour ne pas le déstabiliser et le préparer en lui parlant souvent de ses futurs meubles.

Depuis une semaine, je regarde mon fils et misère que je le trouve grand! On dirait même qu'il a pris quelques centimètres!

Et quand il dort, j'entre dans la chambre de Tipépin et je regarde la bassinette vide, la table à langer, la chaise berçante... mon coeur se pince un peu à l'idée que les temps de bébé de Tithom sont révolus, mais il se gonfle ensuite à l'idée que ceux d'un tout nouveau bébé commenceront sous peu.

Reste à voir comment Tithom s'adaptera à ce gros changement, le plus gros de tous en fait: perdre sa place d'enfant unique et devenir grand frère.