28 octobre 2007

Vingt-et-un

Aujourd'hui, tu as 21 mois et ton petit frère a 21 semaines. Je te regarde et je vois de plus en plus le petit bébé que tu étais disparaître pour laisser sa place à un petit garçon espiègle, coquin et curieux. Je te vois doucement t'éloigner de moi pour découvrir le monde. J'ai dans le ventre un nouveau bébé qui attend de naître, mais je ne tiendrai plus le bébé que tu étais dans mes bras, le soir, avant le dodo. Le bébé que tu étais ne sera plus que dans ma mémoire. Ça me brise un petit peu le coeur, mais je regarde ce petit garçon en devenir avec beaucoup d'émotion, car tu continues de m'épater et de me faire craquer à chaque jour. Tes petites manies, les liens que tu fais, ta logique de petit bonhomme, tes histoires, tes gestes rigolos, je les bois comme du vin (sans alcool bien sûr). Je me surprends encore souvent à te regarder, les yeux pleins d'eau, en me demandant comment j'ai pu être aussi chanceuse de t'avoir dans ma vie.

Depuis le mois dernier, nous avons vu partir l'été et arriver l'automne. Nous sommes allés cueillir des pommes, avons eu plusieurs réunions de famille et beaucoup de temps juste nous trois. J'ai déménagé mon bureau au sous-sol et j'ai recommencé mon gros contrat (octobre oblige), ce qui fait qu'il arrive parfois que je doive travailler pendant que tu joues près de moi. Heureusement, les petites voitures sont venues à ma rescousse, réussissant à t'occuper de longues minutes, le temps que j'envoie un courriel et que je corrige un document. Nous avons aménagé le reste du sous-sol pour que tu puisses y jouer et tu adores y aller, me demandant d'aller jouer aux "tototos" plusieurs fois par jour.

Tu dis quelques nouveaux mots, comme tortue, partout, non (qu'on entend très souvent ces temps-ci) et tu as recommencé à dire maman, fiou! Tu n'es pas encore très bavard, mais c'est correct, rien ne presse.

Tu as aussi commencé à montrer ton petit caractère. Quelques petites crises lorsqu'on t'enlève un objet ou qu'on te dit non, quelques petites séances de frustration où tu lances un jouet ou frappes par terre. Quelques épisodes de non, de jambes molles, de tortillage, de "je me sauve en courant, tu ne m'attraperas pas"... mais c'est correct, nous sommes patients et plutôt calmes.

Je te regardais ce soir jouer avec tes petites voitures et je me demandais si un jour, je me souviendrais à quel point tu étais beau et coquin, à 21 mois. Je m'en souviendrai sûrement, car j'ai une forte impresion que tu resteras beau et coquin pour un bon bout de temps encore.

Je t'adore mon p'tit bout d'homme, mon tannant, mon petit amour. Bon 21 mois.

23 octobre 2007

Un cauchemar qui n'en est pas un

Avant de vouloir tomber enceinte moi-même, la vue d'un ventre rond ne me dérangeait pas. En fait, je ne crois même pas que je les remarquais. J'étais sincèrement heureuse pour mes rares amies qui avaient des bébés et je ne les enviais pas. Pas encore.

Quand nous avons commencé les essais, je me suis mise à voir des bédaines partout. Et plus le temps passait, plus leur vue m'était difficile. D'un serrement de gorge plein d'impatience, je suis passée à la boule de rage dans l'estomac et les larmes dans les yeux que je gardais baissés au sol. Ce fut encore pire après ma fausse-couche. Je prenais presque chaque grossesse comme un affront personnel, même si je savais bien que ça n'avait rien à voir avec moi. Ce n'était pas rationnel, mais je sais que c'était normal.

Enceinte de Tithom, j'ai continué à avoir un peu de difficulté avec les grossesses de fertiles, malgré que ma propre grossesse rendait les choses moins crues. Je restais moins longtemps dans ma bulle avant de me permettre d'être vraiment heureuse pour les gens concernés. Je ressentais encore un petit quelque chose de triste, mais ça ne durait pas longtemps.

Le temps a passé. Les grossesses des autres me dérangeaient plus ou moins. Jusqu'à ce que nous recommencions les essais. Ça me faisait mal, j'étais jalouse et frustrée de l'être, mais c'était bien moins pire que dans le passé. Mon fils avait vraiment mis un baume sur cette plaie et sa guérison était amorcée.

Je crois même que mon deuxième fils qui grandit en ce moment en moi en a accéléré la guérison. Je ne dis pas que les annonces de grossesse ne me font plus rien. Non, je crois que ça me fera toujours un petit pincement au coeur, simplement par le fait que les cicatrices laissées par l'infertilité ne disparaîtront jamais complètement. Mais je ne pleure plus, je ne suis plus choquée contre l'univers et je ne crie plus à l'injustice à chaque fois qu'une femme de mon entourage nous annonce la plus belle nouvelle de sa vie.

Et c'est tant mieux. Parce que ces temps-ci, les annonces de grossesses pleuvent autour de nous. Il y a même une cousine de Hom qui vient de nous apprendre qu'elle attend des jumeaux. Si j'étais encore l'infertile que j'étais il y a 3 ans, je serais en ce moment cloîtrée dans mon garde-robe avec ma boîte de mouchoirs et du chocolat, en train de pleurnicher "c'est pas juuuuste!" J'aurais juste envie de ne plus jamais sortir et de passer mes soirées à pleurer et maudire la vie. Si je n'étais pas enceinte en ce moment, je trouverais ça extrêmement difficile, surtout à l'idée de passer le temps des fêtes entourée de bédaines. Mais au lieu de ça, je suis ici, en train de flatter mon ventre rond où gigotte mon petit bonhomme et je souris à l'idée qu'il sera plus tard entouré de cousins et cousines de son âge lors des partys de famille.

Ce qui aurait été un cauchemar il y a quelques années est aujourd'hui vu comme un avantage. Tout le monde change, non?

16 octobre 2007

Trois hommes et une maman

Ce jour tant attendu était enfin arrivé. J'avais bu mes grands verres d'eau, nous étions allés porter Tithom chez mon père, j'étais prète. Ça faisait des semaines que j'y pensais, des semaines que j'imaginais revoir mon bébé sur l'écran me faire des tatas comme son grand frère avait fait.

Après une interminable attente, les jambes croisées, le souffle court, suppliant Hom de ne pas me faire rire parce que j'allais exploser, on a enfin appelé mon nom. C'est presqu'en courant que je suis allée à la salle d'échographie.

Première déception: la technicienne ne veut pas tourner son écran pendant qu'elle prend ses mesures. Il n'y a qu'un seul écran et je ne le vois pas, même si je me contortionne. Hom, heureusement, peut tout voir, même s'il ne comprend pas toujours ce qui passe sous ses yeux. Je regarde son visage, je le questionne lorsqu'il sourit. Que vois-tu? Qu'est-ce que bébé fait? Je trouve le temps long et de voir la technicienne mâcher sa gomme comme un vache qui rumine son foin, ça me rend encore plus impatiente.

Elle finit par tourner l'écran pour nous montrer Tipépin. Elle me montre ma vessie (elle est pleine vous dites? Nooon, pas vrai?), le placenta (qui est dans mon dos), puis, mon bébé. Il est tout beau, tout là, bien en forme et parfait. Son petit coeur bat, on voit son cerveau, ses os, sa colonne, ses organes, ses petites mains, ses petits pieds, ses jambes croisées, le cordon... Puis, la tech nous demande si on veut savoir le sexe. On répond oui, bien trop curieux pour attendre encore 4 mois. Sans cérémonie, elle nous le montre à l'écran et nous l'annonce. Hom fait semblant d'être déçu car il a eu tort et j'avais raison: nous attendons un deuxième petit garçon. Nous sommes très heureux, avant tout parce qu'il est parfait, mais aussi parce que nous savons que Tithom aura toujours un comparse, un collègue de mauvais coups.

Deuxième déception: après avoir pu voir mon bébé un gros 4 minutes, la technicienne tourne l'écran à nouveau, donne deux photos à Hom et va chercher le docteur. Les photos sont pratiquement identiques. Je n'ai pas pu voir le profil de mon bébé, pas su à combien son coeur battait, pas pu le voir gigotter.

Le docteur nous confirme que tout est beau, que bébé est en pleine forme et que c'est bien un petit garçon. Merci bonsoir.

J'étais très déçue de ne pas avoir vécu la même expérience géniale qu'avec Tithom. Mais en même temps, je crois que le fait que ce ne soit pas mon premier bébé a enlevé un peu de magie là aussi. Enfin, l'important, c'est que tout soit parfait.

Deux garçons! Je serai vraiment entourée d'hommes à la maison! J'ai un petit garçon dans le bedon, ça résonne dans ma tête, ça fait battre mon coeur. Un autre fils, un autre amour comme Tithom. Mon instinct ne m'avait pas trompée, encore une fois. Ça rend le tout un peu plus concret, de savoir que je n'attends plus seulement un bébé, mais un petit garçon, un futur homme.

Il y a encore des jours où je dois me rappeler que je suis enceinte. On dirait que ça ne veut pas entrer dans ma tête. Et même après avoir vu ce petit bout d'homme à l'écran, j'ai peine à croire que j'ai la chance de revivre tout ça une seconde fois. Quel cadeau, quel privilège, quel miracle de la vie, que ce petit bonhomme qui grandit en moi.

4 octobre 2007

Pour un tracteur



En faisant le ménage dans les boîtes de souvenirs au sous-sol, j'ai retrouvé une boîte de Mickey Mouse dans laquelle se trouvaient les petites voitures du temps où Hom était petit. Sans même hésiter, il les a offertes à son fils, qui a gloussé de plaisir en découvrant les petites autos à la peinture écaillée et les vieux camions auxquels il manque une roue. Il a jetté son dévolu sur un tracteur orange affreux. Il ne le lâche jamais. Il se promène partout dans la maison avec son petit tracteur, il mange avec, il lui donne même des céréales, il prend son bain avec...

Hier soir, après le bain, l'histoire, le lait et le brossage de dents, Tithom tenait encore son tracteur bien serré dans sa main. Il voulait dormir avec, mais la mère poule que je suis n'a pas voulu. C'est pointu, c'est en métal, il y a des petits morceaux qui pourraient lâcher... J'ai donc déposé le petit tracteur sur la table de nuit de Tithom, en lui disant qu'il était tout près et qu'il pourrait jouer avec demain.

Tithom pleurait quand j'ai fermé la porte de sa chambre. Je me disais que ça passerait. Quelques secondes plus tard, j'ai entendu un gros boum et un cri horrible. Le sang a glacé dans mes veines. J'ai couru aussi vite que j'ai pu dans la chambre de Tithom, pour le trouver par terre, en larmes. Il était tombé en bas de sa bassinnette. Je l'ai serré très fort contre mon coeur en tâtant sa tête et en l'observant comme il faut. Il pleurait, je pleurais, Hom sacrait contre la bassinnette, un très beau portrait de famille.

Hom a sorti ses tournevis et a baissé le matelas au maximum (il restait une coche de deux pouces) pendant que je berçais Tithom qui se calmait dans mes bras. J'étais en colère de ne pas avoir baissé le matelas plus tôt. J'étais impressionnée par l'attachement que Tithom avait envers ce foutu tracteur. J'étais inquiète pour sa caboche. J'avais mal à mon coeur de maman.

Les larmes de Tithom ont finalement cessé. Il a retrouvé le sourire et je l'ai recouché, le coeur gros. Je suis allée le réveiller 3 heures plus tard, pour m'assurer que tout était correct. Tout l'était.

Nous avions commencé à regarder les sets de chambre pour enfant. Disons que les recherches seront accélérées maintenant.

Ce matin, il ne semblait pas se rappeler de sa mésaventure d'hier. Il n'a même pas une bosse. Par contre, il se souvenait très bien des promesses de maman et s'est réveillé en disant "tacta? tacta?", pointant sa table de nuit.

Le petit sacripant. Tout ça pour un petit tracteur affreux.

1 octobre 2007

Avoir un garçon (ou deux)

J'ai fait un rêve étrange cette nuit. J'ai rêvé que je pouvais tenir le bébé à travers mon ventre, que je voyais son visage sous ma peau (comme lorsque quelqu'un se colle le visage sous un drap) et que je disais "oh mon Dieu! On dirait une fille!"

Je trouve ça étrange parce que depuis le début de cette grossesse, je suis persuadée que j'attends un deuxième garçon. Mais tout à coup, ce matin, j'avais un doute. Et si mon instinct avait tort?

Avant de tomber enceinte de Tithom, je disais ne pas avoir de préférence. J'avoue que secrètement, j'avais un petit penchant vers une fille, simplement parce que je croyais que ce serait plus facile, étant donné que je connais ce que c'est (j'en suis une, pas vrai?). Quand j'ai su que j'attendais un garçon, je n'étais pas du tout déçue. Bien sûr, je me demandais ce que je ferais avec un petit garçon, puisque je ne connais rien aux autos, que je déteste les bibittes et la saleté et que je suis pourrie en sports d'équipe. Mais mon petit homme m'a conquise dès le premier regard et jamais au monde je ne l'échangerais contre une fille.

Enceinte d'un deuxième, on se fait souvent souhaiter le contraire de ce qu'on a, pour avoir "le petit couple". Avant d'avoir Tithom, je me disais que ce serait bien, avoir "un de chaque". On me disais souvent qu'au premier, on n'a pas vraiment de préférence, mais qu'au deuxième, on aimerait avoir ce qu'on a pas eu. Ce n'est pas vrai pour moi. Maintenant que j'ai eu un garçon, je ne tiens plus à avoir le petit couple. Si j'attends un deuxième garçon, je serai très heureuse. Si j'attends une fille aussi, en fait. Ce que je veux dire, c'est que je n'espère pas pour un plus que pour l'autre. C'est clair que ce qui compte, c'est que bébé soit en santé. Mais au-delà de ça, le sexe m'importe peu. Si je suis pour n'avoir que des garçons, je n'en serai pas malheureuse. Car je connais maintenant le bonheur que peu apporter un petit gars. Bibittes et saleté incluses.