16 août 2006

Autour de nous

Avant de vivre l'infertilité, je ne pensais pas vraiment à ça. Oui, bien sûr, j'avais entendu parler des fécondations In vitro. Comme madame tout le monde, j'avais entendu les histoires des quintuplés et des quadruplés conçus avec l'aide des traitements de fertilité. Mes connaissances s'arrêtaient pas mal là.

Puis, je suis tombée dans ce monde, bien malgré moi. J'ai commencé à tout lire, tout rechercher, tout questionner. Comme je ne pouvais contrôler mon système reproducteur, ça me donnait une certaine impression de pouvoir au moins contrôler ce que je savais et les choix qu'on faisait.

Et j'ai ouvert les yeux.

Autour de moi, plusieurs femmes avaient souffert en silence. Je n'étais ni la première, ni la dernière. Ma tante, la soeur de mon père, n'a jamais eu d'enfant. Mon père m'avait confié, il y a plusieurs années, qu'elle ne pouvait pas en avoir. Ma tante n'est pas infertile. Elle est stérile. Alors qu'elle avait environ 25 ans, elle habitait au Pérou. Elle était tombée enceinte et en était heureuse. Malheureusement, son bébé s'était logé dans une de ses trompes, qui a éclaté. Comme les hôpitaux n'étaient pas très bien équipés, ils ont tout enlevé pour stopper l'hémorragie. Tout. enlevé. À 25 ans, elle se retrouvait complètement stérile. Le choix de ne pas avoir d'enfant biologique avait été fait pour elle.

J'ignore pourquoi elle a décidé de ne pas adopter. Elle a beaucoup voyagé, eu plusieurs compagnons dans sa vie. Je ne sais pas si elle regrète, je ne sais pas si elle est encore amère. Je sais seulement qu'elle était heureuse pour moi et qu'elle a beaucoup aimé voir Tithom. Elle lui a même donné un cadeau. Elle n'a pas agi comme une infertile amère. Je sais ce que c'est, j'en étais une y'a pas si longtemps.

La copine de mon oncle, le frère de ma mère, n'a jamais eu d'enfant elle non-plus. Je ne connais pas la version officielle, mais je crois que le choix a aussi été fait pour elle, d'une certaine façon. Mon oncle avait deux enfants, il n'en voulait plus. Elle a donc décidé de rester avec lui, avec ses conditions.

Quand elle a vu Tithom pour la première fois, j'ai été estomaquée par sa froideur. Elle ne le regardait pas, ne me parlait pas. Je voyais bien que ça brassait quelque chose en elle et ça me faisait de la peine. J'étais triste parce qu'elle balayait mon fils du revers de la main, mais aussi parce que je connaissais la douleur qu'elle devait ressentir et je ne pouvais rien y faire. Je ne pouvais pas m'en aller, ou laisser mon fils chez moi. Je ne voulais pas non-plus faire comme si rien n'était. J'ai trimé dur pour l'avoir, mon bébé d'amour. J'en suis fière. Je ne pouvais pas dire "reviens-en", mais je ne pouvais pas non-plus cacher mon bébé pour ménager ses émotions.

Être une infertile en rémission a ses bons et mauvais côtés. Les bons, évidement, sont de voir enfin notre rêve se réaliser, de savourer les sourires et les larmes d'un bébé qu'on a si longtemps imaginé vaguement, les yeux fermés, les coudes sur la table. Les mauvais... je connais ce que c'est, d'être infertile. Je suis peut-être trop consciente de la douleur que ça amène. Je pense souvent à ce que les autres peuvent vivre, car je me dis qu'on ne sait jamais qui passe par là. Quand je me promène avec mon fils, je ne sais pas si la dame que je croise est infertile, si elle a traversé des années de traitements de fertilité, si elle a décidé malgré elle de tout laisser tomber. Peut-être que la fille dans l'abribus est en train de faire une fausse-couche ou que son dernier cycle n'a pas fonctionné et qu'elle est découragée. En tant qu'infertile en rémission, je suis malheureusement consciente que la vue de mon bébé ne procure pas joie et bonheur à tous ceux qui le voient. Ce n'est rien de personnel. C'est juste comme ça.

5 commentaires:

  1. Ah seigneur...

    J'ai perdu une trompe après une grossesse ectopique et j'ai eu de la difficulté à m'en remettre moralement. Je n'ose même pas imaginer si j'avais perdu mon utérus aussi...

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  2. Grâce à toi, j'essaie de faire plus attention, car on ne sait effectivement jamais... la jeune femme (34 ans) qui me donne des soins de pieds est en essai bébé depuis plus de 10 ans... pas de gros traitements, elle s'y refuse, mais encore de l'espoir... à part écouter son histoire, je ne peux faire grand chose, je ne peux évidemment pas comprendre...
    j'aurai au moins appris à ne pas dire trop de stupidités !

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  3. On ne sait jamais par quoi les gens sont passés.Et chacun réagit à sa façon, c'est tellement dure de savoir quoi dire...

    Physiquement, j'ai l'air jeune, la question "était-ce un accident ?" me frustre tellement...

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  4. @Sassy: je n'ose pas imaginer non-plus ce que c'est, quand notre vie commence, quand on pense à fonder une famille, de se faire voler ce rêve sans qu'on ait notre mot à dire...

    @ISa: si mon blogue a pu servir à ça, ce sera déjà ça de pris! :)

    @Ginger: si les gens savaient...

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  5. Tu m'ouvres les yeux. T'as raison, on ne sait jamais quel combat les autres femmes qu'on croisent peuvent vivre :( Très beau et très touchant comme texte. Ca me fait avoir une pensée bien spéciale pour ma grande tante qui a dû vivre plusieurs années d'infertilité inexpliqué ( tsé, dans ce temps la ), 6 FC avant d'enfin avoir ces deux garcons. Mon prénom est justement en l'honneur de cette tante qui malgré ses deux fils aurait souhaité une petite fille :(

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