3 mai 2005

Coup de Pouce

Il y a plusieurs mois, j'ai écrit un courriel à la revue Coup de Pouce. Je leur parlais de mon infertilité et du fait qu'on ne parlait jamais de ça dans les magazines comme le leur. J'ai décrit mes expériences et j'ai demandé qu'on parle plus de l'infertilité car elle touche beaucoup de couples. Je n'ai jamais eu de réponse.

Quand j'ai reçu le numéro de février, quelle ne fut pas ma surprise de voir un article sur la fertilité. Je me suis empressée de le lire. Et j'ai été tellement déçue! On ne parlait pratiquement que de la fertilité décroissante des femmes vieillissantes. Comme si l'infertilité était un problème unique aux femmes de 35 ans et plus! J'étais frustrée et insultée! Non seulement on rendait encore une image faussée de l'infertilité, mais on ridiculisait du même coup les femmes comme moi qui dovient se battre pour réaliser leur rêve de devenir maman. Si on se fie à leur article, la meilleure façon de ne pas avoir de problème de fertilité, c'est de commencer à faire des enfants tôt. Même si tout ce qu'ils disent est vrai, l'infertilité est loin de se limiter à une question d'âge.

Je connais des dizaines de femmes atteintes d'infertilité. Je pourrais dire, sans précision scientifique bien sûr, que 70% de ces femmes ont moins que 30 ans.
Bien sûr, je suis de cette tranche d'âge (moins de 30 ans), donc je suis portée à connaître surtout des femmes de mon âge. La grande majorité des femmes avec qui j'ai eu la chance d'échanger ont un problème précis, comme ce l'est pour moi : ovaires polykystiques, endométriose, trompes bouchées, etc. Rien à voir avec l'âge ni même le poids!

Oui, l'âge joue un grand rôle sur la fertilité. Oui, le poids a aussi sa part de responsabilités. Mais de généraliser en attribuant la fertilité en hausse de notre génération à ces deux seuls critères, ça n'a pas de sens.
Je sais que l'âge est un des plus grands facteurs d'infertilité. Je sais aussi que se faire dire "tu aurais dû commencer plus tôt aussi!" ce n'est pas constructif du tout. Le problème est là. Elles auraient pu l'éviter, mais maintenant il est trop tard. Qu'est-ce qu'elles peuvent faire?

Je suis consciente que la revue Coup de Pouce n'est pas une revue scientifique ou médicale. C'est une revue qui s'adresse à madame-tout-le-monde, probablement âgée entre 30 et 45 ans et qui a pour but de les informer en surface, quite à les inciter à aller chercher plus d'informations par elles-mêmes (ils ont quand même pris soin de laisser quelques adresses internet utiles pour celles qui veulent en savoir plus sur l'infertilité). J'aurais quand même préféré lire des témoignages de femmes vivant l'infertilité. Des femmes différentes, avec différentes expériences (certaines ayant obtenu une grossesse, d'autres non, certaines ayant passé par la fécondation in vitro, les inséminations avec donneur, le choix de vivre sans enfant, l'adoption, les traitements invasifs, des femmes de différents groupes d'âge, avec différents problèmes, vivant l'infertilité masculine, etc.) auraient pu donner tellement de points de vue intéressants et constructifs sur la matière, bien plus que de simples citations choisies de quelques docteurs.

J'ai souvent dit qu'on ne prenait pas l'infertilité au sérieux. Cet article est pour moi un bon exemple. Voici l'article, vous en jugerez par vous-mêmes...

Serez-vous toujours fertile dans 5 ans?

De plus en plus de femmes choisissent, pour toutes sortes de raisons, d'attendre avant de faire un premier enfant, Malheureusement, plus le temps passe, plus notre fertilité décroît.
par Marie-Eve Cousineau

Ces quatre dernières années, Irène a couru à gauche et à droite. L'été dernier, en plus de travailler à temps plein, elle a terminé sa maîtrise. Âgée de 36 ans, elle veut maintenant profiter de la vie. Fini les sacrifices, vive les voyages! Tout n'est pourtant pas si simple. «Mon nouveau conjoint veut des enfants, mais moi, je ne sens pas trop l'appel, avoue-t-elle. Je serai peut-être prête dans deux, trois ou quatre ans.»
En 2008, Irène aura franchi le seuil de la quarantaine. Concevoir un enfant deviendra alors une course contre la montre. Entre 20 et 25 ans, un couple sans problème de fertilité a chaque mois en moyenne une chance sur quatre de concevoir un enfant. À 35 ans, le taux de fécondité descend à près de 15%. Cinq and plus tard, il n'est plus que de 5%. «Après, les chances décroissent de moitié par année», dit Marc Villeneuve, obstétricien-gynécologue et directeur médical de Procréa Cliniques, un centre de fertilité.
Au Québec, comme dans d'autres populations occidentales, l'infertilité est en hausse, diagnostic qu'on pose après un an de relations sexuelles non protégées avec le même partenaire sans qu'il n'y ait eu de grossesse. L'infertilité résulte souvent de la décision tardive des couples de concevoir un bébé. En 2002, d'après Statistique Canada, l'âge moyen des Canadiennes à la naissance de leur premier enfant était de 27,7 ans. Près de 45% des naissances étaient le fait de femmes de 30 à 39 ans, contre 23% en 1982.
Dans les cliniques de fertilité où l'on offre des services de procréation médicalement assistée, la moyenne d'âge des femmes qui consultent est d'environ 35-40 ans, d'après l'obstétricien-gynécologue William Buckett, qui travaille au Centre de reproduction McGill et à l'Hôpital Royal-Victoria. Selon lui, la majorité des patientes sont bien conscientes des difficultés de concevoir à leur âge. «Mais environ 20% d'entre elles sont surprises d'apprendre qu'elles ont un problème de fertilité», estime-t-il. D'après Marc Villeneuve, plusieurs femmes de 35 ans et plus s'imaginent qu'elles auront un enfant à coup sûr malgré le déclin de leur fertilité et s'étonnent quand ça ne marche pas.


La durée de vie des ovules
Contrairement à l'homme, qui produit sans cesse de nouveaux spermatozoïdes, la femme naît avec un nombre limité d'ovules. «Le foetus [femelle] crée des oeufs jusqu'à l'âge de 16 à 20 semaines, explique Rodolphe Maheux, gynécologue-obstétricien et professeur au Pavillon Saint-François-d'Assise du Centre hospitalier universitaire de Québec. Leur nombre commence ensuite à décliner.» À la naissance, la femme possède environ un million de folicules ovariens (enveloppes nourrissantes contenant un ovule immature). Pendant sa période de fertilité, c'est-à-dire de la puberté à la ménopause, elle n'ovulera qu'environ 450 fois (ce nombre est moindre chez les femmes ménopausées avant 40 ans).
Mais où s'en vont donc tous ces folicules? Ils dégénèrent pour la plupart.«Plus on avance en âge, moins les ovules sont bons, dit Serge Bélisle, directeur du département d'obstétrique et de gynécologie du CHUM et spécialiste de l'infertilité. Ce qui reste, c'est le "fond du baril". Les meilleurs ovules sont partis.» Avec le temps, les bons folicules réagissent de moins en moins à l'hormone folliculo-stimulante (FSH) et à l'hormone luténisante (LH), qui permettent le développement des ovules et le déclenchement de l'ovulation. De plus, comme la machinerie génétique est rouillée, les ovules présentent davantage de troubles chromosomiques.
Résultat: alors qu'en général une femme de 25 ans met deux à trois mois à tomber enceinte, plus de six mois sont nécessaires chez les 35 ans et plus. Et il y a les risques de fausse couche: ils sont de 10% chez une jeune femme, tandis qu'ils s'élèvent à environ 30% chez les 40 ans et plus, selon Seang Lin Tan, directeur du département d'obstétrique et de gynécologie de l'Université McGill et obstétricien et gynécologue en chef du Centre universitaire de santé McGill.
Joanne et son conjoint ont dû patienter deux ans et demi avant de parvenir à concevoir un premier enfant. Vingt-neuf mois d'espoir déçu. «On a commencé à s'essayer dès notre nuit de noces!» dit Joanne, qui s'est mariée à 33 ans. Aparemment infertile, le couple a décidé de consulter. «En clinique, on n'a pas vraiment trouvé notre problème», dit la maman de 41 ans. Puis, sans avoir recours à des traitements, Joanne est finalement tombée enceinte. Elle a aujourd'hui deux garçons, âgés de 5 et de 2 ans. «Pour le deuxième, il a aussi fallu deux ans et demi, dit Joanne. J'ai accouché de mon dernier à 39 ans.»


Donner un coup de pouce à notre fertilité
La solution évidente pour déjouer les pièges de l'horloge biologique: fonder une famille tôt. Or, dans notre société actuelle, ce n'est pas toujours évident: on ne rencontre pas toujours le père de nos enfants facilement, on finit nos études tard, on a un emploi trop prenant, on manque d'argent ou on veut être «libre» encore un peu... «Bref, ce n'est jamais le temps jusqu'à ce que ça ne soit plus le temps, remarque Rodolphe Maheux. Si vous voulez un bébé, faites-le donc dans la vingtaine. N'attendez pas la promotion et la maison.» Tous les spécialistes de l'infertilité s'entendent: une femme en mesure d'avoir un enfant avant 35 ans devrait le faire.
S'ils sont si catégoriques, c'est peut-être parce qu'il n'y a pas grand-chose qu'on puisse faire pour préserver notre fertilité, sauf peut-être garder un poids santé. En effet, l'aménorrhée (l'arrêt des menstruations) survient surtout chez les femmes obèses (indice de masse corporelle supérieur à 32) ou chez les femmes trop maigres (IMC inférieur à 17). «Mais pour certaines femmes, il suffira d'un peu de poids en trop [ou en moins] pour qu'elles éprouvent des problèmes ovulatoires», dit William Buckett.
L'importance du poids santé tient au fait que, pour ovuler sans problème et tomber enceinte, on doit posséder un minimum de tissu graisseux. «La graisse produit des œstrogènes (en fait, elle transforme des précurseurs androgéniques en œstrogènes)», explique Rodolphe Maheux. Ainsi, lorsqu'on n'a pas assez de gras, les œstrogènes nécessaires pour déclencher l'ovulation au milieu du cycle ne sont souvent pas suffisants. À l'inverse, une concentration trop élevée d'œstrogènes nuit également à l'ovulation: en fin de mois, il faut abaisser suffisamment son niveau d'œstrogènes pour repartir un cycle. Attention, toutefois: chez les femmes surentraînées, le poids peut être trompeur. Comme le muscle est plus lourd que le gras, elles peuvent en effet avoir un poids santé sans nécessairement avoir une quantité de gras appropriée.
Si une saine alimentation est importante pour maintenir un poids santé, aucun aliment en particulier n'aide la fertilité ou ne lui nuit. On recommande toutefois de consommer de l'acide folique, qui réduit les risques de malformations congénitales. Pris à dose modérée, le café ne nuit pas à la fertilité. Consommer trois tasses par jour augmente toutefois les risques de fausse-couche, d'après Serge Bélisle. William Buckett parle plutôt de quatre tasses, mais soutient que l'impact du café sur la fertilité n'est pas clair. Il mentionne toutefois que «souvent, les gens qui boivent du café à l'excès fument».
On sait que le tabac et la marijuana affectent la fertilité de l'homme (voir Et les hommes dans tout ça?) et de la femme. Il suffit d'une cigarette ou deux pour nuire à sa fécondité, d'après William Buckett. Le tabac accélère la venue de la ménopause. «Cela rend les ovules moins fécondables» dit Serge Bélisle. Quant à l'alcool, il n'existe pas de preuves démontrant qu'une consommation modérée (environ cinq verres par semaine) affecte la fertilité. Chez la femme, une prise excessive peut toutefois s'accompagner de complications médicales, comme une cirrhose hépatique ou une malnutrition avec troubles ovulatoires, «qui rendent la conception difficile, voire contre-indiquée», dit Serge Bélisle.


Et le stress
Chantal, 32 ans, a mis deux ans avant de concevoir un enfant. Hasard ou non, elle est parvenue à tomber enceinte deux mois après avoir quitté son emploi de nuit. «J'avais un mode de vie chaotique, dit la maman, qui tente d'avoir un deuxième enfant. Je ne dormais pas à des heures régulières et mon poste était stressant.»
On pourrait croire que le stress a influencé la fertilité de Chantal. Or, «le stress quotidien usuel ne dérange habituellement pas la fonction ovarienne», indique André Lemay, chef du Centre d'endocrinologie de la reproduction, d'infertilité et de ménopause de l'hôpital Saint-François-d'Assise (CHUQ). Pour qu'il y ait un véritable effet, le stress doit être associé à un événement majeur, comme une famine ou une sécheresse. «Des études ont montré que les réfugiées et les femmes qui ont dû quitter leur pays en guerre arrêtaient d'ovuler», précise Shree Mulay, professeure associée au département de médecine de l'Université McGill. Mais on ne connaît pas tout du facteur stress, car il est difficile à mesurer. Une chose est sûre, toutefois: la théorie selon laquelle «trop vouloir un enfant» nuit à la fertilité ne tient pas.
D'après William Buckett, environ 40% des femmes connaissent des cycles menstruels irréguliers à l'occasion, ce qui peut réduire les chances de concevoir un enfant. Est-ce parfois dû au stress? Peut-être. «Une jeune femme qui étudie durant un an pour un examen peut ne pas ovuler, dit-il. Un stress ou une dépression soudaine peuvent aussi affecter la FSH et la LH.»
Le lien entre infertilité et médicaments n'est pas totalement clair non-plus. Selon William Buckett, environ 10% des femmes qui cessent de prendre la pilule doivent patienter quatre à cinq mois avant que leur cycle redevienne régulier. La prise de la pilule n'a toutefois aucun effet sur la fertilité à plus long terme. Tout le contraire des traitements pour le cancer et le VIH-sida, qui altèrent les fonctions ovariennes. Certains médicaments, notamment des traitements à la cortisone ou aux anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS), peuvent perturber temporairement l'ovulation. Cela ne semble toutefois pas le cas des médicaments en vente libre.
Pour favoriser notre fécondité, il faut donc conserver un régime de vie équilibré ainsi qu'une bonne alimentation. Mais l'âge demeure un facteur majeur. Joanne n'a même pas songé à un troisième enfant, après avoir accouché de son deuxième, à 39 ans. Elle ne voulait pas jouer à la roulette russe avec ses vieux ovules. «Je me suis retirée du gambling chromosomique!» dit-elle.


Et les hommes dans tout ça?
Chez 40% des couples, l'infertilité est associée à un problème uniquement masculin. La qualité et la quantité des spermatozoïdes ainsi que le dysfonctionnement érectile ou éjaculatoire sont alors mis en cause. On a aussi constaté que la fertilité de l'homme a grandement diminué depuis 50 ans. «À l'époque, on comptait 50 millions de spermatozoïdes par ml d'éjaculat, dit Serge Bélisle. On en trouve maintenant entre 15 et 20 millions par ml.» La pollution, les pesticides et les insecticides sont pointés du doigt. L'âge pourrait aussi avoir une influence, mais peu d'études se sont encore penchées sur le sujet. «Jadis, beaucoup de sociétés croyaient que l'homme ne pouvait pas être infertile, explique R,-Marc Pelletier, professeur à la faculté de médecine de l'Université de Montréal et spécialiste en infertilité masculine. Tous les travaux sur la fertilité ont donc porté sur la femme.»
Parmi les facteurs qu'on peut contrôler, mentionnons, comme chez la femme, le tabac, qui affecte la quantité de spermatozoïdes et la motilité du sperme. «La cigarette diminue l'oxygène résiduel dans le sang, dit R.-Marc Pelletier. Or, avec le cerveau, les testicules sont les tissus les plus avides d'oxygène.» Consommé de façon excessive, l'alcool diminue quant à lui la capacité érectile. Pour préserver leur fertilité, les hommes ont aussi intérêt à être actifs et à éviter les caleçons serrés. Attention aux gelures de testicules pendant les journées de ski. En revanche, les testicules ne doivent pas être exposés trop fréquemment à des chaleurs intenses. La production et la survie des spermatozoïdes nécessitent une température de 34°C. La varicocèle, une dilatation de la veine dans le testicule (plus couvent le gauche) qui peut mener à l'infertilité, semble aussi liée à la hausse de température. Hommes, gardez donc un œil sur vos testicules!


Article tiré de la revue Coup de Pouce, Février 2005, pages 81 à 89

2 commentaires:

  1. C'est vrai que l'infertilité est une réalité donc on ne parle jamais dans les revues. Par contre, j'ai déjà lu un livre écrit par un papa qui relate le parcours de son couple pour vaincre l'infertilité et la bataille de ses enfants prématurés pour vivre. C'est «Une bataille pour la vie» écrit par Jacques Tremblay.

    J'ai eu mon fils après 2 ans et demie d'essais, une fausse-couche et la prise de metformin+femara. Comme toi, j'ai le syndrome des ovaires polykystiques.

    RépondreEffacer
  2. Ah oui, j'ai 24 ans et j'avais 21 quand on a commencé à essayer, donc l'âge supposément le plus fertile...

    RépondreEffacer