25 décembre 2009

De nous, à vous

Passez de Joyeuses Fêtes remplies d'amour, de plaisir et de belles surprises!

Et si vous avez peur du gros bonhomme en rouge, ne vous en approchez pas!



8 décembre 2009

Si je n'avais pas d'enfant...

Je me serais levée ce matin, me serais fait un vrai café avec du vrai lait (car je n'aurais pas eu 3 gastros qui m'auraient poussée à l'intolérance au lactose). Je serais allée dans mon bureau, ma pièce fermée juste à moi (et non un coin de la salle familiale du sous-sol) et j'aurais travaillé toute la journée devant mon ordi, à une job que je n'aimerais plus, qui ne me passionnerait plus. Je n'aurais pas été obligée de sortir ce matin pour aller conduire les enfants à la garderie. Je ne serais pas allée voir mes copines au Café-rencontre. Je n'aurais pas fait des plans avec elles pour aller dîner jeudi prochain. Je n'aurais pas ma compagnie de porte-bébé avec ma meilleure amie. Je ne ferais pas un travail que j'adore, qui mêle créativité, maternité, portage et amitié.

Je serais probablement complètement déchirée de me battre contre l'infertilité, encore, depuis 7 ans. J'aurais pensé à ma fausse-couche, le 6 décembre dernier, avec beaucoup plus d'amertume et de douleur. Je serais probablement très amère, frustrée, enragée même. J'aurais encore énormément de difficulté à voir une femme enceinte ou un bébé naissant. Je ne serais pas une maman comblée par deux garçons remplis de curiosité, d'éclats de rire et de personnalité. Je ne serais pas aussi heureuse. Je ne travaillerais certainement pas pour des mamans et futures mamans et je ne ferais définitivement pas de bénévolat auprès de nouvelles mamans et de nouveaux-nés.

Je ne passerais pas mes matinées et mes soirées à envoyer un petit tannant au coin de réflexion, à séparer deux frères qui, malgré leur grand amour l'un pour l'autre, passeraient leur temps à se chamailler. Je ne m'époumonnerais pas à chaque matin à répéter 12 fois "mets tes bottes! Dépêche-toi! Laisse le bonhomme ici!" Je n'aurais pas deux sièges d'auto, des jouets, une mitaine, des lingettes humides et des disques de Passe-Partout dans ma voiture. Je n'aurais pas plusieurs livres sur la douce discipline, l'estime de soi chez les 0-6 ans et sur les purées dans ma bibliothèque. Je ne connaîtrais pas l'histoire de Papaye le Panda, de Sophie et Emilio, de Georges le curieux. Je ne saurais pas qui sont Monsieur Krakpout, Tibor ou Binou. Je n'aurais pas non-plus vu Shrek 17 fois.

Je ne connaîtrais pas la fierté de voir un premier bonhomme-tétart, un premier prénom écrit maladroitement.  Je ne connaîtrais pas l'odeur des petits cheveux humides le matin, du petit bedon propre après le bain. Je ne connaîtrais pas la douceur d'une petite main dans mon cou, la lourdeur chaude d'un petit bonhomme endormi, l'explosion d'amour du premier "E t'aine!" Je ne rirais pas aux éclats à chaque jour. Je ne verrais pas la vie avec autant de couleurs. Je ne me sentirais pas aussi complète.

J'aurais probablement le ventre plus ferme, les seins moins bas et les yeux moins cernés. Mon compte en banque serait probablement plus rempli (quoi que les FIV auraient peut-être fini par le vider). Hom et moi aurions probablement fait quelques voyages. Nous aurions peut-être même déménagé. En tout cas, il n'y aurait pas de module de jeu dans la cours, ni de jouets qui traînent partout. Ma maison serait propre, à l'ordre et aérée. Mon mur ne serait pas recouvert de photos de famille encadrées. Il n'y aurait pas eu 4 paires de pantoufles (dont deux petites) au pas de la porte, pour la St-Nicolas ce weekend. Je ne décorerais pas le sapin avec le même entrain. Je trouverais d'ailleurs Noël bien terne, sans les regards illuminés des enfants. J'écouterais mes vieux disques de Noël avec mélancolie, plutôt qu'avec la fierté de les partager. Je me sentirais probablement bien seule.

Ou peut-être pas. C'est impossible de savoir ce que ma vie serait, sans les enfants. Ça aurait aussi été impossible pour moi de savoir ce que je manquais si je ne l'avais jamais vécu. Je me surprends parfois à rêvasser à ce que ce serait, sans les enfants, ou même à m'ennuyer (un peu!) du temps où nous étions seuls, Hom et moi. Pas avec regret d'avoir eu des enfants, oh que non! Mais avec un brin de nostalgie pour quelque chose qui a été moi, nous, pendant si longtemps et qui n'existera plus jamais.

Si je n'avais pas d'enfant, je serais bien différente, je n'en doute pas. Mais je ne saurai jamais. Et je remercie la vie, à chaque jour, de ne plus savoir ce que c'est, de ne pas avoir d'enfant.

3 décembre 2009

5 ans

Ce matin-là, je me suis réveillée avec une drôle de sensation, comme s'il me manquait quelque chose. Je me suis réveillée avec un creux au ventre que je sentais presqu'inconsciemment. Une cassure s'était effectuée et j'essayais de l'ignorer, en la repoussant au fin fond de ma tête. J'avais été si bien, si heureuse les jours précédents. Je ne voulais pas, je ne pouvais pas ne pas être heureuse ce matin-là.

Et pourtant, c'était bien vrai. Je ne le sentais plus. Je ne le vivais plus. Comme si on avait coupé un fil invisible et que je n'arrivais pas encore à mettre exactement le doigt sur ce que je ressentais. Même si mon bébé était encore trop petit pour que je sente vraiment sa présence, mon coeur ne le sentait plus. Plus de lien minuscule, plus de bonheur, plus de tendresse à faire exploser mon corps. Je me sentais vide bien avant de savoir que je l'étais vraiment.

Au-delà du sang, des pleurs, des cris de douleur, c'est le vide qui a marqué ma mémoire. Profondément, je le ressens encore. Pas comme un vide présent, me suivant à chaque pas. Non, je le ressens plutôt comme un souvenir inscrit très fort en moi, comme un parfum dont on se rappelle longtemps après qu'il soit disparu. Je me rappelle ce vide, ce grand vide, très clairement. Je me rappelle la rage qui essayait de le remplir. Je me rappelle la grisaille, la peine, la douleur, mais c'est le vide qui revient, année après année. Car de tous ces souvenirs, seul le vide a disparu de ma vie. Je ressens encore parfois de la peine, de la douleur, de la grisaille, mais jamais plus de vide. Ma vie est remplie, mon coeur est remplie. Jamais plus je ne ressentirai ce vide qui m'avalait comme un trou noir.

Bizarre, comment je ne parle de ma fausse-couche qu'à son "anniversaire". Bizarre comment, 5 ans plus tard, mes souvenirs de ce jour sont si peu altérés, comment j'arrive encore à me remettre dans mes souliers d'autrefois et revivre l'impression qu'a laissé cette perte dans ma vie, comme on peut replacer son pied dans une trace de pas, dans la neige.

Cinq ans, déjà. Je suis à des années lumières de celle que j'étais, ce jour-là. À des années lumières, et pourtant encore souvent si près, bien malgré moi...

Je ne pense plus à ce bébé pour "ce qu'il aurait pu être", mais pour "ce qu'il a été": un virage inattendu, une grosse blessure, un dur retour à la réalité, un apprentissage. Et un rêve éphémère.

Les années passées, je n'y avais pas tant pensé. Cette année, j'ignore ce qui est différent, mais j'y pense très souvent depuis quelques jours. Je me repasse le film des jours qui ont précédé la fausse-couche. Je me remémore l'euphorie, le bonheur du début de grossesse. Et je me surprends à vouloir revivre ce mélange de légèreté et de plénitude. Je me suprends, mais pas tellement. Ça fait un bout de temps que j'ai hâte de retomber enceinte, mais depuis quelques semaines, cette hâte s'est presque changée en urgence. Mon ventre disfonctionnel m'appelle, me supplie presque. Et c'est cet appel qui vient me chercher dans mes souvenirs et qui essaie de me tirer vers l'avant. Mais je patiente, encore, juste un peu.

En attendant, je regarde le ciel, cherchant du regard ma petite étoile filante qui aura 5 ans dans quelques jours...