4 janvier 2006

Un petit 5 minutes

Il y a presque deux mois, j'ai reçu un email d'une amie. Nous ne nous étions pas parlé depuis plusieurs mois. Nous passons souvent plusieurs semaines sans se parler, mais je commençais à trouver ce silence doûteux. Bref, je comptais lui écrire le soir même où j'ai reçu son courriel. Elle me disait: "je t'ecris pour savoir comment tu vas et aussi parce que j'ai une bonne nouvelle à t'annoncer. Je voulais savoir si tu es là demain pour que je puisse te donner un coup de fil. Si tout est beau, écris-moi, et on se reparle demain."

Faut pas me prendre pour une nouille. Je suis capable de lire entre les lignes. Son courriel me disait deux choses: elle voulait m'annoncer une grossesse et elle n'avait pas eu le guts avant. Je lui ai répondu que si sa nouvelle avait rapport avec une grossesse quelconque, de me le dire par email, car je préfère recevoir ce genre de nouvelle indirectement. Je n'aime pas le sentiment d'embuscade qu'une annonce de grossesse surprise me donne. Je me sens accolée au mur, forcée de sourire alors que je bouille en dedans. J'ai donc toujours demandé à mes amies proches de m'annoncer ce genre de chose par courriel ou sur le répondeur. Ça me laisse le temps de digérer la nouvelle seule, à mon rhytme, sans faire semblant. Puis une fois les mauvaises émotions contrôlées, je peux féliciter la personne concernée sans me sentir menteuse.

Le lendemain, elle m'a répondu que j'avais effectivement deviné, qu'elle était enceinte de plus de 3 mois. Même si je m'y attendais, ça m'a fait énormément mal. Un peu comme si on me disait qu'on allait me donner une claque au visage. J'ai beau savoir qu'elle s'en vient, quand la claque arrive, elle fait mal quand même. Ce qui m'a fait le plus mal, ce n'est pas tant le fait qu'elle soit enceinte d'un bébé surprise (quoi que juste ça, pour une infertile, c'est dur à avaler), mais plutôt le fait qu'elle ait attendu avant de me le dire. Bon, d'accord, bien des gens attendent 3 mois avant d'annoncer une grossesse. Mais elle et moi avons la même coiffeuse et si elle ne me l'avait pas annoncé par courriel ce jour-là, je l'aurais appris de la coiffeuse le lendemain. Notre coiffeuse le savait depuis le début et elle ne l'avait même pas appris de mon amie directement, mais d'une autre de ses amies! J'étais supposément une de ses meilleures amies. Elle m'a dit un jour que j'étais la seule sur qui elle pouvait toujours compter, à qui elle pouvait tout dire. Je ne le croyais plus.

J'ai jonglé avec tout ça, je me suis demandé comment réagir, quoi lui dire. Ça m'a empêché de dormir, je m'en voulais d'avoir encore mal pour quelque chose que j'avais maintenant. Bien sûr, au fond de moi, j'étais heureuse pour elle. Même si ce bébé n'était pas prévu (elle m'a même avoué que c'était un bébé condom), je sais qu'elle est très heureuse de sa venue et qu'elle voulait des enfants. Mais ce que tout ça a fait ressortir n'a rien de beau et d'heureux. Même si je suis enceinte, même si j'attends notre garçon très bientôt, une telle nouvelle ne fait que rebrasser des choses que je croyais réglées. Ça me rappelle à quel point pour nous ça été difficile, à quel point j'ai eu mal quand j'ai perdu notre premier bébé. Ça me remet aussi au visage le fait que tous nos efforts ne paraissent plus aujourd'hui, que la grossesse m'a ramenée au même niveau que les autres. J'ai beau être la femme la plus heureuse du monde quand je flatte ma bédaine et que je sens mon bébé me donner un coup de pied, ça n'efface pas les larmes et la douleur des années passées et surtout, ça ne me redonne pas tous ces mois perdus à attendre et espérer.

Je sais bien que vu de l'extérieur, ma douleur peut sembler exagérée. Je suis enceinte, après tout, je devrais en revenir, passer à autre chose. Oui, j'ai fait la paix avec bien des choses, avec bien des démons. Mais quand on me redonne une claque au visage, je ne peux faire autrement que d'avoir mal.

Je lui ai répondu et je lui ai expliqué en long et en large comment je me sentais, pourquoi j'étais blessée. Je lui ai par contre dit que je voulais bien avoir les détails de sa progression et continuer à parler avec elle via courriel, le temps que je me replace. Elle voulait qu'on se voit avant les fêtes, mais le temps me manquait (vraiment!) et je lui ai dit. J'ai même écrit "à moins que ma mère ait organisé un shower d'ici-là et que tu sois invitée (tu étais sur la liste!)" Je lui ai écrit un très long courriel sensible, clair et sincère. Je lui ai même posé plein de questions sur sa grossesse et j'ai demandé des nouvelles de sa mère. Je me disais qu'elle comprendrait peut-être, qu'elle me respecterait.

Elle m'a répondu quelques jours plus tard, par un courriel très court et froid. Elle me disait ne pas avoir eu le temps de me l'annoncer avant.

La seule chose qui m'est venue en tête après avoir lu ça est: mon oeil! Je m'excuse, mais elle n'est pas PDG d'une grosse entreprise ni mère au foyer de deux enfants! Pas eu le temps de faire un petit téléphone?? Qui n'a pas ça, un petit 5 minutes pour une amie? Ce qui lui a manqué, ce n'est pas du temps, mais du courage. Elle n'a pas eu le guts de m'appeler, elle a simplement remis à plus tard, encore et encore. Pas avoir le temps, c'est la pire excuse bidon qui existe. Je comprends très bien (et respecte!) le fait de manquer de guts, pas besoin de me mentir.

Je ne sais pas ce qu'elle pensait obtenir avec tout ça. J'ai essayé d'être forte et de passer par-dessus mes blessures pour partager cet événement heureux avec elle. Elle s'est probablement dit qu'en me le disant, elle faisait sa part, pour sa conscience, et que la balle était dans mon camp. Si je ne le prends pas, tant pis, c'est moi la méchante infertile amère qui n'est pas capable d'être heureuse pour les autres.

Elle m'a encore plus blessée avec ce dernier courriel qu'avec quoi que ce soit d'autre. Mes sentiments et mon amitié ne vallaient même pas un petit 5 minutes dans une journée.

Quand mon shower est arrivé, j'ai eu peur. Je ne savais pas trop comment j'allais réagir en la voyant, mais j'étais soulagée, d'une certaine manière. Je me disais qu'en étant ainsi forcée de la revoir, avec d'autres gens présents, ça rendrait les retrouvailles plus aisées. Eh bien! Elle n'est même pas venue! Elle n'a pas pris la peine d'avertir ma mère, qui s'attendait à sa présence. Toutes mes amies m'ont demandé pourquoi elle n'était pas là et moi, je ne sais trop pour quelle raison, je leur disais que je ne savais pas.

Elle ne m'a pas téléphoné, ne m'a pas écrit pour s'excuser de ne pas avoir été là. Je ne lui ai pas ré-écrit non-plus, je ne sais pas quoi lui dire. Je n'ai pas eu l'impression qu'elle avait lu mes autres courriels, alors à quoi bon? Je suis très peinée de laisser tomber cette amitié, mais en même temps, ça me libère.

Je lui ai envoyé une carte pour son anniversaire, qui est demain. Simplement pour lui signifier que je sais qu'elle existe, mais que je ne ferai plus de galipettes pour son amitié. Si elle tient à moi, qu'elle fasse les efforts nécessaires. J'ai assez donné.

----------------EDIT----------------
Je tenais à apporter quelques précisions. Tout d'abord, l'amie en question est une amie de longue date, mais une amie particulière. Elle a tendance à tout virer sur elle, peu importe le sujet (par exemple, quand je lui ai parlé de ma fausse-couche, elle m'a dit que sa collègue machin-couette en avait fait une elle aussi...). Elle a de la difficulté à vraiment écouter, mais elle est toujours très disponible. Je suis amie avec elle depuis longtemps, mais ça n'a jamais été à temps plein. On s'est souvent perdues de vue, pour différentes raisons. C'est ce qu'on pourrait appeler une amitié intermittente.

Ceci dit, je ne suis PAS en maudit après elle parce qu'elle est enceinte. Je finis toujours par passer par-dessus mes émotions contradictoires à l'annonce d'une grossesse et je finis toujours par être heureuse pour la personne concernée. Je l'étais (et le suis encore) pour elle, je lui ai même dit, sincèrement. Je suis fâchée contre elle parce que 1. j'ai été la dernière à l'apprendre (après la coiffeuse!), 2. parce qu'elle m'a donné une excuse bidon comme "je n'ai pas eu le temps" plutôt que de me dire la vérité, que j'aurais très bien comprise et acceptée! 3. Ce qui m'a fait réaliser que mon amitié pour elle ne représentait pas assez pour prendre la peine de prendre le temps et qu'elle ne me faisait pas assez confiance pour être honnête avec moi et finalement 4. parce qu'elle n'est pas venue à mon shower, qu'elle savait très important pour moi, sans compter qu'elle a manqué de respect envers ma mère qui s'est démenée pour tout organiser en ne l'avertissant pas.

Voilà.

7 commentaires:

  1. En effet, je trouve que tu es très amère et il est clair que cette amie marche sur des oeufs avec toi ...

    Ta peine est bien réelle mais je crois que cela te fait passer à côté des joies simples de la vie ... Le monde continue de tourner et tu tu manques le bateau ma belle ... Enjoy ! : )

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  2. Le seul bateau que je manque est celui d'une amitié à sens unique où je ne me sens plus du tout respectée. C'est facile de juger quand on en connaît pas l'amie en question. Croyez-moi, je ne manque rien, c'était depuis longtemps une amitié chambranlante. J'ai suivi plusieurs grossesses d'amies avec bonheur, mais celle-là, c'est au-dessus de mes forces, pour plusieurs raisons que je n'énumèrerai pas.

    Je reconnais être amère, mais quand ça dépasse ma simple peine d'infertile et que ça touche l'amie que je me suis toujours efforcée d'être, c'est différent. Infertile ou pas, je ne mérite pas de me faire traiter comme ça et elle ne mérite simplement plus mon amitié.

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  3. Ma belle kiwi, malheureusement il y a dans la vie des amitiés qui finisse par passé. Veux veux pas le temps passe et la vie finit par nous séparer. Je sais que présentement tu te sens blessée, mais je suis certaine que plus tard tu te rendras compte à quel point tu as appris de votre relation. Et ce sera la même chose de son côté.

    En attendant je te fais un gros bisou et j'espère que tu panseras vite cet blessure!

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  4. J'ai aussi eu des amitiés à sens unique...
    ça remplit un certain objectif, pendant un temps, dans notre vie.. mais ça finit toujours par se défaire, parfois lentement, parfois subitement... et disparaître, n'exister que dans nos souvenirs...

    J'ai toujours attendu de mes bonnes amies que même si elle ne comprenait pas, elle pouvait tenter d'imaginer, ou tout au moins démontrer une certaine compassion.. pas de la pitié, tout simplement de réaliser que ce que je ressens est bien réel, même si exagéré ou insensé à leurs yeux... D'ailleurs, la phrase ''je te comprends'' est une de celles que j'utilise de moins en moins.. je peux parfois imaginer, tout au moins j'essaie, mais je ne comprends que très peu de choses aux sentiments des gens que j'aime, n'ayant soit pas vécu ce qu'ils ont vécu, ou l'ayant ressenti différemment...

    Ce sont parfois les bons, parfois les moins bons événements de la vie qui nous font réaliser les amis qui marchent sur le même chemin que nous, les amis qui marchent sur un chemin parallèle au nôtre, et les amis dont le chemin ne fait que croiser le nôtre, à 90 degrés ou en angle, peu importe... peu de gens restent sur notre chemin, malheureusement.. mais ceux qui y sont y sont pour les bonnes raisons.... et nous attendent tout au bout...

    Bisous... xx

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  5. Que cette amie ait attendu 3 mois avant de te dire qu'elle était enceinte...My god..J'aurais été fâché aussi là...J'ai eu une amie exactement comme ça aussi kiwi et heureusement, aujourd'hui, elle ne fait plus parti de ma vie...ça me vidait de mon énergie...Alors pour ça, je peux comprendre ce que tu ressens pour l'avoir vécu...

    ce que je ne comprends pas par contre, c'est pourquoi tes amies ne peuvent pas t'annnoncer une grossesse en face? je sais que tu l'expliques dans ton post, mais je ne comprends toujours pas pourquoi...pourquoi ne peux-tu ne pas être fière et heureuse à l'annonce d'une grossesse d'une de tes amies? je ne te juge pas Kiwi, j'essaie juste de comprendre pourquoi...Même si tu es infertile, ce n'est pas la faute de tes amies...pourquoi ne pourraient-elles pas compter sur toi pour l'annonce d'une aussi bonne nouvelle?

    Et, je pense que, même si cette amie n'était pas une amitié positive pour toi, cette amie n'a pas eu le guts de t'annoncer sa grossesse par peur...Elle avait peur de ta réaction...Je dis ça comme ça...je ne sais pas puisque je ne la connais pas...

    Tu sais que je t'apprécie beaucoup et que je te pose cette question-là pour justement comprendre un peu plus pourquoi tu perçois l'annonce d'une grossesse d'une amie aussi durement...

    bise..xx

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  6. Je te comprends sur l'amitié. Moi aussi j'avais une amie qui était amie avec moi quand sa lui plaisait au fond !

    J't'ai flushé ça et je vis très bien avec ma décision maintenant !

    xxx

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  7. nakadai/Tatsuya05 janvier, 2006 22:55

    Kiwi,
    Moi je comprends à 200% ce que tu voulais dire. On ne peut pas imaginer tout ce qui se passe dans notre tete lorsqu'on apprends qu'une amie ou une copine est enceinte. Les larmes que j'ai pu verser lorsque ma collègue de travail ( elle a 18 ans) est venu me dire qu'elle était enceinte...
    Y'a pas de mots.
    Je ne crois pas qu'on soit de mauvaises femmes pour autant.
    Je ne suis toujours pas capable de regarder une femme avec son gros bedon dans les yeux sans avoir une pointe de jalousie, voire même un peu de mépris.
    Ce n'est pas correct, non, mais jamais je ne leur fait sentir ces sentiments.
    Ne jugeons pas trop vite; on est humaine.

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