Quand j'étais petite, ma mère était à la maison. Le midi, nous retournions dîner à la maison. Au retour de l'école, elle nous attendait à la maison. Elle préparait les repas, nous cousait des vêtements, faisait les courses, le lavage, le ménage. J'ai grandi avec la notion rassurante qu'il y avait toujours quelqu'un qui m'attendait, à la maison. J'ai longtemps pris cette présence pour acquise, sans réaliser la chance que nous avions.
Quand je suis partie à mon compte il y a presque 10 ans, c'était avant tout pour pouvoir offrir la même chose à mes enfants. Être là, le midi, le soir, mais pouvoir continuer de travailler en même temps.
L'idée sembalit bien belle. J'avais seulement oublié un petit détail.
Les enfants, avant d'aller à l'école, sont des nouveaux-nés, des bébés, des bambins qui demandent beaucoup, beaucoup d'attention.
Quand Tithom est né, j'ai réussi à concilier mon travail à la maison et sa présence dans ma vie. J'ai réussi, assez bien, à travailler pendant les siestes et le soir. Il me laissait même parfois travailler en jouant tranquillement dans son coin de façon tout à fait autonome. Par contre, quand je suis tombée enceinte de Tilou et que Tithom a commencé à déplacer plus d'air, j'ai vite réalisé que je devais faire un choix: laisser tomber le travail, ou envoyer Tithom à la garderie à temps partiel.
Nous avions choisi la garderie et je dois avouer que je ne l'ai jamais regretté. Ça m'a permis, avant la naissance de Tilou, de travailler seulement quand Tithom était parti et d'être vraiment avec lui les jours où il était à la maison. Ça m'a permis de me retrouver un peu, de me reposer un peu avant la grande tornade 2008 nommée Tilou.
Puis, donc, est survenue cette tornade qui a siphonné toute mon énergie, qui a tout changé, qui a fait craquer le bel idéal de maman que je visais. Depuis la naissance de Tilou, je cherche mon air, je cours après ma queue, je suis essoufflée et fatiguée et je me remets sans cesse en question. J'ai souvent répété que Tilou était intense et exigeant. Même s'il est depuis des mois (depuis la fin de l'anxiété de séparation débile) un enfant hyper joyeux, drôle et jovial, il n'en reste pas moins très (des fois trop) attaché à moi et il m'arrive d'étouffer un peu. Je n'ai plus de bulle, plus d'espace privé, plus de vie. J'ai souvent eu l'impression de ne plus exister ou de passer après tout le reste. Je me suis très, très souvent sentie inadéquate, incapable et ridicule. Moi qui voulais 4 enfants, je n'arrivais même pas à m'occuper de deux sans virer folle. Je tombais de haut.
Mon idéal perdait des morceaux, jour après jour. Je n'étais pas la maman que j'aurais aimé être. Je n'étais surtout pas celle que les autres croyaient que j'étais. Je me trouvais faible et incompétente lorsque je me comparais aux mamans de mon entourage. Je ne faisais pas de bricolage avec mes enfants (ils n'ont jamais vraiment voulu non-plus), je manquais d'organisation ou de sens de la planification pour prévoir des activités, thématiques, exercices. Le jeu libre menait en roi chez nous. Je me disais que trop d'une bonne chose ne pouvait qu'être mauvais...
Je ne suis pas de ces mamans qui semblent faire ça depuis toujours. Je ne suis pas de ces mamans qui ont une patience inépuisable, une énergie monumentale et un sens de l'organisation impeccable. Je suis impatiente par moments (lire souvent), je suis épuisée et je suis désorganisée (dans la maison, pas dans le travail). Je regardais avec envie les mamans qui arrivent dans un même 24h à faire de la popote (autre qu'un grilled cheese ou une omelette), garder la maison propre, faire des exercices éducatifs avec les enfants qui ne vont même pas à la garderie. Et quand les enfants sont couchés, elles ont le temps de bloguer, de faire du scrapbooking et des sudokus, tout en restant toujours à la mode, en forme et heureuses.
Non, je ne suis pas de celles-là. Les journées passaient sans que je m'en rendent compte. Mes listes de choses à faire étaient toujours aussi longues. Je n'avais plus de créativité pour les jeux. Je n'avais plus de souffle, plus de jus, plus d'étincelle. J'en avais assez.
Après des mois de tergiversation, d'hésitations, de remises en question, de justification, de comparaisons, de pesage de pour et de contre, nous en sommes venus à la conclusion que ça me prenait plus de temps à moi. Plus de temps pour m'occuper de ma nouvelle compagnie (qui réussit bien, donc qui demande du temps). Plus de temps pour m'occuper de la maison et des courses (plutôt que de perdre notre fin de semaine à faire ces tâches ennuyantes). Plus de temps pour me calmer, me reposer, me retrouver. Plus de temps, donc, voulait dire une seule chose: plus de garderie.
C'est avec beaucoup de difficulté que nous avons décidé d'envoyer les gars à la garderie. Tithom est passé de 2 jours/semaine à 4 jours et Tilou est passé de 100% maison à 3 jours en garderie. Le matin même de leur entrée en garderie, je ne savais toujours pas si c'était vraiment LA bonne solution. Mais je savais que c'était la seule que je voyais pour le moment.
Je ne suis pas faite pour être une maman à temps plein à la maison et je crois que c'est ça qui m'a le plus fait mal. Réaliser que je n'étais pas faite pour ce que je considérais comme l'idéal (pour mes enfants, pas nécessairement ceux des autres). Réaliser que je n'arrivais pas à faire ce que tant de mamans accomplissaient avec succès, avec seulement deux enfants. Mon orgueil et mon système de repères en ont pris un coup.
Je ne dis pas que ce sera comme ça pour toujours. Peut-être me rendrai-je compte éventuellement que malgré tout, ils sont mieux avec moi. Peut-être pas. Pour savoir, je dois faire l'essai et laisser le temps faire son oeuvre. Je dois me réparer avant de pouvoir reconsidérer m'occuper de mes deux amours. Et cette réparation nécessite du temps. Pas mal de temps.
18 septembre 2009
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