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15 mars 2011

Il en a trois

Déjà.

On le répète à chaque anniversaire, à chaque moment charnière qui passe. Déjà.

Mais ça ne cesse d'être vrai: le temps passe vite et rien ne peut l'arrêter.

Mon bébé, mon potelé, mon Tilou d'amour a aujourd'hui 3 ans. Déjà. Trois ans d'intensité, d'extrêmes, de contradictions, de remises en question, de refontes de routine, d'adaptation, de rigolades, de joues rondes et roses et douces et bonnes, de complicité et d'adversité fraternelles. Trois ans de vie de famille à quatre. Trois ans avec mon deuxième garçon, si différent du premier. Trois ans à apprendre à connaître Tilou. Et à l'aimer inconditionnellement.


Tilou est toujours aussi blond. Il a toujours ses si beaux yeux bleus. Il passe toujours aussi rapidement des larmes au rire (et vice-versa). Il est propre (sauf de nuit, mais presque). Il parle sans arrêt et très clairement. Il a toutes ses dents. Il mange de tout, mais ne veut toujours pas boire de lait. Il déteste toujours qu'on lui lave les cheveux (la tor-tu-re). Il a toujours son caractère intense, sa personnalité pleine de sensibilité et de charme. Il a encore des fossettes sur les coudes et les joues. Il a encore les cuisses potelées et les joues rondes à croquer. Il se démarque pourtant tellement du bébé qu'il était. Il devient de plus en plus un enfant, un grand. Il est si fier d'avoir 3 ans. Si fier d'être propre et d'être un grand garçon.

Et moi, je le regarde grandir, impuissante. Je le regarde lentement s'éloigner de moi, mon bébé koala qui coupe le cordon doucement. Je sais qu'un jour, il ne voudra plus de bisou ni de câlin. Mais pour l'instant, je me gâte et je fais le plein.

Déjà. Trois années intenses, mais tellement, tellement belles.

Bonne fête mon Tilou-tout-fou-plein-d'poux! Je t'aime à la folie. Pour la vie.

5 novembre 2010

Deux ans, quatre mois, deux jours

Il était tout rouge et plissé quand on me l'a donné. Couché sur ma poitrine battante d'énergie, mon garçon me regardait avec ses grands yeux bleus. Il n'avait que quelques minutes de vie et déjà, il cherchait. Il flairait, utilisait tous ses sens nouvellement découverts pour trouver ce qui le réchaufferait et réconforterait. J'ai rapidement compris et je lui ai donné le sein sans hésiter. Goulûment , il l'a pris. Il s'y est agrippé, s'est abandonné. Et moi aussi.

Dès le départ, mon deuxième allaitement en était un d'abandon et de bonheur. Mon fils était gourmand, glouton. J'avais la confiance de celle qui n'en est pas à sa première expérience. J'avais l'assurance de celle qui savait, cette fois-ci, où elle s'en allait. Ça ne garantissait pas un bon déroulement, mais ça me permettait de mieux me diriger en cas de pépin. J'étais outillée. C'était le début d'une belle et longue histoire d'amour blanc.

Les mois, puis les années, ont passé. À deux ans, Tilou buvait encore de mon lait quotidiennement, assidûement. Il était encore accro. Il me le demandait maintenant: veux mon du lait! Mais il ne s'est jamais servi lui-même. Il était allaité seulement avant la sieste et avant le dodo. C'était nos petits moments tranquilles pour nous deux. Même si souvent il était tout, sauf relax. Tète, lâche, tète, lâche. Rigole, change de côté, gigotte, tète, lâche, tire la babine, tire les cheveux, veut regarder un livre en même temps... puis ouf, il s'abandonnait et sa tête devenait lourde, ses cheveux humides sentaient bon. Je pouvais caresser sa joue ronde, le serrer contre moi, même si ses jambes dépassaient et qu'il était devenu lourd, grand et costaud.

Si je lui demandais s'il voulait du lait de vache, il me répondait un NON dégoûté et scandalisé, comme si je lui avais proposé du lait de grenouille. S'il me voyait un sein quand je sortais de la douche, il le pointait en disant "c'est mon du lait." Ça lui appartenait.

Je n'ai jamais été tannée d'allaiter. J'en ai jamais eu assez. Mais je me doutais que je devrais faire la coupure moi-même, si je ne voulais pas l'allaiter jusqu'à l'université. J'ai essayé, brièvement, de couper le boire de la sieste. Il hurlait, m'implorait de l'allaiter. J'ai craqué après quelques jours, me disant que je pouvais bien attendre encore quelques mois. Ça changeait quoi pour moi, quelques mois de plus ou de moins? Rien, alors que pour lui, ça faisait toute une différence. Je savais qu'on devrait complètement changer notre routine si nous voulions réussir.

Le moment idéal s'est présenté sous forme de vacances en famille. Deux semaines loin de chez nous, dans un grand chalet avec les grands-parents, oncles, tantes, cousines. Nouvelle routine, nouvel environnement. Le timing était parfait. J'avais décidé longtemps à l'avance que ce serait le moment. J'ai placé cette décision loin dans ma tête, pour l'oublier un peu, espérant profiter de chaque petit moment doux qu'il nous restait.

Les vacances sont arrivées. Le premier soir, nous avons dormi à l'hôtel, à mi-chemin. Je l'ai allaité dans le lit, sans même penser que c'était ma dernière fois. Notre dernière fois. Je n'ai pas savouré autant que j'aurais voulu. Pas pris de photo. Pas immortalisé ce moment. Le lendemain soir, au chalet, je m'en suis apperçue et le coeur m'a fait mal. C'était fait. C'était fini. Je ne l'allaiterais plus jamais.

Il ne l'a pas demandé des vacances. Il n'a pas vraiment eu de difficulté à s'endormir. Ça s'est étonnament bien déroulé. Mieux pour lui que pour moi, en tout cas. J'avais de la peine, je commençais à regretter. Je me sentais méchante et égoïste.

Mais, au bout du compte, j'ai été soulagée de ne pas m'être arrêtée au dernier boire. J'aurais peut-être changé d'idée si j'avais trop pris le temps de réaliser que c'était le dernier.

À notre retour à la maison, j'ai demandé à Hom d'enlever la chaise berçante de la chambre de Tilou pour ne pas qu'il y voit un rappel de ce qu'il n'avait plus. Il n'a rien dit avant plusieurs jours. J'étais penchée vers lui pour lui mettre ses pantalons. En voyant mon décolleté dans sa figure, il m'a dit, d'un air piteux "moi veux du lait" en pointant ma poitrine de son petit doigt potelé. Mon coeur s'est tordu. Bel amour. Mais j'ai résisté. Je lui ait dit, l'air désolé, qu'il n'y en avait plus. Il n'a rien dit et est passé à autre chose.

Deux jours plus tard, alors que Tithom voulait écouter mon coeur avec son stétoscope, il a tiré mon chandail vers le bas. Tilou, appercevant le haut de mon sein, me regarde et me dit "c'est ton du lait?"

Voilà, il avait compris. Mes seins me revenaient maintenant. Ça ne lui apprtenait plus.

Quel petit bonhomme. Quelle aventure nous avons vécue. Quel bel allaitement il m'a fait vivre. Quel don je lui ai fait.

Je suis fière de ce que je lui ai donné. Mon lait, mon temps, mon coeur, mon amour. De tout ça, seul le lait s'est arrêté après 2 ans, 4 mois et 2 jours. Le reste continue et continuera toujours.

14 mars 2010

Deux ans

Il fait beau, ces jours-ci. La neige est pratiquement toute fondue dans mon quartier. Pourtant, je sais pertinement que ce n'est pas toujours comme ça, le 14 mars. Je le sais, car je me souviens exactement ce que je faisais, le 14 mars, il y a deux ans. J'étais sur le point d'avoir mon deuxième bébé, mon petit potelé tout rose, mon Tilou. Il neigeait, ventait, grésillait. Les routes étaient glissantes, dans la nuit du 14 au 15, lorsque nous étions en route vers l'hôpital. Il y avait de la poudrerie et une tempête approchait. Quand nous avons marché de la voiture à l'entrée de l'hôpital, le vent glacé m'avait saisie, réveillée, revigorée. Il était passé 3h du matin et dans une demie heure, j'allais tenir mon bébé dans mes bras, le regard brillant, un sentiment immense de puissance et d'amour sortant de chacun de mes pores.

Mon Tilou aura deux ans demain. Lui qui me semble encore si petit, si calineux, si bébé. On dit souvent qu'on aimerait qu'ils restent petits. Je dois avouer que j'ai eu souvent hâte qu'il grandisse, pour qu'il arrête les coliques, puis par la suite pour qu'il prenne de l'assurance et cesse cette foutue anxiété de séparation qui le tenaillait dès qu'il ne me voyait plus. J'ai souvent eu hâte qu'il vieillisse un peu pour qu'il puisse jouer avec son grand frère, pour qu'ils s'amusent ensemble sans (trop) se chamailler. Mais aujourd'hui, juste un petit peu, j'aimerais qu'il reste petit. J'aimerais qu'il continue à vouloir autant se faire prendre, porter, caliner. Juste un petit peu, je voudrais qu'il ne soit pas indépendant trop vite. Juste un petit peu. Qu'il ne soit pas trop pressé de devenir grand.

C'est tout un numéro, mon Tilou. C'est un bambin intense, aux extrêmes, sensible. Il pleure encore souvent, de façon excessive parfois, mais c'est moins pire qu'avant. Il est surtout, la grande majorité du temps, d'une bonne humeur folle et contagieuse. Il est plein d'énergie, d'imagination. Il est à la fois timide et fonceur, rigolo et sérieux, attachant et épuisant. Comme tout bon petit frère, il imite tout ce que son grand frère fait, les bons comme les mauvais coups. Son grand frère lui rend bien son amour et ils sont - la plupart du temps, mais pas toujours - beaux à voir ensemble.

Deux ans, mon Tilou. Déjà. Petit Tilou tout fou, qui parle comme une pie, qui répète et enregistre tout, qui fait bouger et parler ses bonhommes, qui boude avec sa lèvre retroussée et les bras croisés, qui dit NON avec force quand ça ne fait pas son affaire, qui communique énormément avec des mots, des signes et des gestes, qui veut que tout soit à sa place, qui a "un pétard dans le derrière" à la maison et est un ange à l'extérieur (ce qui m'enlève toute crédibilité quand j'affirme qu'il m'en fait voir de toutes les couleurs). Deux ans, ce Tilou qui aime les céréales (ya-yales), les histoires, les blocs, danser, être dans un porte-bébé, dessiner, manger des bleuets, aller à la garderie, jouer au ballon, la trempette, nous apporter chaque petite miette qu'il trouve sur le plancher, promener son bébé dans la poussette, nous jouer des tours, dormir sur le ventre avec les fesses en l'air, courir de long en large dans la maison, sauter dans le lit, se coller contre nous la tête sur notre épaule, faire le cheval sur le dos de papa, porter une tuque, prendre des photos, boire l'eau du bain, se faire brosser les dents. Tilou n'aime toujours pas se faire laver les cheveux (la torture!), se faire changer la couche (autre torture!), se faire laver le visage (finalement, il n'aime pas qu'on le lave), le jus, attendre, se faire dire non, aller dans le coin (quel affront!), se faire couper les cheveux (il hurlait comme un perdu), la peinture à doigt et jouer dans la neige.

Je le vois encore comme un petit bébé, même si je sais qu'il est maintenant plus près d'un petit garçon. Il dort encore dans sa bassinette (parce que nous savons qu'il se lèverait trop tôt et trop souvent, et parce qu'il n'est pas encore nécessaire de le changer de lit). Il est encore allaité (nos moments de douceur, où nous reprenons chacun notre souffle). Il a encore de petits cheveux tout fins. Il est encore potelé et doux, même s'il a des égratignures aux genoux. Il est encore calineux et a encore souvent besoin de nos bras.

Je sais que ça arrive souvent, avec un 2e enfant. On a moins de temps, on peut moins s'arrêter sur chaque petit geste, chaque nouveauté. Mais ça ne veut pas dire qu'on n'apprécie pas et qu'on ne savoure pas, et surtout, qu'on ne s'émerveille pas. Tilou sait m'épater et me charmer, encore et encore. Il sait me surprendre et me rendre extrêmement fière. Il est le 2e que j'ai mis au monde, mais il n'arrive pas 2e pour mon amour. Ça, jamais.

Bonne fête mon coco. Ne grandis pas trop vite.

(photo à venir, problème de transmission)

16 juin 2009

Quadrupède prudent

On entend souvent dire que le deuxième enfant d'une famille fait les choses plus rapidement que l'aîné: il marche plus tôt, parle plus tôt, est propre plus vite... Eh bien, ce n'est pas le cas ici. Mon deuxième semble fait dans le même moule que son grand frère, c'est à dire un observateur qui aime prendre son temps. Tilou a marché à quatre pattes vers 10 mois, comme Tithom (qui avait par contre avancé sur ses fesses pendant des mois). Tithom a marché à 15 mois. Tilou a eu 15 mois hier.

Et... rien. Il ne marche pas. Un petit pas de temps en temps, quand il est pris par surprise. Mais c'est tout.

Inquiète? Non, pas du tout. Je vois son progrès, je vois ce qu'il développe et à quel point il analyse et observe chaque détail de chaque truc qu'il voit et touche. Il est prudent. Et il n'est pas pressé.

Moi non-plus. Mais je suis vraiment tannée de me faire dire "quoi, il ne marche pas encore?", en me faisant regarder avec dédain, comme si le fait que mon fils de 15 mois ne marche pas soit causé par de la négligence de ma part. On ne me demande plus "et puis, est-ce qu'il marche?" avec intérêt comme quand il avait 11 ou 12 mois. Au point où il en est, j'ai maintenant droit à de la surprise, du doute et de l'incrédulité. Assaisonné d'un peu de reproches. Comme s'il était le premier à ne pas encore marcher à cet âge!

Je ne suis pas en compétition avec quiconque. Mon fils non-plus. Il n'a rien à prouver aux autres. Mais j'avoue que ça commence à m'énerver de voir tous les bébés plus jeunes autour de nous se mettre à trottiner alors que mon potelé s'obstine à rester sur ses foufounes. J'ai hâte qu'il marche juste pour qu'on arrête de nous emmerder avec ça.

Parce que de toute façon, mon Tilou est tellement grimpeur qu'être bipède ne changera pas grand chose. Je le retrouve déjà sans cesse grimpé sur les tables, les comptoirs, les divans. Si un endroit ne lui est pas accessible, il va chercher une chaise, la pousse au bon endroit, grimpe dessus et atteint son but. Le tout en quelques secondes. Juste le temps que ça me prend pour aller chercher un truc dans une autre pièce.

Quand un bébé se met à marcher, on dit souvent à la maman que "le fun commence!"

Ben moi, le fun, il est déjà commencé!

22 mars 2009

Un-crédule

Quand il est né, j'ai passé un mois à répéter, incrédule: "j'ai un deuxième fils. Moi, Kiwi, j'ai deux enfants. Deux enfants parfaits." Je le regardais et je n'arrivais toujours pas à croire qu'il était là, avec nous. Comme si ça me prenait par surprise, alors que j'avais pourtant eu l'impression d'être enceinte depuis des années. Comme si je ne m'attendais pas à ce que tout ça nous arrive, à nous. Comme si c'était trop beau pour être vrai.

Et pourtant, ça nous arrivait, c'était vrai. Nous étions devenus quatre.

Depuis une semaine, je me répète, incrédule: "il a un an. Mon bébé a un an. Déjà." Comme si ça me surprenait qu'il en soit déjà arrivé là. Comme si j'avais cligné des yeux et qu'il était passé de nouveau-né à petit bambin en un quart de seconde. Comme si je ne croyais pas, non, que mon bébé à moi, mon deuxième enfant, mon petit paquet de coliques et d'anxiété de séparation avait finalement un an.

Et pourtant, le 15 mars, il a bel et bien eu un an.

En un an, il en a fait des choses. Il en a vu, goûté, touché. Il a grandi, il a découvert, il a vécu. Elle a été remplie, cette première année. J'ai surtout parlé de ses foutues coliques (celles qui ont vécu ces 3 mois infernaux comprennent pourquoi je le souligne à chaque fois), mais je n'ai pas souvent parlé du bébé derrière le (petit) monstre qui pleure et qui siphonne l'énergie, la patience et le temps. Et pourtant, c'est lui qui prend toute la place maintenant.

Aujourd'hui, mon Tilou est un bébé enjoué et très attachant. Il a sourire contagieux et des yeux charmeurs. Il a une fossette quand il sourit et des pieds ballounes. Il a encore des grosses cuisses molles comme de la guimauve et des petits cheveux soyeux, mais ses traits s'amincissent et son visage vieillit. Il joue des tours, fait des blagues, cherche à rire et faire rire. Il fait son coquin, en penchant sa tête contre son épaule, feignant de la timidité coquette. Il mange tout ce que je dépose sur sa tablette, sans discrimination. Il ne regarde même pas, en fait. En enfourne tout en quelques secondes et en redemande. On est loin du tannant qui ne voulait rien savoir des purées!

Il se promène partout et veut tout voir. Il monte les escaliers, marche avec appui, grimpe même sur le petit fauteuil de son grand frère pour aller voir cette machine mystérieuse qui fait du liquide brun et chaud sur le comptoir de cuisine. Il dit un semblant de "maman" et "papa" et fait les signes pour encore, terminé et lait (mais de façon sporadique et volontaire). Il a 8 dents et pèse 24 livres.

Il aime les céréales, enlever ses bas, jouer avec son grand frère, allumer et éteindre les lumières, pousser une chaise, jouer avec le balai, vider le tiroir du poêle (au moins 12 fois par jour), boire le lait de maman en lui tirant les cheveux, manger les croquettes du chat, lancer des balles, se promener dans l'écharpe ou le Mei Tai, voir ses amis aux haltes d'allaitement, pitonner sur le téléphone (le vrai, pas le vieux qui ne marche pas que ses parents ont mis dans sa boîte de jouets). Je pourrais continuer longtemps comme ça.

Il déteste se faire changer la couche, aller dans le siège d'auto et se faire habiller. Et il ne veut rien savoir du lait commercial ou du lait de vache.

Du petit bébé colliqueux et demandant, il ne reste plus grand chose. Derrière le monstre pleureur se cachait un bébé d'amour. Il n'était jamais loin, mais souvent très bien camoufflé. Tilou est encore très attaché à moi, mais il peut maintenant tolérer que je sorte de son champs de vision plus que 10 secondes. Il dort bien et digère bien. C'est maintenant le monstre qui reste bien camoufflé. Et c'est tant mieux.

Il est, après un an, un bébé facile. Dur à croire, je sais, mais c'est bien vrai.

Et moi, je suis maman de deux garçons depuis un an. Moi aussi, j'ai changé. Moi aussi, je me suis adaptée et j'ai évolué. Notre famille a changé. En mieux, ça c'est clair.

Il a un an, mon Tilou, mon crapaud-guimauve, mon potelé en sucre, mon tiloulou tout mou. Je suis encore un peu incrédule, mais j'imagine qu'avec le temps, je vais me faire à l'idée.

9 mars 2009

Un an, vraiment?

Dans moins d'une semaine, mon bébé aura un an. Je sais. Ça surprend. Je n'arrive pas encore à me faire à l'idée. J'ai la drôle d'impression qu'il est dans nos vies depuis beaucoup plus longtemps que ça. En même temps, je n'arrive pas à croire qu'il a déjà un an. Un année remplie. Longue par bouts (disons, les 3 premiers mois?). Rapide par d'autres. Surtout rapide.

Je n'ai pas eu le temps de m'asseoir et de contempler ma vie comme je pouvais le faire avec un seul enfant. Je n'ai pas eu le temps de tout analyser, de tout écrire, de tout graver à ma mémoire. J'ai manqué de temps cette dernière année, c'est clair. Les journées filaient à vive allure, les semaines, les mois... et puis maintenant, un an a passé en un clin d'oeil.

Et pourtant, je me rappelle les premières semaines, où, alors que je berçais avec très peu de patience un bébé qui ne voulait rien savoir de rien, je trouvais que le temps passait trop lentement. Terriblement lentement. J'avais tellement hâte que le temps passe, que bébé vieillisse et laisse derrière lui les sacrées coliques et angoisses. J'avais tellement hâte qu'il ait 6 mois, 9 mois, un an, 18 ans. Et puis pouf! Il va avoir un an.

Je regardais les photos et vidéos de la dernière année. Je relisais tous mes billets depuis un an. J'avais presque l'impression de lire un vieille histoire. Je n'avais pas l'impression que tout avait eu lieu il y a quelques mois seulement. Comme si le fait d'avoir été si débordée depuis m'avait fait un peu oublier au fur et à mesure. Comme si en réalité, il s'était écoulé 3, 4 ans...

Je savais qu'avec le placenta partaient la mémoire, la patience et la confiance en nos capacités parentales. Mais j'ignorais que partait aussi notre notion du temps.

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Je serai une blogueuse indigne, moi aussi, ce soir. En espérant arriver à vaincre ma timidité pour aborder d'autres mamans blogueuses que j'admire!

26 février 2009

S'il avait été le premier

Si Tilou avait été enfant unique...
Il aurait probablement moins pleuré.
Il ne se ferait pas enlever ses jouets à chaque minute.
Il ne se ferait pas pincer, taper, pousser, étrangler.
Il n'aurait pas à attendre son tour.
Il n'aurait pas à partager, même lorsqu'il n'a pas envie de partager.
Il serait peut-être un bébé totalement différent.

Si Tilou avait été enfant unique...
Il aurait aussi sûrement moins ri.
Son grand frère ne serait pas là pour lui faire des coucous, des guili-guilis et des grimaces.
Tilou serait seul pour jouer aux blocs.
Personne ne l'aiderait à mettre les balles dans son éléphant.
Il n'aurait pas de grand tannant à admirer et à imiter.
Il recevrait moins de calins dans une journée, puisqu'au moins la moitié de ceux-ci viennent de Tithom.
Il serait un bébé complètement différent.

Si Tilou avait été enfant unique...
Mon ventre serait peut-être un peu moins flasque. Ou peut-être pas.
Je serais peut-être pressée de le sevrer car pressée de retomber enceinte.
Je trouverais ma maison encore un peu grande.
Je n'aurais pas le dos en compote à force d'avoir un gros potelé dans les bras.
J'aurais encore un peu de temps pour moi.
Je ne connaîtrais pas encore les phrases "laisse ton petit frère tranquille!" et "Tithom, on ne grimpe pas sur son petit frère."
Je serais un peu moins calme, puisque l'expérience m'a donné confiance.
Je rirais moi aussi probablement moins.
Je serais une maman totalement différente.

Je ne saurai jamais ce que Tilou aurait été, s'il était venu en premier.
Tout ce que je sais, c'est que ma famille, telle qu'elle est aujourd'hui, est telle que je l'avais imaginée il y a des années, alors que j'attendais encore la venue de la cigogne.
Je ne voudrais pas que ça change, pour rien au monde.

20 décembre 2008

Il a 9 mois

Je ne parle pas souvent de Tilou. Et pourtant, je l'aime tellement mon bébé. Je m'étais souvent demandé comment je pourrais aimer DEUX enfants alors que mon coeur semblait occupé en entier par Tithom et Hom. Ça s'est fait tout seul. Tilou est arrivé et boum, mon coeur a pris de l'expansion. Comme ça, en une fraction de seconde, il a fait de la place pour mon deuxième fils.

Il ne se passe pas une journée où je ne lui dis pas qu'il est beau, que je l'aime. Il ne se passe pas une journée où je ne lui donne pas minimum 500 bisous (surtout sur ses joues rondes si douces). Il ne se passe pas une journée où je n'ai pas, pour un moment, la gorge serrée en regardant mes deux garçons, me disant que je suis tellement chanceuse, que c'est incroyable d'avoir deux aussi beau garçons en santé dans ma vie.

Le temps passe tellement vite quand on est maman. Et quand on est maman de deux, il passe malheureusement deux fois plus vite.

Tilou a déjà 9 mois. Il a déjà passé autant de temps dans mes bras qu'il en a passé dans mon ventre. Et il a terriblement changé en 9 mois.

De 9 livres et 12 onces à la naissance, il est passé à 23 livres et des poussières. De 21 pouces, il est passé à près de 30 pouces. Il a 5 dents (deux en haut et 3 en bas). Il est toujours allaité, mais mange très bien ses purées (et un peu de morceaux) depuis quelques semaines. Il mange de tout avec énormément d'appétit. Long à partir, mais une fois lancé, rien ne peut l'arrêter.

Il est tellement différent de son grand frère. Alors que Tithom était très moteur, Tilou semble surtout observateur. Il regarde tout avec intensité et concentration. On entend presque les rouages de son cerveau enregistrer chaque petit détail tellement son regard semble tout analyser. Il observe chaque objet qu'il tient sous tous ses angles. Il adore toutes les activités manuelles et sensorielles. Il passerait des heures à froisser du papier entre ses doigts potelés! Comme il passe tout son temps à observer, il ne se déplace pas encore. En fait, oui, il se déplace. Mais j'ignore encore comment! Il bouge énormément: assis, couché, sur le dos, sur le ventre, on se rasseoit, on se recouche, on s'étire, on tourne... il finit par faire du chemin en se tortillant comme ça. Pourtant, il ne semble pas manquer grand chose pour passer à la marche à 4 pattes. Ça ne semble tout simplement pas l'intéresser. J'ai demandé à Tithom de lui apprendre sa technique des fesses, mais ça ne l'impressionne pas non-plus. Nous avons depuis un bout de temps descendu son matelas de bassinette puisque je le retrouve souvent assis après sa sieste.

Tilou dort de belles nuits et fait une grosse sieste par jour, quand je suis chanceuse. Sinon, il dort quelques 15 minutes par ci, par là. Il est encore un grand téteux, ce qui fait encore mon bonheur. Il a toujours été facile à allaiter et j'adore toujours autant quand il se blottit contre moi et qu'il s'abandonne, les yeux à moitié fermés, sa main posée sur ma gorge.

Il est très rieur et souriant. Même s'il est encore intense et que nous ne sommes pas tout à fait sortis de l'anxiété de séparation, il est un bébé jovial et charmeur. Tout le fait rire, surtout son grand frère qu'il adore observer. C'est son divertissement favori! Il applaudit très souvent, tout le réjouit. Il fait aussi des bye-bye, surtout lorsqu'il se voit dans le miroir. Il fait beaucoup de vocalises et de dadadada, dedede, ppppe, ddde, tttte!

Il est encore très attaché à moi. Son endroit préféré reste nos bras, où il passerait ses journées. Contrairement à son grand frère, l'exerciseur, la chaise vibrante et la balançoire ont à peine servi. C'est un bébé colleux et, bien que ce soit parfois envahissant, je sais maintenant en profiter puisque je sais que ça finit hélas par passer (je le vis avec mon plus grand qui n'est plus colleux du tout).

La vie à quatre est belle. Ça nous aura pris plusieurs mois d'adaptation. Plusieurs mois difficiles, où Tilou pleurait beaucoup, où je courais après ma queue et où je me demandais sérieusement si j'allais un jour prendre le dessus. Mais nous y sommes. La routine est établie, nous avons appris de nos expériences. Nous sommes bien. Je ne pourrais pas dire que c'est facile, mais je n'ai plus l'impression de ne pas y arriver. J'y arrive, et quand même bien, si j'ose dire. Je suis loin d'être parfaite, mais je suis fière de la maman que je suis aujourd'hui.

Mon gros bébé, ma guimauve, ma boulette d'amour, mon Tiloulou à moi a 9 mois. Et dire que le plus beau reste à venir!

Photobucket

19 juin 2008

En un an

Il y a un an, Tilou avait l'air à peu près de ça:



Aujourd'hui, il a l'air de ça:



Difficile à croire qu'en une année seulement, quelques petites cellules se sont transformées en un petit être humain qui vit, bouge, rigole et bave.

Incroyable phénomène, l'évolution.

16 mai 2008

Il a deux mois

Je pourrais dire enfin... ou déjà... Ça a passé vite, et en même temps, j'ai l'impression d'avoir accouché il y a si longtemps. Les semaines passent vite, mais les soirées sont souvent longues.

Mon Tilou a eu deux mois hier. Deux mois à être 4, c'est fou! Tithom aime toujours autant son petit frère. Il passe son temps à lui donner des bisous, à lui faire des calins (il serre de moins en moins fort, c'est bon), il lui apporte des jouets (la plupart du temps sur la tête), il adore placer son doigt dans la main de Tilou, c'est très drôle. Il crie "heeeey!" quand Tilou ferme le poing sur son doigt. Il lui prend les mains et le fait applaudir. Il lui brosse les cheveux et fait des pets sur sa bedaine dans le bain.

Ombre au tableau: Tilou fait des coliques le soir depuis plusieurs semaines. Pratiquement à tous les soirs. Ça semble un peu se placer cette semaine. Il prend encore des heures à s'endormir le soir, mais il pleure beaucoup moins. On doit le promener et le tenir sur le ventre, sinon il se plaint, mais autrement, il est calme. Je dois avouer que nous trouvons ça difficile par bouts, les coliques. Entendre pleurer son bébé à s'en fendre l'âme pendant des heures, ça peut rendre fou. J'ai vraiment l'impression que des trous se sont formés dans ma cervelle à chaque fois que Tilou poussait un cri. D'autant plus que nous avons le dos et les épaules en compote de le prendre autant. Je sais que c'est un bout rough à passer. J'ai hâte qu'il passe.

Ayant conclu que ses coliques semblaient être causées par mon allaitement (trop fort réflexe d'éjection, entre autres), j'ai changé un peu ma façon de lui donner le sein. Et je commence à voir une différence, je dois donc être sur la bonne piste.

Deux mois à entendre ton bébé pleurer, à ne pas arriver à l'endormir, à l'avoir constament dans les bras, même la nuit en dormant, c'est long.

Heureusement, depuis deux semaines, il dort mieux la nuit. Plutôt que de dormir dans nos bras, il dort entre nous, sur le bedon. Ce n'est pas l'idéal, mais comme on dit "whatever works". Quand les deux parents sont épuisés à force d'user le tapis en faisant les 100 pas, tentant d'endormir un bébé qui se réveillera à toutes les 3 heures durant la nuit de toute façon, on prend ce qui vient. J'aurais préféré qu'il dorme sur le dos, dans son berceau, près de notre lit, mais bon, on ne peut tout avoir. Et je ne dois pas me plaindre, car depuis samedi, depuis la nuit de la fête des mères en fait, Tilou fait ses nuits. Bon, je sais que rien n'est garanti, surtout chez un si petit bébé, mais j'avoue que ça fait du bien de dormir des 7-8 heures en ligne depuis une semaine.

Mis à part ses caprices de sommeil, Tilou est un amour. Il sourit beaucoup, est éveillé, commence à interragir avec son environnement, à réagir aux jouets et aux paroles. Il est costaud: il y a une semaine, il pesait 17 livres. Il tient sa tête, pousse fort avec ses jambes. Il a des joues à croquer et des petits cheveux fous qui parfois me donnent un petit espoir (faux?) d'avoir peut-être un jour un petit bouclé comme moi.

La vie à 4 n'est pas tous les jours faciles. Il y a eu deux semaines en particulier où j'ai même trouvé que ce ne l'était jamais. Je pleurais quand Tilou pleurait, je me sentais coupable de ne pas passer assez de temps avec Tithom, je n'arrivais plus à "tenir maison", j'étais épuisée. Mentalement et physiquement. Mais la fatigue physique, c'est la partie facile. Ça se reprend, du sommeil. La fatigue mentale, faut prendre une pause. Mais quand on est maman, on ne peut pas prendre de pause. Faut prendre soin de soi, mais le temps nous manque.

À Tithom, j'avais pris le temps d'écrire un billet le 28 de chaque mois, en prenant une photo de lui avec son mouton. Pour Tilou, je n'ai malheureusement pas ce temps, en tout cas, pas pour le moment. Mais j'ai quand même pris une photo à chaque 15 du mois, avec sa giraffe.

À défaut d'écrire plus souvent, voici sa photo de deux mois:



Et une de son sourire, parce qu'il me fait craquer:

22 avril 2008

Pas eu le temps

Ayant toujours les bras pleins (et loin de moi l'idée de me plaindre!), je n'arrive plus à trouver le temps pour pianoter sur mon clavier. Écrire me manque, ça me démange, mais je n'y peux rien, mon fils aime écouter mon coeur de près. Et comme j'aime enfouir mon nez dans les multiples plis de son cou, ça m'arrange.

En plus, je sais pas si vous aviez remarqué, mais y fa' beau dehors, alors l'ordi, il est loin dans la liste des priorités ici.

Un mois est passé déjà depuis la naissance de Tilou. Un mois! Comme il a changé en un mois! Comme nos vies ont changé! Mais, bizarrement, j'ai parfois aussi l'impression que ça a toujours été comme ça. Ai-je déjà oublié ce que c'était, la vie à 3? Peut-être pas encore. Mais ça viendra.

Tilou, lui, est à chaque jour plus rond et plus beau. Me croiriez-vous si je vous disais qu'il a pris 5 livres en un mois? Que voulez-vous, maman fait du cristi de bon lait!

Un mois... je n'ai pas eu le temps de vous raconter mon séjour à l'hôpital, où j'ai eu le bonheur (ahem!) de partager ma chambre avec un couple impoli et imbécile pendant 2 longs jours. Vous savez, le genre de couple qui, parce qu'eux ont dormi la nuit, oublient que certaines nouvelles mamans (moi!) ont accouché pendant ce temps et aimeraient bien dormir le jour pour récupérer, plutôt que d'écouter leur récit d'accouchement 72 fois alors que madame appelle tous ceux qu'elle connaît. Vous savez, le genre de couple qui vous demande, vers 5h du matin, alors que ça fait plusieurs heures que vous essayez d'endormir votre fils sans vous-même perdre connaissance, si vous pensez que votre "bébé va bientôt dormir, parce nous aimerions dormir parce qu'on part demain matin pour la maison." Si quelqu'un comprend la logique derrière tout ça qui pourrait excuser l'effronterie, s'il-vous-plaît, faites-m'en part. Mais je n'ai pas le temps de tout vous raconter, ce serait bien trop long et ennuyeux, en fait.

Pas eu le temps non-plus de vous parler de Tithom et des tonnes de bisous qu'il donne quotidiennement à son petit frère, de tous les petits trucs craquants qu'il fait à chaque jour. Il est tellement grand et espiègle, je n'arrive pas à croire qu'il puisse m'étonner encore autant à chaque jour. Quel beau et bon grand frère il fait!

Pas eu le temps de parler de plusieurs articles sur l'infertilité qui ont paru dernièrement, dont un cahier spécial dans La P resse qui m'a fait grincer des dents. Je n'ai presque plus le temps de grimper dans les rideaux et de me battre pour la cause qui me tient à coeur. Mais j'y reviendrai, c'est certain.

Pas eu le temps de commenter la lettre que le gouvernement m'a envoyé pour me féliciter de recevoir de leur congé de maternité. Une belle phrase: En encourageant l'épanouissement des familles, le gouvernement vise à favoriser l'avenir du Québec. En effet, les enfants constituent une richesse personnelle et collective à laquelle vous contribuez et nous vous en félicitons. À laquelle je réponds: Merci, mais ce n'est certainement pas grâce à votre aide.

Pas eu le temps de parler de la vie à 4, de nos projets, des couches pleines, de l'allaitement, de nos attentes, de nos familles, de notre nouvelle vie. Pas eu le temps de tout mémoriser, de tout coucher sur papier (ou clavier) pour ne rien oublier. Pas eu le temps d'en parler, mais j'ai bien pris le temps de savourer chaque seconde. Et ça continue!

29 mars 2008

J'avais oublié

J'avais oublié comment tenir un nouveau-né.
J'avais oublié comment lui mettre un pyjama.
J'avais oublié que les journées passent si vite lorsqu'elles sont remplies de boires, de couches et de siestes.
J'avais oublié ce que c'était de ne pas être enceinte.
J'avais oublié que j'avais des chevilles.
J'avais oublié qu'il y avait plus qu'une position pour dormir.
J'avais oublié ce que c'était d'allaiter un bébé tout mou pas de dent.
J'avais oublié à quel point un peu de fond de teint et de mascara peuvent camoufler un manque de sommeil.
J'avais oublié la douceur des petits cheveux frais lavés, des joues pleines de lait, des petits poings serrés.
J'avais oublié à quel point ma cage thoracique était élastique, pour faire de la place à mon coeur grandissant.
J'avais oublié que prendre ma douche et me coiffer serait un luxe.
J'avais oublié la sensation de se faire régurgiter dans la craque de seins.
J'avais oublié que les bébés ont un sixième sens qui les réveille dès que notre repas est servi.
J'avais oublié les petits boutons sur les joues, le nombril, les fesses rouges.
J'avais oublié le mal de dos.
J'avais oublié la fatigue.
J'avais oublié la tonne de lavage.
J'avais oublié le manque de temps.

Mais je n'avais pas oublié l'immense bonheur de tenir une petite boule chaude dans ses bras et de le regarder, les larmes aux yeux, en se disant "c'est mon garçon."

19 mars 2008

Longue histoire courte

Mardi le 11 mars, mon médecin me disait, encore une fois, qu’aucun travail n’était fait. Comme j’avais dépassé ma date prévue d’accouchement, il me donnait rendez-vous la semaine suivante pour parler induction. Si le bébé ne voulait pas sortir de lui-même, nous allions devoir l’aider.

J’étais déçue, c’est certain, de devoir passer par l’induction. Mais je m’étais faite à l’idée et je restais zen. J’allais voir mon fils d’ici une semaine.

Jeudi, dans l’après-midi, je vais à la toilette et je suis surprise de découvrir un peu de bouchon muqueux sur le papier. Eh bien, on dirait que mon col travaille. Je sais que la perte du bouchon en soi ne veut pas dire grand chose, mais je suis quand même contente de savoir que mon col a décidé de se préparer un peu. Ce qui se fait tout seul n’aura pas à être fait le jour de l’induction, après tout.

Vendredi, je perds plusieurs autres morceaux de bouchons. Les contractions que j’ai depuis la 18e semaine de grossesse et qui ne servent à rien changent un peu. D’un simple serrement de ventre, elles sont maintenant accompagnées d’une lourdeur un peu inconfortable. Rien de douloureux et surtout pas régulier, mais je m’en réjouis quand même.

Mon chum avait pris congé pour deux jours de la semaine suivante, espérant se reposer avant l’induction. Il est entré plus tôt vendredi. Il va faire une petite épicerie et apporte à souper. Nous mangeons en famille, ignorant que ce sera notre dernier repas à 3. J’ai des contractions plus fréquemment, mais encore de façon très irrégulière. Je prends un bain avec Tithom et elles semblent arrêter. Nous couchons Tithom pour la nuit et descendons regarder un peu de télévision. Mes contractions se font plus fréquentes, entre 12 et 6 minutes d’intervale, mais diminuent lorsque je me couche sur le côté gauche.

Je vais au lit vers 22h. Je dors sur le côté gauche, me faisant réveiller de temps en temps par une contraction. Elles sont un peu plus douloureuses, mais je les contrôle en respirant, à moitié endormie, et je me rendors entre chacune. Puis, graduellement, je me rends compte que j’ai de moins en moins le temps de me rendormir entre mes contractions. Je réveille Hom et lui demande de calculer. Il est 1h du matin. Mes contractions sont aux 4 minutes. Après 20 minutes sans changement, je me fais couler un bain chaud. C’est très difficile de supporter les contractions dans une position semi-assise dans le bain, mais j’y reste quelque temps. Elles passent à 3 minutes, puis rapidement à 2 minutes. Elles durent une minute et deviennent de plus en plus douloureuses. J’essaie autant que possible de bien respirer, mais c’est de plus en plus difficile. Je sens que ça pousse et je vais à la selle plusieurs fois. Hom appelle la maternité de l’hôpital. La dame veut me parler. Elle me dit que comme ç’a été long pour mon premier et que je n’avais aucun travail de fait mardi, je suis probablement mieux de faire encore une heure chez nous, plutôt qu’à l’hôpital. J’accepte, un peu à reculons. Je ne me vois pas endurer tout ça encore une heure, mais je comprends que ça ne donnerait rien de plus de le faire à l’hôpital.

Quinze minutes plus tard, j’ai changé d’idée. Je n’en peux vraiment plus. C’est insuportable, je ne peux pas croire que ça va durer encore des heures comme ça. Hom appelle mon père et sa conjointe, qui viendront garder Tithom chez nous. Nous prenons une dernière photo du bedon et je m’habille pendant que Hom termine la valise. À chaque contraction, nous devons tout arrêter. Je me pends au cou de mon chum, je souffle, je souffre. La seule façon pour moi de supporter les contractions est au cou de mon amoureux, sur la pointe des pieds, les jambes bien tendues, tous les muscles contractés en même temps.

Mon père et sa conjointe arrivent. Nous partons, après nous être arrêtés 3 fois entre la chambre et la porte d’auto parce que j’avais des contractions. Les conditions sont laides, la route est glissante. Heureusement, elle est aussi déserte. Hom roule prudemment, mais ne fait qu’un arrêt aux lumières rouges. Mes contractions deviennent rapidement horriblement douloureuses. Ça pousse, ça fait très mal dans mes jambes et comme je suis assise, je n’ai aucune façon de faire passer le mal autrement qu’en criant, en tirant sur la poignée au-dessus de la porte. Je m’y pends à chaque contraction, je me perds dans la douleur, je n’arrive plus à respirer. Quelque chose a changé, ça ne peut pas être aussi douloureux et ne pas être imminent. Mais en même temps, je me dis que je dois être autour de 4 ou 5 cm, puisque je n’ai pas crevé mes eaux. C’est pour moi inconcevable d’être plus avancée en si peu de temps et surtout, d’imaginer vivre tout ça encore des heures. Si ça me fait aussi mal là, qu'est-ce que ce sera quand j'aurai crevé mes eaux? À chaque contraction, une seule idée vient innonder mon esprit: la péridurale. Je la veux, je veux être libérée, je veux reprendre le dessus. Je me fous de mes beaux principes, je veux arrêter de souffrir. Je ne peux imaginer ce que seront mes contractions une fois les eaux crevées. Je n'ai plus le contrôle et je veux le reprendre.

Le chemin me paraît très long. Chaque bosse dans la route me fait très mal. J’ai l’impression que mon ventre bouge comme s’il était rempli d’eau. Nous arrivons finalement à l’hôpital. Je regarde l’horloge de la voiture une dernière fois. Il est 3h05 du matin. Nous sortons de la voiture, j’ai une contraction. Nous marchons vers l’entrée, nous arrêtant à chaque contraction. Il fait très froid, mais ça me fait du bien. L’entrée est barrée, nous devons entrer par l’avant de l’hôpital. Une bonne marche au froid, entrecoupée de contractions de plus en plus douloureuses et rapprochées.

En entrant dans l’hôpital, le gardien de sécurité m’offre une chaise roulante, que je refuse entre deux respirations. Je veux rester debout, c’est la seule façon que j’ai de passer les contractions sans hurler. Un gentil monsieur tient la porte de l’ascenceur ouverte pour nous, mais Hom lui dit de ne pas nous attendre car ça risque d’être long. Après ce qui me semble une éternité, nous arrivons à la maternité. Il n’y a personne au triage. La panique commence à me gagner. Mes contractions sont collées, douloureuses et je sens une énorme pression dans mon bassin, qui m’élance dans les jambes.

Une infirmière me dirige vers un des lits du triage et me demande de me déshabiller pour mettre la chemise d’hôpital. Les contractions m’empêchent de focusser, ce qui rend l’infirmière impatiente. Elle me force à me coucher. Je m’accroche au manteau de Hom. Il me dit de bien respirer, de faire mes fut-fut-fut pour ne pas pousser. L’infirmière m’examine et me dit “vous êtes complète.” Je m’écris “hein?!” Elle dit à une autre infirmière d’appeler le médecin, que je dois être transférée immédiatement en salle d’accouchement car je suis complète, mes membranes ne sont pas rupturées et bébé est encore haut. Elle me répète que je suis complète, je répète “hein?!” Dans ma tête, c’était pour moi impossible d’être rendue si loin, si vite, sans même avoir crevé mes eaux.

On me transfert sur une chaise roulante, ce qui me fait crier de douleur. On me dit que je ne dois pas rester debout et que je ne dois surtout pas pousser. Mon chum me dit doucement de bien respirer, que nous allons avoir un bébé très bientôt. Je n’y crois pas. Je suis dans une bulle, dans la brume, trop d’idées se bousculent dans ma tête.

On m’installe sur le lit. À chaque contraction, je tire le chandail de Hom, je m’accroche à ses bras, son cou, je veux qu’il me tienne. Le médecin arrive et romp mes membranes. Je sens le liquide chaud couler entre mes jambes. Ça y est, c’est le point de non-retour. C’est vraiment vrai, je vais accoucher là, maintenant. Il me dit de pousser dès que je sens que ça pousse. Ça me prend quelques secondes pour retrouver mes esprits et me concentrer. Mes pensées se contredisent. Je veux pousser pour me libérer, mais je ne veux pas pousser car j’ai peur. Je pousse de toutes mes forces, malgré la douleur. J’entends “la tête est là, continue!” Je pousse encore. Ça brûle, mais c’est beaucoup moins insuportable que les contractions. Une autre poussée. Hom me dit qu’on en est maintenant aux épaules. Une poussée. Un cri. Encore une autre poussée et je sens le corps de mon bébé sortir du mien et glisser entre mes jambes. Le mot délivrance n’aura jamais eu autant de signification qu’à ce moment-là.

On dépose sur moi un bébé tout rond, qui ouvre ses yeux vers moi. Il est beau, il est là, dans mes bras, déjà. Mon fils est né le 15 mars 2008, à 3h47 du matin. Je regarde Hom, incrédule. Déjà? C’est déjà fini? Je n’arrive pas à croire que tout s’est déroulé si rapidement et, malgré la douleur, si bien. Au fait, j’ai déjà oublié la douleur. Le bonheur immense, l’incroyable sentiment de puissance et de force ressenti au moment de la naissance de Tipépin ont déjà tout effacé.

Je tiens toujours mon bébé dans mes bras. Les infirmières l’essuient, il me regarde. Je délivre le placenta, puis le médecin me pique et me recouds car j’ai déchiré un peu. Je n’ai d’yeux que pour mon fils et pour mon chum, que je remercie d’avoir été si patient avec moi. Je me sens en pleine forme, je n’ai pas l’impression de venir d’accoucher. Je suis si heureuse, si sereine. Mon bébé est en pleine santé, il est tout rond et beau comme son grand frère.

Comme nous sommes tous curieux, une infirmière le pèse finalement. Il pèse 9 livres et 12 onces (4,4 kilos), mesure 54 cm et son tour de tête est de 37 cm. Je n’arrive pas à croire qu’un si gros bébé soit sorti de mon corps aussi rapidement!

Je le mets au sein très rapidement et il le prend comme un pro. Qu’il est beau! Que je me sens bien!

On me transfert à ma chambre quelque temps après. Je suis impressionnée de pouvoir me lever et marcher aussi aisément. Je ne ressens aucune douleur, seulement un peu de fatigue, vivement combattue par l’adrénaline.

Au cours de la première journée, je dois avoir dit 200 fois à Hom que je n’y crois pas, que ça ne se peut pas avoir accouché aussi rapidement, que ça avait été si long pour Tithom... J’ai l’impression de rêver et pourtant, il est bien là, dans le creux de mon bras, mon petit garçon.