LES PÉPINS DE KIWI


Réflexions douces-amères d'une infertile maintenant maman.

5 mars 2007

Notre belle histoire prend fin

J'avais longtemps rêvé de la grossesse, mais je n'avais jamais osé rêver de l'allaitement. Quand je l'ai vécu, je ne pouvais même pas dire que c'était un rêve devenu réalité, même si c'était tout comme. L'allaitement était pour moi une continuation de la grossesse, qui en soi était, pour moi, un miracle.

Les premiers jours, à l'hôpital, tout allait bien. Bébé buvait les poings fermés, collé contre mon ventre. Il s'abandonnait complètement et j'étais émerveillée de le regarder se remplir le ventre de mon lait. MON lait.

De retour à la maison, les choses se sont corsées. Tithom refusait le sein, ça coulait bien trop vite et fort! Mon coeur se brisait quand je voyais mon fils refuser mon sein. Je tirais mon lait et son papa lui donnait à la seringue. J'étais découragée, déprimée, je lui en voulais presque de ne pas téter. Et je me sentais coupable de lui en vouloir. Trop d'hormones, de fatigue, de pleurs en même temps. J'étais amère, mais déterminée malgré tout. Abandonner ne fait pas partie de ma nature. J'ai été persévérante et j'ai bien fait. Tithom a repris le sein et tout s'est replacé.

On dit que les 6 premières semaines sont difficiles, mais qu'après, tout se place. Et c'était vrai pour nous aussi. Nous avons eu plein de belles petites habitudes, qui ont évolué au rhytme de l'allaitement. Alors qu'au début, je n'arrivais à allaiter que coucher, j'ai vite développé une routine avec le coussin d'allaitement. Dans les premiers mois, j'arrivais même à lire ou à faire un Sudoku pendant un boire!

Tithom s'endormait presque toujours au sein. Je le prenais, saoul de mon lait, le plaçais la joue contre mon épaule pour lui faire faire un rot. Il ronflait, bien repus, les cheveux tout ébourriffés. Il plaçait sa petite main bien au chaud dans ma craque de seins, ou il tenait fermement mon chandail. Cette craque de seins, d'ailleurs, a servi plus souvent qu'à son tour de réceptacle à lait régurgité. Dégueulasse, mais on finit par s'habituer à ça aussi!

Plus Tithom vieillissait, plus notre routine se stabilisait. Il buvait à des heures régulières. Chaque boire durait 15 minutes en tout. Il faisait ses nuits. Il jouait avec mes cheveux, mon dos, mon bras, mon chandail. Il me regardait, rigolait, me souriait avec le sein en bouche.

Puis, il est aussi devenu moins doux, tirait mes cheveux, entrait ses doigts dans mon nez, ma bouche, tirait ma babine, griffait ma joue, me mordait. Allaiter n'était plus un petit moment de détente, de tendresse comme avant. C'était parfois même un bataille. Bébé voulait bouger, voir le monde et n'était pas assez patient pour tenir en place, collé contre maman, même si ça lui donnait du lait.

Le sevrage a été difficile à amorcer, mais une fois les deux premiers boires coupés, le reste a suivi facilement. J'ai gardé le dernier boire, celui du matin, plusieurs mois, n'étant pas prête à faire la coupure définitive.

Hier matin, notre belle histoire a pris fin. J'ai allaité mon fils pour la dernière fois, le coeur serré, mais la tête fière. J'avais les yeux pleins d'eau, le coeur gros et je lui ai caressé les cheveux pendant qu'il buvait de mon lait pour la dernière fois.

Au départ, je disais que je voulais allaiter 3 mois, idéalement 6. Puis, je disais 6 mois... 9 mois ce serait bien, 12 mois ce serait merveilleux, mais je n'y crois pas. Aujourd'hui, je regarde en arrière pour pouvoir conclure tout ça avec fierté. Six mois d'allaitement exclusif, puis 3 autres mois à temps plein avant d'introduire le lait artificiel et faire un allaitement mixte de 9 à 13 mois. Je suis fière de ce que j'ai donné, de ce que nous avons vécu. Je garde précieusement tous les beaux souvenirs d'allaitement que j'ai avec Tithom dans mon coeur. Ce coeur, il a mal aujourd'hui, mais je sais que ça passera.

Allaiter me manquera. J'ose espérer pouvoir revivre une autre belle histoire comme celle-là avec un deuxième bébé. Mais ce ne sera jamais plus avec Tithom.


Le dernier boire...

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Écrit par kiwi :: 1:14 PM :: 14 pelure(s)

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3 mars 2007

Il n'en reste qu'un

J'y ai pensé souvent, longtemps, sans jamais être capable de faire le grand saut. J'ai revu toutes les raisons, j'ai évalué toutes les possibilités. J'ai pesé le pour, le contre, le moi, le lui. J'ai finalement décidé de me fixer une date précise, sans quoi je n'y arriverais jamais. Cette date, c'est demain.

Demain, je donnerai le sein à mon fils pour la dernière fois. Cette fois c'est vrai. Mon allaitement prendra fin demain matin, après 13 mois.

Mon coeur de maman a mal. Je suis persuadée que cette belle relation, ce moment quotidien si doux me manquera bien plus qu'à mon fils. Il adore le biberon et le lait de vache. Je suis certaine qu'il aura bien moins de difficulté à passer à autre chose que moi. Tant mieux, car je trouverais ça encore plus déchirant si le sevrage lui était difficile.

Après tant de boires, tant de lait, tant d'amour qui coulait directement de mon coeur à son ventre, la séparation sera difficile, mais je trouverai bien vite la paix. Mon fils grandit en beauté, en santé, et je peux être fière des 13 mois que je lui ai donnés.

Après 13 mois, il ne nous reste qu'un boire. Cette aventure prend fin, une autre débutera sous peu.

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Écrit par kiwi :: 9:09 PM :: 6 pelure(s)

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21 février 2007

Un cas sur un

J'ai souvent commencé un billet sur ce sujet, mais je les ai tous effacés. Jamais je ne trouvais les bons mots, car c'est un sujet délicat. Quand on parle de maternité en général, on doit souvent porter de gants blancs. Quand on est maman, nos choix sont souvent remis en question. Parfois, c'est de façon directe par un médecin ou une infirmière, parfois c'est d'une façon détournée par un commentaire déplacé d'une grand-mère. Quand on touche à tout ça pour la première fois, c'est facile de perdre un peu confiance en nos compétences et en notre jugement. Quand quelque chose ne va pas comme on l'aurait voulu, ou se demande souvent si on a pris la bonne décision, si on a ce qu'ilf aut, si on est à la hauteur. On doit apprendre à se faire confiance, à suivre ce fameux instinct et à assumer nos choix.

Je ne suis pas du genre insécure. Je ne suis pas du genre à me remettre en question. Malgré tout, je me suis quelques fois demandé si je faisais le bon choix, si je faisis les choses de la "bonne" façon.

Je suis maintenant persuadée que les choix que je fais, les décisions que je prends, je les prends au meilleur de mes connaissances et pour le mieux être de ma famille, de mon fils. Je me renseigne beaucoup, je pose beaucoup de questions, je regarde tous les côtés d'une situation, j'aime faire des choix éclairés. Je sais que ce que je décide, c'est ce qu'il y a de mieux pour NOUS. Je prends les décisions pour nous, pas pour la société, ni pour les apparences.

Je sais aussi que bien des décisions que je prends, d'autres mamans ne les auraient pas prises. Chaque maman a sa façon de faire et je ne crois pas qu'il y a une seule "bonne" façon. Je ne justifie pas chaque chose que je fais, mais je trouve vraiment énervant quand d'autres mamans sentent le besoin de le faire. J'ai pour mon dire que lorsqu'on se justifie sans raison, c'est qu'on n'est peut-être pas aussi en paix avec sa propre décision qu'on le croit.

Je suis pro-allaitement. Je ne l'ai jamais caché. Je sais aussi que bien des femmes n'ayant pas allaité se sentent souvent persécutées par les allaiteuses, comme si nous étions une secte et que notre mission était de se faire sentir coupable chaque maman n'ayant pas allaité. C'est le cas de certaines femmes, j'en conviens, mais pas de toutes. Je suis plutôt vivre et laisser vivre. Je n'ai aucun problème avec les mamans biberonneuses, tant qu'elles ne viennent pas me servir l'argument le plus insignifiant qui soit: mon enfant n'a pas été allaité et il est en parfaite santé/n'a pas d'allergie/est intelligent/n'a jamais la gastro/etc.

Pouquoi est-ce insignifiant? Depuis quand une étude de un seul cas est-elle valable? Nommez-moi une étude scientifique, qui prouve quelque chose, qui est basée sur un seul cas. Ça n'existe pas, on le sait tous. Alors pourquoi tant de gens donnent comme argument, comme point PROUVANT que leur décision est bonne, leur étude maison de "un cas sur un"? Comme si, étant donné que LEUR enfant est correct, ça PROUVE que les études proclamant la supériorité du lait maternel sont fausses. Comme si après avoir fait leur propre étude maison sur un seul cobbaye, c'était assez de fait pour tirer une conclusion satisfaisante.

Si on se fiait à cette façon de penser, je pourrais prouver que tous les bébés blonds ont les yeux bleus, que toutes les femmes infertiles tomberont enceintes avec du Femara après 33 mois d'essais, que toutes les femmes qui ont deux frères ont aussi un chat... mon point est clair...?

Est-il nécessaire d'expliquer comment fonctionne une étude? Qu'on prend des milliers de cas, qu'on les compile et compare, que sur ces milliers de cas, on se rend compte qu'il y a plus d'allergies (un exemple) chez les bébés non allaités... mais qu'ils ne sont pas tous allergiques, et qu'il y en a aussi chez les bébés allaités, seulement moins. C'est ce qu'on appelle des risques, un porucentage. Ça ne veut pas dire que si tu n'allaites pas ton enfant, il sera allergique. Seulement qu'il a plus de chances.

Bien sûr, donner du lait artificiel ne tue pas. Bien sûr que les bébés non allaités seront en santé, pour la grande majorité. Mais pouvez-vous une fois pour toute arrêter de justifier votre choix en crachant sur les faits et études?

Les études le prouvent, encore et encore, fait par-dessus fait, que le lait maternel est supérieur, sur plusieurs niveaux. On le sait toutes. Assumons nos choix, quels qu'ils soient et arrêtons de donner des excuses bidons et des arguments vides de sens. Ça ne fait qu'agrandir le fossé entre les "deux camps" et ça ne fait que continuer à propager la mésinformation et les mythes.

A-t-on vraiment besoin de se remettre autant en question?


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N.B. J'utilise l'allaitement comme exemple dans ce billet, mais ça s'applique aussi sur d'autres décisions importantes qu'on doit faire en tant que maman, comme l'intro des solides (mon fils a mangé des céréales à 3 semaines et il est en parfaite santé), les allergies (ma fille a mangé des arachides à 9 mois et n'est pas alelrgique) ou le dodo sur le dos (mon fils a toujours dormi sur le ventre et il n'est pas mort). Ça peut même s'étendre à d'autres sujets, comme le tabagisme (j'ai fûmé toute ma vie et je n'ai pas le cancer) ou l'alcool au volant (j'ai souvent conduit saoul et je n'ai jamais eu d'accident).

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Écrit par kiwi :: 8:56 PM :: 8 pelure(s)

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19 février 2007

La bonne raison

Depuis que je fais partie d'un organisme en soutien en allaitement, j'ai lu tout ce que je pouvais trouver sur l'allaitement et ce qui l'entoure. J'aime bien avoir des données pour appuyer ce que je dis, j'aime bien savoir ce que je dis. Et en faisant le tour sur le net, j'ai lu beaucoup de témoignages.

Un argument, qui revient souvent dans le débat pourquoi allaiter vs donner des biberons, me tombe réellement sur les nerfs. Pas qu'il soit faux, mais plutôt incomplet. Ma belle-soeur me l'a répété des dizaines de fois pendant sa grossesse comme étant LA raison pourquoi elle voulait allaiter: le lait est toujours à la bonne température, toujours prêt, rien à préparer ni nettoyer.

Oui, c'est vrai, le lait est toujours prêt. Oui, bien souvent, on a rien à nettoyer (à part peut-être quelques compresses, couvertures et soutien-gorges). L'arguement en soi n'a rien de mal. C'est quand il est utilisé comme seule raison qu'il me fatigue. Bien entendu, on se fout un peu de la raison qui pousse une femme à allaiter, tant qu'elle allaite. Seulement, je suis un peu énervée par le fait que la première raison donnée par bien des femmes n'est pas "parce que c'est ce qu'il y a de meilleur pour mon enfant". Il me semble que ça va de soi, non? Il me semble que si on me demandait pourquoi j'ai allaité, je dirais ça et pas "parce que le lait est toujours prêt", même si ça fait partie des avantages. En fait c'est ça, le côté "prêt-à-servir" du lait maternel devrait être utilisé comme avantage, pas comme raison ni argument.

Ce qui m'énerve, c'est que ça démontre qu'il y a encore beaucoup de chemin à faire, côté informations. Il y a encore trop de femmes qui croient qu'allaiter a pour seul avantage d'être pratique et non coûteux. Ce l'est, mais c'est avant tout le meilleur aliment pour un bébé. C'est ÇA qui devrait véhiculer. Ça devrait être ÇA, la raison première de tout allaitement. J'ai l'impression que lorsqu'un allaitement est basé sur une raison faible, la conviction et la motivation doivent aussi être faibles.

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Écrit par kiwi :: 8:17 AM :: 11 pelure(s)

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2 février 2007

Plonger, après un an

Je suis troublée. Ce matin, j'ai oublié d'allaiter Tithom après son déjeuner. Alors qu'à l'habitude, je le sors de sa chaise pour l'amener sur le divan où on se colle et où il boit, bien tranquille en me jouant dans les cheveux, ce matin, je ne sais pas pourquoi, je l'ai déposé par terre après l'avoir débarbouillé. Est-ce que le chat réclamait la porte? Est-ce que la vaisselle sale m'appelait? Est-ce que Hom me parlait? Je ne m'en souviens pas. Je sais seulement que vers 10h30, je me suis soudainement apperçue que je n'avais pas allaité Tithom et que ça devait être une des raisons de son bougonnage excessif.

J'ai donc immédiatement remédié à la situation. Et j'ai eu droit à un moment de pur bonheur alors que mon grand bonhomme s'est endormi contre moi, le sein encore dans la bouche, après s'être saoulé de mon lait. Je le tenais dans mes bras, tout mou, tout chaud, les yeux pleins d'eau. Comme quand il était mini.

Bientôt, tout ça sera terminé. Bientôt, je ne pourrai plus saouler mon fils avec mon lait.

Je dois me rendre à l'évidence. Le sevrage achève, mon allaitement tire à sa fin. J'aime toujours allaiter, mais je me sens prête à passer à autre chose. Prête, mais en même temps, je sais que ça va me manquer et que je trouverai la coupure difficile. Pour me remonter le moral, je ne peux même pas me dire qu'un jour, j'allaiterai à nouveau, car qui peut me garantir ça? Et même si un jour, j'ai la chance d'allaiter un 2e bébé, ce ne sera plus jamais Tithom. Ce bout de chemin avec lui sera fini.

En même temps, quand je pense à retourner voir le doc, à recommencer à "faire quelque chose" dans le but de tomber enceinte, quand je pense à avoir droit à un petit espoir à chaque cycle, plutôt que de seulement passer le temps entre les saignements, ça me donne des papillons. J'ai hâte de recommencer les essais, même si je sais que ce ne sera peut-être pas (probablement pas) facile. Je suis prête, nous sommes prêts à recommencer tout ça.

Le choix de sevrer Tithom en est un tout à fait égoïste dans mon cas. Il ne s'est pas sevré par lui-même (ce qui aurait réglé le cas de ma culpabilité), je ne le sèvre pas pour un retour au travail puisque je travaille de chez moi. La décision est faite par moi, pour moi. Et c'est probablement là où se trouve mon hésitation, mon sentiment de culpabilité. Je le sèvre parce que je veux passer à autre chose, parce que nous voulons recommencer les essais bébé, parce que je veux un peu me réapproprier mon corps, parce que je veux pouvoir recommencer à soigner mon psoriasis, parce que je veux pouvoir prendre des médicaments quand j'ai le rhume, parce que... parce que. Je ne me justifie pas, car je sais que j'ai déjà beaucoup donné (un an, c'est pas rien!) et que je n'ai de compte à rendre à personne. Est-ce que j'aurais aimé l'allaiter plus longtemps? Si je n'avais pas commencé le sevrage et si j'avais pu tomber enceinte quand même, oui, c'est certain que j'aurais aimé continuer plus longtemps. Mais ce n'est pas le cas. Et mon désir de faire un autre enfant, pas trop éloigné en âge si possible, est maintenant trop fort pour arriver à le faire taire.

Il restera toujours une petite partie de moi-même qui m'en voudra, qui me dira que j'aurai privé mon fils de quelque chose de bon simplement parce que je n'arrivais pas à contrôler mon horloge biologique. Mais cette partie est bien petite et l'autre partie de moi, celle qui est incroyablement fière d'avoir allaité un an, celle qui sait qu'elle a accompli énormément, qu'elle a donné ce qu'il y a de meilleur pendant une année, celle-là est bien plus grande et bien plus importante. Et elle sera sereine éventuellement, j'en suis certaine.

Maintenant... me reste encore le dernier boire à couper... faut faire le grand saut, pincer mon nez, fermer les yeux et plonger...

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Écrit par kiwi :: 3:35 PM :: 3 pelure(s)

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