27 juin 2008

L'oublié

Il se fait mordre et griffer. Il se fait vomir dessus et reçoit des coups de pied. Il est fatigué, meurtri et lourd. Il est étiré, flasque et mou. Il est fait fort, mais faiblit. Il en porte lourd sur ses épaules, mais ne veut rien laisser tomber. Il se nourrit de moins en moins bien, même si quelqu'un dépend directement de sa santé. Il est oublié, même si irremplaçable. Il est négligé, même s'il a donné la vie. Il a mal au dos, aux reins, aux pieds. Il est mené à bouts. Il a hâte aux vacances.

Mon corps, ce corps que j'ai longtemps détesté, n'est plus ce qu'il était.

J'ai longtemps entretenu une relation d'amour-haine avec mon corps. Petite, je me trouvais grosse et moche. Adolescente, j'aurais voulu être plus grande, plus mince. Adulte, j'aurais voulu être fertile. Maintenant que j'ai porté et donné deux fois la vie, je n'ose plus être aussi exigeante envers mon corps. En fait, je devrais en prendre encore plus soin, pour le remercier de nous avoir fabriqué deux aussi beaux trésors.



C'est encore avec l'excuse du temps qui passe trop vite que je justifie mon manque d'attention envers moi-même. Je voudrais bien m'occuper de moi, mais après avoir pris soin de Tilou et de Tithom, tenu maison et préparé les repas, il me reste juste assez de temps pour prendre une douche et me crèmer sommairement.

Même si j'ai perdu le poids que j'avais pris lors de la grossesse (mais pas encore ce que j'avais pris pendant les traitements de fertilité, même si ça viendra), mon corps n'a vraiment plus la même forme qu'avant. Pas besoin de mentionner que la majorité des changements se situe au niveau du ventre. Si je vous disais que je me suis achetée des culottes de maintien, ça vous donne une idée de l'étendue des dégats?

Ouais. Fatiguée, flasque ET sexy. Pas facile, être maman.

19 juin 2008

En un an

Il y a un an, Tilou avait l'air à peu près de ça:



Aujourd'hui, il a l'air de ça:



Difficile à croire qu'en une année seulement, quelques petites cellules se sont transformées en un petit être humain qui vit, bouge, rigole et bave.

Incroyable phénomène, l'évolution.

18 juin 2008

Ah bon

Je discutais avec ma mère de la différence entre avoir un premier et avoir un deuxième enfant. Elle me dit: "C'est vrai que le deuxième est toujours plus garroché."

Quand même le fun à savoir. C'est moi, son deuxième enfant.

16 juin 2008

Une année de plus

Samedi, pour mon anniversaire, ma mère est venue garder les enfants pendant deux heures. Juste assez de temps pour aller manger au resto seule avec Hom. Nous n'avions pas fait ça depuis... je ne me souviens plus quand nous avons été seuls la dernière fois, en fait. Donc trop longtemps, j'imagine.

Bizarre, de se retrouver en couple alors qu'à tous les jours, on oublie presque que nous en formons un tellement nous sommes pris dans la routine et les couches pleines. Bizarre de ne pas avoir à demander de banc d'appoint ni devoir partager son plat avec un petit garçon qui demanderait juste qu'on le laisse courir partout. Bizarre qu'on se soit quand même dépêché à manger, même si au fond, nous avions tout notre temps. Nous sommes tellement habitués maintenant de faire la course contre la patience de Tithom ou de se hâter pour terminer avant que Tilou ne se mette à pleurer. Pour une fois que nous pouvions manger lentement, tranquillement, sans qu'un de nous deux ait un bébé dans les bras et que l'autre doive ramasser une cuillère lancée par terre 34 fois et essuyer le gobelet de lait renversé 8 fois...

Après avoir engoufré les amuse-bouches et la salade en un temps record, j'ai dit à Hom qu'on devait se calmer et prendre notre temps. Prendre son temps. Notion devenue très vague le jour où Tilou est né. Le temps, en fait, n'existe plus tellement ici, sauf celui qui passe trop vite et celui qui me fait vieillir, encore une fois, d'une année.

Bien des choses changent, quand on devient maman. Mais le temps, lui, continue à faire son chemin et les anniversaires s'acumulent encore et encore...

L'an dernier, j'avais trouvé l'arrivée de la trentaine plutôt difficile. Elle avait été adoucie par un cycle qui avait bien fonctionné et qui résulterait, éventuellement, en Tilou. Cette année, ajouter une année à ma trentaine me fait moins d'effet, mais quand même... Je me sens un peu plus vieille et molle, mais je mets ça sur le dos de Tilou. Un nouveau-né, ça ne ramollit pas seulement le ventre (ah, ce mou que j'aime détester!), ça fait entrer la fatigue dans chaque pore, dans chaque nerf. Le fait que je doive travailler (plus pour longtemps, mon contrat tire à sa fin et je pourrai enfin profiter de l'été et de mon congé de maternité) n'aide pas la fatigue, c'est certain. J'ose espérer que dans les prochaines semaines, je reprendrai le dessus et je retrouverai un semblant de forme pour passer un bel été entourée de mes trois hommes.

Car, cette année, je suis peut-être un peu plus vieille, encore, mais je suis aussi, et surtout, encore plus choyée. Juste ça devrait être assez pour me rajeunir de quelques années.

13 juin 2008

Au courant

Mardi, après avoir couché Tithom pour sa sieste, j'entends le tonnerre gronder. Je sors dehors pour ranger les jouets et fermer le bac à sable. Le ciel est gris et je sens que ça va tomber d'une minute à l'autre. J'entre rapidement, en espérant que le tonnerre ne réveille pas ma petite tornade.

Je travaillais tranquillement (faut en profiter quand les deux mousses dorment en même temps!) quand des bruits bizarres m'ont déconcentrée. En regardant dehors, je me suis apperçue que ces bruits étaient causés par la pluie qui arrivait presqu'à l'horizontal sur mes fenêtre. Elle frappait la maison par vagues violentes, le vent était déchaîné et les arbres semblaient user toutes leurs forces pour rester debout. J'ai alors entendu Tithom pleurer. Ça ne me surprenait pas, l'orage faisait tout un vacarme!

Il était assis dans son lit, en pleurs. Il me pointait la fenêtre en tenant sa doudou. Il avait très peur. Je l'ai consolé et, comme il ne dormait pas depuis longtemps, je lui ai suggéré de me coucher près de lui. Je lui ai expliqué doucement que les orages sont dehors et que nous sommes dans la maison, à l'abris. Que ça fait bien du bruit, mais que ce n'est pas dangereux.

J'ignorais qu'à ce moment même, un arbre, ou le vent, ou les deux, à quelque part, allait nous priver d'électricité pour deux nuits et deux jours.

C'est à 14h19 que tout s'est éteint. Je ne m'en suis pas apperçue tout de suite, puisque je dormais le nez dans les cheveux de Tithom. Une panne de quelques heures, ça dérange à peine une routine. Une panne de 48h, avec deux jeunes enfants, ça change un peu les plans.

Mange du resto pour souper, pas de bain ce soir-là pour Tithom, lecture des histoires à la lueur d'une lampe de poche. C'était sommes toutes bien amusant pour Tithom. Il a même cru qu'il allait avoir droit à un gâteau de fête quand j'ai allumé des chandelles (comme mon anniversaire approche et que j'ai déjà été fêtée dans ma belle-famille, le concept est très frais à sa mémoire).

Mercredi, pas de garderie, faute de courant. Je n'ai plus de téléphone non-plus. La journée est longue, mais les enfants sont patients, heureusement. En fin d'après-midi, la conjointe de mon père arrive avec une glacière et nous y transférons tout le contenu de mon congélateur. Je vide aussi mon réfrigérateur dans nos deux grosses glacières, question de perdre le moins de nourriture possible. Nous partons avec les enfants chez mon père, afin de tout transférer dans leur congélateur, de manger un bon repas maison et de donner un bain chaud aux enfants.

Sur le chemin du retour, en fin de soirée, l'autoroute est plongée dans l'obscurité. Même le pont, à l'horizon, est complètement noir, si ce n'est des quelques phares de voitures que l'on voit passer de temps en temps. La ville est parsemée de coins sombres, dont notre rue. On entend au loin le bruit des émondeurs. La noirceur totale de la maison me fait peur, mais la fatigue l'emporte rapidement.

Jeudi matin, je me réveille avec l'espoir de voir 12:00 clignoter sur mon réveil. Mais non. Toujours rien. Nous avons téléphoné de nombreuses fois à Hydro. Ils disaient au départ "mercredi midi quinze", puis "jeudi midi" et là, c'était rendu "vendredi 23h15". Aye.

Mais, vers 12h45, alors que je dînais de pain et de fromage avec Tithom, la lumière fut. Tithom était tout excité de voir la lumière s'allumer et de me voir crier de joie en voyant l'heure sur le four à micro-ondes.

Pas besoin de vous dire que je me suis vite rendue compte à quel point on dépend de l'électricité. Pas besoin non-plus de vous dire que Tithom a encore plus hâte de faire du camping cet été. Pas moi, par contre... j'ai donné.

10 juin 2008

Au front

L'infertilité fait à nouveau la manchette. Le projet de Loi 23, qui limiterait à un seul le nombre d'embryons transférés à la fois dans un cycle de fécondation in vitro, sème la colère chez les couples infertiles. Pas tant par les raisons qui poussent cette limite (diminuer les grossesses multiples), mais par le manque de suite dans les idées du gouvernement. On ne peut pas demander à un couple infertile qui paie des milliers de dollars pour un seul cycle de FIV de se limiter à deux embryons et ne pas le soutenir financièrement. Je t'interdis de transférer plus de deux embryons, mais si ça ne fonctionne pas, à toi de repayer un autre 10 000$ si tu veux ré-essayer. C'est pas logique et surtout, pas sympathique.

J'en ai souvent parlé, ça me fout en rogne. Surtout que leur seul argument reste l'argent. Toujours l'argent. Le but de limiter les grossesses multiples n'est pas aussi une façon d'économiser? Car on sait que les grossesses multiples demandent un plus grand suivi et aboutissent souvent (quoi que pas tout le temps) en naissances prématurées, ce qui engendre d'autres coûts. Ces économies, en bout de ligne, pourquoi ne pas les rediriger vers ces couples qui, justement, seront limités dans leurs chances? Je ne comprends vraiment pas l'hésitation du gouvernement.

Ce matin, des gens iront manifester contre ce projet de loi devant le Parlement à Québec. Je ne pourrai y être, mais j'y serai en pensée. J'espère vraiment, de tout coeur, que ça fera avancer les choses.

5 juin 2008

12 ans

C'était un vendredi soir, en janvier, après une longue journée de cours et un trajet de métro ensemble. On se séparait pour prendre chacun notre autobus et commencer la fin de semaine chacun de son côté. Il m'a regardée d'une drôle de manière et il m'a dit "bonne fin de semaine" en soutenant mon regard. J'ignore ce qu'il y avait dans cette phrase, dans ce regard, mais c'est à cet instant précis que tout a commencé. Il a semé le doute en moi, il a fait naître des sentiments que j'ignorais. Pendant des mois, je me suis posé des questions. J'ai essayé de nier mes sentiments, parce que je tenais trop à notre amitié et j'avais peur de la gâcher en voulant la transformer en amour. Ça m'aura pris des mois à comprendre que l'amour ne remplacerait pas l'amitié, mais la complémenterait.

Nous avons développé une belle complicité, fait des tonnes d'activités ensemble, sommes devenus les meilleurs amis du monde. Je n'osais pas. J'avais peur du rejet, peur de te perdre. J'avais aussi peur du jugement des autres, pour aucune raison valable.

Nous avons fait le Tour de l'Île cet été là. Je m'en souviens encore de façon vivide. Étendus sur le dos, dans la pelouse, au parc d'arrivée, fatigués d'une grosse journée et trop heureux pour le cacher. Nous étions déjà un couple, même si rien ne s'était encore passé.

Quelques jours plus tard, nous avons loué des films, comme nous le faisions souvent. La maison était silencieuse. Je n'entendais que le battement de mon coeur qui résonnait dans mes oreilles. Pendant le premier film (The Crow, je m'en souviens encore), mon petit frère est resté avec nous. Pas moyen de se raprocher. Pendant le deuxième film (Interview with a vampire), nous étions seuls. Son bras s'est glissé autour de mes épaules, je sentais son souffle dans mon cou. Quand le générique du film est apparu, il m'a regardée et j'ai revu cette étincelle du début. Sa bouche a frôlé la mienne et tout a commencé.

C'était le 5 juin 1996. J'avais 18 ans. Hom en avait 20. C'était le début d'une belle histoire d'amour. Notre histoire.

Bien des choses ont changé depuis. L'eau a coulé sous les ponts et le temps a mis notre amour à rude épreuve. Mais il a survécu et même pris des forces. Pas évident de rester un couple quand on devient parents. Pas évident de ne pas s'oublier. Même si depuis la naissance de Tilou, notre couple a un peu été mis en veille, je sais que ça reviendra en force. Je sais que derrière le papa qu'il est, Hom est avant tout mon ami et mon amour. Et ce, depuis 12 ans déjà.