28 novembre 2007

22 mois

Le dernier mois a presque passé sans que je m'en apperçoive, tellement j'étais débordée. Mais rien ne peut m'empâcher de te regarder grandir et de m'émouvoir en regardant tes grands yeux bleus découvrir la vie.

J'entends doucement les grains de sable couler dans le sablier de ta deuxième année. Dans deux mois, tu auras déjà deux ans. Tu seras défénitivement un grand garçon. Tu seras aussi bientôt un grand frère. Je m'accroche à ce qu'il te reste de bébé (la fossette sur ton coude, ta joue ronde et douce, ton petit cou qui sent si bon).

Tu as passé l'Halloween pour la première fois cette année. Que quelques maisons, mais c'était assez pour t'amuser. Au premier arrêt, tu n'as pas apprécié qu'un inconnu (notre voisin) mette des trucs bizarres dans ta belle citrouille neuve. Tu lui as redonné ses bobons en pleurant. Au deuxième arrêt, alors que mamie a déposé un jouet dans ta citrouille et que tu as découvert qu'elle avait aussi du chocolat à donner, tu as compris le principe. Plutôt que redonner les friandises, tu en prenais d'avantage. Tu as la dent sucrée, comme ton papa. Tu en as d'ailleurs profité pour apprendre un nouveau mot: bonbon.

Côté langage, ça se développe tranquilement. J'avoue que j'aimerais pouvoir dire que tu parles vraiment, mais les iiiiiiih et gnuuuuu l'emportent encore sur les véritables mots. Plusieurs mots se sont ajouté à la liste (dont tantôt, manteau, botte, là, banane), mais la plupart des mots sont encore plus des sons que de vrais mots. Je suis fière de toi, tu fais beaucoup de progrès et j'adore quand tu répètes un nouveau mot avec ton gros sourire de taquin.

Nous avons pris l'autobus plusieurs fois. Nous avons visité des garderies et acheté tes meubles de grand garçon. Tu as eu ton premier bazou téléguidé, qui te fait rire aux éclats à chaque fois qu'il avance. Nous sommes allés à la fête d'une amie, avons magasiné et mis nos bottes d'hiver pour la première fois. Tu t'es fait garder quelques fois par grand-maman, qui a pu t'amener avec elle partout où elle allait grâce au siège d'auto qu'elle a acheté. Nous sommes allés au Biodôme encore une fois. Tu as vraiment adoré les oiseaux et les poissons. Les loutres te fascinaient et les aligators te faisaient grogner. Tu as par contre eu peur des manchots, qui pourtant étaient plutôt ennuyeux à rester plantés sur leur rocher sans plonger. Nous sommes allés à la parade du Père-Noël de la ville et contrairement à l'an dernier, tu ne t'es pas endormi avant que le Père-Noêl arrive.

Tu as de nouvelles chaussures car les autres étaient bien trop petites. Tu as les grands pieds de ton père: tu portes déjà des 8! Tu as fait un peu de fièvre une journée. Essayant de voir si ça ne venait pas d'une dent qui poussait, j'ai tâté tes gencives et me suis apperçue que tu avais une molaire qui était complètement sortie déjà! Tu es donc rendu à 17 dents (peut-être plus, je n'ose pas trop m'aventurer, tu mords fort).

Tu t'amuses de plus en plus à "faire semblant" comme on dit. Tu nourris tes toutous, leur donnes à boire, les couches sous une couverture en disant "dodo". Tu leur fais tenir le crayon quand tu dessines, tu leur mets un morceau de casse-tête entre les pattes pour qu'ils jouent avec toi. Tu es d'ailleurs très bon aux casse-têtes, nous allons devoir t'en acheter des plus difficiles. Il y a une pièce de casse-tête justement qui est en forme de chat. Tu la prends et tu l'amènes au bol de bouffe de minou pour la nourrir. C'est trop mignon! Tu prends un mouchoir et te mouches ou nous mouches (pas toujours délicatement soit dit en passant), pour ensuite aller le jeter dans la toilette et lui dire "tataye". Tu es encore un petit bouffon qui veut nous faire rire. Tu adores jouer à cache-cache. Tu sautes (les deux pieds dans les airs en même temps maintenant) et tu danses dès que tu entends de la musique. Tu es un vrai petit clown.

Je te parle de ton petit frère à tous les jours, mais ça ne semble pas du tout concret pour toi. Quand je te demande où est le bébé, tu te tapes fièrement sur la bédaine. Au fond, tu as encore raison. Il te reste quelques mois à être mon bébé. Bon 22 mois ma petite crapule d'amour.

18 novembre 2007

Avoir le temps de culpabiliser

Cette semaine, je devrais pouvoir recommencer à respirer. Cette semaine, je devrais pouvoir recommencer à vivre un peu. Mon gros contrat se termine et, quite à utiliser une expression d'analyste de hockey, je vois la lumière au bout du tunnel.

Cette semaine, je fais aussi un autre pas: je visite des garderies pour la première fois. Ça me stresse beaucoup, ça remet beaucoup de choses en question. Et ça ramène une culpabilité avec laquelle je croyais avoir fait la paix. On me juge de vouloir envoyer mon enfant à la garderie alors que je suis à la maison. Je sens le besoin de me justifier alors que je ne devrais pas. On ose me faire sentir coupable de vouloir avoir deux jours par semaine pour moi (je n'ai jamais eu l'intention de l'envoyer à temps plein, ni même en garderie à 7$ soit dit en passant). Quand une maman doit retourner sur le marché du travail, on ne la juge pas de devoir par le fait même envoyer son enfant à la garderie. Ça fait partie de la game, c'est tout. Mais quand une maman est travailleur autonome à la maison, on ne comprend pas, on se questionne. On juge.

Je vois sans arrêt l'image de la mère parfaite qui fait tout et qui le fait bien, sans jamais être décoiffée ni lever le ton. La mère de famille toujours souriante, qui passe ses journées à cuisiner (de la bouffe bio en plus), qui a une maison qui brille, une jupe sans un pli, un manucure parfait et qui en plus, a le temps de rendre son mari heureux au moins une fois par semaine. On a tellement voulu ramener les anciennes valeurs de la famille, de la mère hyper maternelle et multi-fonctionnelle qu'on a du même coup dénigré ce qui touchait les mères non conventionnelles, les mères modernes. Les vraies mères, finalement. Celles qui sont parfois fatiguées, qui sont parfois découragées et qui n'ont pas le temps de frotter la baignoire à tous les jours. Celles qui existent autour de moi et qui ont besoin parfois de reprendre leur souffle, mais n'osent le dire,d e peur de se faire juger.

J'ai l'impression qu'il y a eu, dans les dernières années, une diabolisation de la garderie, en même temps qu'un genre de dédain ou manque de respect pour la mère au foyer. Tu ne travailles pas, pour t'occuper de tes enfants: tu ne contribues pas à la société et tu passes tes journées à regarder des soaps en te limant les ongles. En plus, tu tournes le dos à tout ce que le féminisme a pu faire avancer dans les dernières décénies. Tu travailles et envoies tes enfants à la garderie: tu es égoïste et brimes leur petite enfance. On voudrait que la femme soit à la fois une maman parfaite et une femme professionnellement accomplie.

Est-ce qu'on pourrait avoir un juste milieu? Est-ce qu'on pourrait avoir le droit de ne pas être parfaite, même si on fait tout pour? Est-ce qu'on a le droit d'admettre nos faiblesses et d'avoir recours à ce qui s'offre à nous sans devoir justifier chacun de nos choix?

J'ai l'intention de laisser tomber une grosse partie de ma clientèle après l'arrivée de Tipépin, mais les clients concernés ne le savent pas encore. J'ai l'intention de ne garder que quelques contrats, question de garder la main et de rester sur le marché, en prévision du temps où mes enfants iront à l'école. Je changerai peut-être d'idée d'ici là, je déciderai peut-être de tout laisser tomber éventuellement ou de me recycler... mais pour le moment, c'est ma décision et elle est finale.

Alors, je travaillerai moins, pourquoi aurais-je besoin d'envoyer mon fils à la garderie? Pourquoi est-ce que je ne pourrais pas continuer de tout faire? Parce que je n'y arriverais pas, je le sais. je sais que d'autres le peuvent, mais je connais mes limites. J'aurai un fils de deux ans, un nouveau-né et des contrats, même si rares, par-dessus tout ça. Je ne crois vraiment pas que deux jours à la garderie sont exagérés. Je n'ai plus l'impression de stimuler suffisament mon fils. Je n'ai plus l'impression d'être son monde entier autant que lorsqu'il avait 9 mois. Je sais qu'il n'est pas malheureux ici, mais en même temps, je sais qu'il retirera beaucoup de la garderie et de côtoyer des enfants de son âge. Avec deux jours à la garderie et cinq avec maman et petit frère (et papa le soir et la fin de semaine), je suis persuadée qu'il aura le meilleur des deux mondes. Il aura deux jours de jeux et d'environnement différents, il aura des amis, des sorties, des activités, et il aura une maman plus reposée, plus disposée à jouer avec lui et plus confiante dans son rôle de mère quasi-parfaite.

Quand même bizarre que, étant une maman qui n'a même pas le temps de respirer, je puisse trouver le temps de culpabiliser alors que je ne le devrais pas...

4 novembre 2007

Dépassement

Je tenais à excuser le manque de billets ces derniers temps. Comme à chaque mois d'octobre depuis maintenant 3 ans, je tombe en mode dépassée en replongeant dans mon gros contrat bi-annuel. Un contrat que j'aime encore faire, mais qui, plus Tithom vieillit, me tire de plus en plus d'énergie. Depuis quelques semaines, je cours après ma queue, je remets plein de trucs à plus tard et je n'ai pas le temps de mettre par écrit les tonnes d'idées qui bouillent dans ma tête fatiguée. J'ai beaucoup de difficulté à dormir, parce que j'ai trop de choses sur les épaules et parce que je commence déjà à être inconfortable. Je suis cernée jusqu'au menton (pratique quand même, je n'ai pas eu besoin de me maquiller à l'Halloween pour avoir l'air d'un zombie) et je vois les aiguilles de l'horloge tourner à une vitesse hallucinante. Je sais que le contrat achève dans quelques semaines, mais je vois tout à coup les choses d'une autre façon. Mon corps me parle, je dois l'écouter. Je dois faire face à la réalité.

Je vois bien que je ne suis pas la wonder-woman comme je voudrais parfois le croire. Je vois bien que concilier travail et famille est impossible quand les deux se passent au même endroit et au même moment: chez moi, de jour. Travailler pendant les siestes n'est plus suffisant et je n'arrive pas à reprendre le dessus. Je voudrais bien laisser tomber le travail pour de bon, mais je n'en suis pas là dans mes réflexions. Je ne suis pas prête à faire ce sacrifice, à prendre cette décision. Pas encore. Tithom est un ange qui s'occupe souvent seul, mais je n'ai plus le choix d'admettre que je n'arrive plus, enfin, plus à tous les jours, à le stimuler et à être à 100% avec lui lorsque nous sommes à la maison. J'ai donc commencé les démarches pour trouver une garderie à temps partiel, ce qui n'est pas chose facile de nos jours. Ça me fend le coeur de devoir me séparer de mon crapaud pendant une journée complète, mais en même temps, je vois les quelques heures de solitude comme une nécessité. Pas pour rattraper mon lavage, faire du scrapbooking ou lire. Non, pour reprendre en main mon travail, pour sortir plus que le bout de mon nez de l'eau, pour pouvoir m'enlever du stress et de la fatigue pour cette deuxième moitié de grossesse. Et, j'y pense aussi, pour me permettre de continuer à respirer quand Tipépin sera parmis nous. Je pourrais aussi dire que Tithom a besoin de socialiser, qu'il a besoin de voir des amis, mais j'aurais l'air de me justifier avec des raisons auxquelles je ne crois pas tellement.

Avant de tomber enceinte de Tithom, avant même de commencer les essais, j'étais partie à mon compte dans le but d'être à la maison pour mes enfants et de continuer à travailler en même temps. Un beau rêve, qui a vite dû évoluer. Je me rends bien compte aujourd'hui que je n'ai que deux mains et un cerveau (dont une des moitiés ressemble plutôt à du pudding ces temps-ci) et que je ne peux pas tout faire, peu importe à quel point je le veux et à quel point je suis organisée.

Je fais donc le sacrifice de quelques journées avec mon fils pour cumuler mes heures de travail dans ces journées et pouvoir être à 100% avec lui le reste du temps. Je préfère faire une seule chose à la fois et la faire comme il faut que faire plusieurs choses à moitié en même temps.