22 septembre 2005

Le cycle de la vie

Quand nous avons appris que Pépin était dans mon bedon, un bon ami à Hom venait de mourir. Depuis des mois, le cancer le gagnait, petit à petit. Je sais que son décès a été très dur pour Hom. Je sais qu'il pense encore souvent à cet ami, mentor, collègue et qu'il lui manque. Sur son bureau, dans son porte-crayon se côtoient la carte de décès de son ami et le test de grossesse positif attestant la présence de la vie dans mon bedon. On dit souvent qu'une personne meurt, une autre naît... Ces deux objets, l'un signe de début, l'autre de fin, me rappellent à quel point c'est vrai et à quel point la vie est fragile.

Le père de mon amie est décédé hier matin des suites du cancer du foie, comme ce fût le cas pour l'ami de Hom. Même si je m'y attendais un peu, cette nouvelle me rend très triste. En même temps, je me répète que la vie est ainsi faite, elle va par cycle... Les gens partent parfois trop tôt, d'autres ne naissent pas dans les bonnes circonstances, mais on n'y peut rien. Je pose mes mains sur mon ventre, j'y sens la vie bouger et mon coeur se gonfle d'amour et de peur en même temps. Je suis immensément chanceuse, privilégiée, de tenir la vie au creux de mon ventre. Je sais aussi que mettre au monde en enfant l'expose à la vie, à ses bons et ses mauvais côtés. Je suis chanceuse d'avoir mes deux parents toujours en vie pour partager ce bonheur. J'ai très peur de perdre mes parents si tôt. Encore une fois, on me rappelle de vivre chaque jour pleinement et de profiter de chaque moment avec nos proches. C'est peut-être cucul, mais c'est aussi très vrai. On ne sait jamais ce que la vie nous réserve...

Au revoir Réal. Bon courage mon amie.

20 septembre 2005

Sur la balance

J'avais mon 4e rendez-vous de suivi ce matin. J'avais parié avec Hom que j'avais pris 5 livres. Au dernier rendez-vous, j'étais encore dans le négatif par rapport à mon poids de départ. J'osais espérer avoir un peu ratrapé le retard cette fois-ci! Eh bien surprise! J'ai pris un bon 7 livres depuis un mois! Les poutines et biscuits aux pépittes de chocolat salades vertes et fruits frais ont fait effet! Bien entendu, les médecins ne sont jamais contents... Il m'a dit c'est bien, tu as enfin pris du poids, mais n'en prends pas plus! Bah je crois que ce mois-ci était différent, je me suis un peu plus empiffrée parce que j'avais peur de ne pas avoir pris de poids au rendez-vous. Maintenant que je suis soulagée d'avoir fait monter l'aiguille sur la balance, je peux calmer mes ardeurs dans la cuisine.

Ma pression est belle (100/60) et mon ventre s'arrondit bien (je n'ai pas eu le chiffre exact de ma HU). Nous avons entendu le coeur de Pépin battre très fort, très facilement, pour une fois. Le battement était si beau et fort, Pépin semble en pleine forme! Bref, tout va très bien, vraiment rien à redire sur ma grossesse jusqu'à maintenant. Le doc m'a prescrit des Preg-vite pour essayer de diminuer ma constipation (causée entre autres par les Materna). Nous lui avons aussi demandé si nous devions faire un plan de naissance si Hom voulait couper le cordon. Il a dit qu'il le font systématiquement maintenant, à moins que quelque chose tourne mal. Nous sommes très contents, c'est important pour Hom et moi ce petit geste.

Presque 5 mois de faits déjà. Ça passe tellement vite! Ça a l'air cliché quand on entend ça, mais quand on le vit, on se rend compte que cest bien vrai. Un beau 5 mois, on pourrait presque dire une grossesse exemplaire. Il m'en reste seulement 4 avec ce petit homme qui grandit en moi. Je ne doute pas une seconde que les mois et les années qui suivront, en compagnie de ce petit homme à le regarder grandir et découvrir le monde seront merveilleux. Mais je tiens quand même à profiter, un peu égoïstement, de ces 4 mois qu'il me reste avec cette relation si proche, si intime et unique avec mon petit garçon. Je suis son monde pour le moment et je compte bien savourer chaque seconde de ce temps bien compté.

19 septembre 2005

La jeunesse, c'est relatif

J'ai changé mon cours d'aquaforme pour le lundi. La semaine dernière, j'avais aimé l'expérience, mais le groupe ne me disait rien et je n'avais vraiment pas l'impression de faire de l'exercice. Je n'ai même pas eu mal les jours suivants, rien! J'ai changé le jour de mon cours du mercredi au lundi pour d'autres raisons, mais je crois que j'ai bien fait. Le groupe d'hier était bien plus dynamique, on s'est bien plus amusées. Aussi, j'ai vraiment l'impression d'avoir travaillé mon cardio et d'avoir bougé pour la peine. Mais la chose la plus étrange, c'est que je me suis sentie jeune. L'âge a toujours été un gros complexe pour moi par rapport à mon infertilité. Je veux dire, j'aurais toujours voulu avoir mes enfants plus jeunes, mais la nature en a décidé autrement. Quand on a un désir ardent de devenir maman, l'horloge biologique qui sonne dans le tapis et le temps qui s'écoule entre nos doigts si rapidement, on sent énormément de pression. Je me sentais pressée par le temps. Je ne voulais pas mes enfants "vieille", je ne voulais pas perdre ma jeunesse à attendre mes enfants plutôt qu'à les élever et en profiter. Je ne me considère pas vieille, non, mais quand on sent notre fertilité déjà boiteuse diminuer avec les tic-tocs de l'horloge, notre âge nous pèse et on a l'impression de faire une course contre la montre.

Hier, on a toutes dit notre nom, à quel point de la grossesse nous étions rendues et si nous savions le sexe du bébé. Certaines filles, enfin, presque toutes sauf moi, on dit aussi leur âge. Sur 12, nous devions être 3 en bas de 30 ans. La plupart avaient 33, 35 ans et c'est leur premier bébé. Je les regardais et je les trouvais donc belles avec leur bédaine ronde. Je ne les trouvais pas du tout vieilles. C'est là que ça m'a frappé: 35 ans, c'est 7 de plus que ce que j'ai maintenant. Sept ans, c'Est quand même beaucoup! Et 35 ans, c'est encore jeune! Ça me laisse bien du temps pour en avoir un 2e, sans me sentir vieillarde pour autant. Je les regardais et je me sentais si jeune, si chanceuse.

On dit bien quand on se regarde, on se désole, quand on se compare, on se console. Ce n'est peut-être pas une consolation en soi, mais ça a fait du bien à mon petit coeur qui se croyait déjà si en retard dans sa ligne du temps.

15 septembre 2005

Définition

Quand je parle de femmes "pas comme moi", je parle de celles qui n'ont pas eu à attendre pour avoir un bébé. Je parle de celles qui ont essayé un mois ou deux avant de voir la ligne rose apparaître et qui ne se sont jamais demandé si celui-là allait rester accroché. Je parle de celles qui ne savent pas que d'autres femmes, comme moi, comme toi CR, et comme des milliers d'autres, doivent attendre des mois, des années mêmes, et vivre déception par-dessus déception, test par-dessus test, tout ça dans le but d'avoir ce qu'elles, elles ont eu sans avoir à attendre. Qu'on ait pris des hormones ou non, qu'on ait laissé tomber l'espoir de devenir maman ou qu'on ait essayé tout ce qu'il nous était humainement possible, pour moi, ça ne change rien. Ce qui différencie les femmes comme moi des autres, c'est l'attente et la déception, c'est l'effort que nous devons faire, à chaque cycle, pour nous relever et continuer. Qu'on attende 9 mois ou 3 ans, c'est difficile, point. Bien sûr, l'attente change, les émotions deviennent plus vives, les douleurs plus amères, plus le temps avance. Mais à la base, l'attente dans le désir et l'impatience, dans l'injustice et la déception, reste une attente bien trop longue.

Je ne me considère en aucun point meilleure ou supérieure ou plus forte ou plus sensible ou plus intelligente ou plus intéressante que tout autre femme ayant réussi du premier coup. Non. Nous sommes seulement différentes, c'est tout. Pas mieux, pas pires, juste différentes.

J'ai lu des témoignages de dizaines de femmes ayant fait face à divers combats. Pour une, ce fût 6 FIV, des jumeaux nés prématurément qui ne survivront pas, puis encore une grossesse, d'autre jumeaux, qui eux survivent et vivent, en santé et heureux. Pour une autre, c'est un mari avec un problème de spermatos, il subit plusieurs opérations, ils font plusieurs FIV et réussissent à leur dernier essai. Malheureusement, ça se termine en fausse-couche. Ils se tournent maintenant vers l'adoption. Une autre n'a jamais eu d'espoir, considérée stérile à cause du DES. Elle a eu le plus grand don qui existe: une mère-porteuse a porté l'embryon venant d'elle et son mari et leur fils est né il y a quelques mois. Une autre femme a attendu, sans savoir la cause de son infertilité, pendant plus de deux ans, avant d'avoir la visite de la cigogne, au naturel. Je pourrais continuer longtemps comme ça. Ce sont toutes ces femmes qui me donnent espoir, qui me gardent les pieds sur terre et la tête froide. Ce sont des femmes commes elles qui me font me rendre compte, jour après jour, de la chance que j'ai, malgré tout ce que ça aura pris pour m'y rendre.

Oui, je me considère encore infertile, même si ce petit bout d'homme qui me donne des coups de pieds essaie de me contredire. Je me considère infertile, en rémission si vous voulez, parce que je sais qu'un jour, si nous voulons donner un petit frère ou une petite soeur à Pépin, nous devrons recommencer le même combat. Tout comme toi, CR, ça me fait peur. Je te souhaite de tout coeur que bébé #2 se pointe bien plus rapidement que le premier. Ton combat est peut-être différent, mais tu fais partie de ces femmes qui m'ont donné l'espoir et la force de continuer. J'espère te rendre la pareille un jour.

14 septembre 2005

Des baleines

Ce soir, j'ai mon premier cours d'aquaforme prénatal. Ce soir, je passerai une heure en compagnie de plusieurs fertiles enceintes, volontairement, pour la première fois. Je fais un plat avec un rien? Peut-être, mais c'est mon seul moyen de défense. Je ne connais pas ces femmes. Je ne connais pas leur background, l'histoire de leur grossesse. Je sais par contre qu'un couple sur 10 vit des problèmes de fertilité et qu'une femme sur 4 vivra une fausse-couche (consciemment ou non) au cours de sa vie. Si nous sommes 10 dans le cours, ça voudrait dire que je serais la seule infertile et qu'il y aurait 1,5 autre femme ayant vécu une fausse-couche. Bref, je serai entourée de fertiles, que je le veuille ou non.

Qu'on ne le prenne pas mal, je n'ai RIEN contre les femmes fertiles. Qui suis-je pour les détester d'avoir seulement eu plus de chance que moi? Ce n'est rien de volontaire. Ce que je déteste, c'est ce que je ressens quand je suis en leur compagnie. Je me sens moins bonne, moins spéciale, parce que moi, je n'ai pas réussi rapidement, parce que moi, je ne suis pas capable de sauter dans les airs en tapant des mains et en pleurant quand j'apprends une nouvelle grossesse, que je connaisse la femme ou non. Je me sens plus endurcie, plus consciente de ma chance, mais ça, tout le monde s'en fout, au fond. Ça ne se voit pas. Pour elles, je serai une autre femme enceinte dans leur cours d'aquaforme. Que ça m'ait pris 3 ans à tomber enceinte, que j'aie eu à subir tous ces traitements et examens, que j'aie eu à vivre toute cette peine, cette rage et cette jalousie, ça ne change en rien le résultat: je suis enceinte, comme elles. Pour elles, je suis une des leurs. Pour moi, je suis une minorité, peu importe à quel point je voudrais être une des leurs.

Ce que j'appréhende de leur présence, c'est leur insouciance, leur façon de voir la vie en rose, de ne connaître que le beau côté de la reproduction. Je les envie pour ça, j'envie leur belle naïveté et leur aisance à se croire enceinte et maman dès le début. Je ne crois pas avoir droit ce soir à des commentaires insensibles (même si involontaires) qui viendront chercher l'infertile enragée endormie en moi. Mais je serai sur mes gardes, au cas où.

Malgré tout, j'ai hâte à ce soir. J'ai hâte de me mêler (oui oui!) à d'autres baleines, de pouvoir flatter ma bédaine sans me faire regarder de travers, de faire une activité pour moi et Pépin. J'ai hâte de prendre ce temps pour m'ocuper de moi et de ma bédaine, de partager ce qu'il y a de beau (et c'est fou comme il y en a du beau!) dans cette grossesse, de vivre une expérience de future-maman.

Ce soir, nous serons plusieurs baleines à la picine du quartier, flottant gaiement, notre bédaine sortant de l'eau comme un iceberg. Et je serai des leurs, même si ce n'est que pour une heure.

13 septembre 2005

Différente

Quand j'étais jeune, je voulais être tout, sauf ordinaire. Je voulais être différente des autres, pas nécessairement pour me faire remarquer, mais plutôt pour renforcer mon sentiment d'être unique, d'avoir ma propre valeur. Ce côté rebelle, ou original, m'est un peu resté.

Quand j'étais aux prises avec mon infertilité et notre désir ardent de fonder une famille, je savais que je n'étais pas normale. Enfin, la normalité est relative... J'étais anormale côté physique, côté fertilité, mais si je comparais mes émotions et épreuves avec celles d'autres infertiles, j'étais tout à fait normale. Dans la masse, je me sentais exclue, je sentais que j'avais quelque chose de moins que les autres femmes "normales". Quand je suis tombée enceinte, je me suis dit que maintenant, je serais normale, comme les autres. J'ai essayé de comparer mes symptômes, mes sentiments et mes espoirs avec ceux d'autres mamans "comme moi", pour me sentir des leurs, en vain. Je ne suis pas comme les autres, je crois que mon parcours fait que je ne le serai jamais.

Peut-être suis-je plus tolérante à cause de ce que j'ai traversé. Peut-être suis-je seulement moins portée à parler de chaque petite chose qui ne va pas comme elle devrait. Peut-être ai-je aujourd'hui une différente vision de ce qui est un problème et de ce qui n'en est pas vraiment un. Je ne sais pas trop ce qui fait que je ne me sens pas "dans la gang", mais je sais que je n'y tiens pas plus que ça non-plus. Je n'ai pas eu de nausée, je ne suis pas étourdie, je n'ai pas les jambes enflées, je ne marche pas les pattes écartées, je n'ai ni essoufflement, ni reflux gastrique, ni perte d'équilibre, je n'ai pas les nerfs à vif ni les émotions à fleur de peau, je n'ai ni saute d'humeur, ni douleurs... Je me sens bien, je suis bien depuis le début. Oh bien sûr, j'ai eu quelques petits désagréments. J'ai eu des maux de tête pendant près de 4 semaines. Je souffre encore de constipation. J'ai souvent des brûlements d'estomac. Mon nerf sciatique me fait mal dès que je bouge d'une position que je tenais depuis un bout de temps. Jamais je ne m'en plains et ça ne risque pas de changer. Je ne dis pas ça en voulant dire que je trouve les autres femmes qui décident d'en parler plaignardes ou "petite nature". Pas du tout! Le seuil de tolérance est unique à chacune. Je ne jugerai jamais quelqu'un de vouloir partager ce qu'elle vit, sans vouloir se plaindre, si c'est pour trouver du réconfort chez d'autres femmes comme elle. Je dis seulement que moi, je ne ressens pas du tout le besoin de partager cette facette de ma grossesse. Je balaie du revers de la main ces petits inconvénients et je continue, les yeux rivés vers l'avant plutôt que vers mon nombril.

J'ai longtemps partagé les choses désagréables que me faisait vivre mon infertilité. J'ai parlé des effets secondaires des médicaments, des commentaires blessants, de la perte d'espoir, de la rage, du sentiment d'injustice, de ma difficulté à me relever à chaque cycle, des larmes, de notre volonté de continuer malgré tout. Je suis pourtant consciente que plusieurs femmes qui sont passées par un chemin semblable au mien n'ont probablement pas partagé tout ça. Certaines femmes n'iront jamais en clinique de fertilité. D'autres ne tomberont pas dans le désespoir ou la rage comme je l'ai fait. C'est personnel, tout comme la grossesse.

Ce que nous avons vécu physiquement et émotionnellement pendant les années d'infertilité a été, pour Hom et moi, bien plus difficile que tout ce que nous avons pu vivre depuis le début de la grossesse. Plusieurs amis ont pensé bon d'avertir Hom que j'aurais un caractère de cochon pendant la grossesse. Hom souriait, en sachant très bien que rien ne peut être pire que l'humeur d'une femme sur Metformin, Clomid et Puregon tous ensemble. Nos années d'infertilité et de traitements hormonaux nous ont préparé, de bien plus de façons qu'on ne l'aurait cru, à vivre la grossesse de façon sereine.

Par contre, je crois que le fait d'avoir tant attendu notre enfant, d'avoir tant traversé pour arriver où nous en sommes nous donne une certaine pression que les autres n'ont peut-être pas. J'ai tellement rushé, j'ai tellement voulu tomber enceinte, je ne me vois juste pas en train de me plaindre à chaque petit malaise. Ce serait presque mal vu de me plaindre. J'entends déjà une petite voix dire "tu l'as voulu, maintenant, endure!" Le hic, c'est que pour l'instant, je n'ai pas l'impression d'endurer quoi que ce soit. Je le vis, point. J'ai toujours dit que je prendrais tout ce qu'il faudrait pour avoir mon enfant, c'est ce que je fais. Même si je m'enlève cette pression, que je juge inutile de toute façon, je ne ressens ni l'envie ni le besoin de parler de ce qui est moins agréable. Je ne m'en prive pas, je crois que je me sentirais libre d'en parler si j'en avais envie. Je ne crois pas que le fait de dire qu'on a mal enlève quoi que ce soit à notre volonté de prendre tout ce que la grossesse met sur notre chemin -bien et mal- si ça veut dire avoir un enfant en santé. C'est seulement une question de désir de partager ou non ces expériences, désir que je n'ai pas, voilà tout.

J'aime bien lire les témoignages d'autres femmes qui vivent plein de choses que je ne vis pas. Je ne suis certainement pas jalouse, après tout, j'ai la chance de vivre une grossesse quasi exemplaire. Je ne me sens pas tant anormale, seulement différente. Et il n'y a rien de mal à être différente, après tout.

11 septembre 2005

Pile

Pourquoi est-ce toujours en plein milieu de la nuit que la pile de l'avertisseur de fumée décide de nous signifier, à coups de bips énervants, qu'elle est sur le bord de mourir?

9 septembre 2005

À mi-chemin

Je suis aujourd'hui à mi-chemin entre la conception et le bébé. J'ai la moitié de la grossesse de faite, déjà! Je regarde derrière moi et je m'étonne de voir tout le chemin qu'on a parcouru. Je regarde devant moi et le chemin que j'y vois me remplit d'excitation et d'anxiété à la fois. J'ai hâte de le faire, ce chemin, avec Hom, pour nous rendre jusqu'à notre fils. J'ai hâte d'embarquer dans la grande aventure de la vie de parent avec lui. Ça me fait très peur, c'est certain. L'inconnu fait tout le temps un peu peur. Mais c'est une peur excitante, que j'accepte et que j'apprécie même.

Je regarde derrière moi, le bout de chemin qu'on a traversé et je dois encore me pincer. Moi, rendue à 10 semaiens? Moi?! Kiwi, infertile têtue, enceinte de 20 semaines! J'en reviens pas... On le répète souvent, mais ça passe si vite! Il me semble que c'était hier que je m'étonnais d'avoir 10 semaines de faites. Ce n'était qu'hier que j'attendais de voir apparaître la deuxième ligne rose. Et pouf, je me retrouve aujourd'hui, avec un tit homme qui bouge dans mon bedon et qui me force à croire que ça va bien nous arriver, dans un autre 20 semaines!

À mi-chemin entre l'infertilité et la maternité. À mi-chemin entre la conception et l'accouchement. À mi-chemin entre l'ovule et l'enfant. À mi-chemin entre le bonheur et encore plus de bonheur.

8 septembre 2005

Ménage

Mon bureau était un vrai fouillis. Je me suis finalement décidée à y faire un bon ménage cet après-midi. Des tonnes de vielles factures pêle-mêles, des comptes, des dossiers, des cartes de fête, des revues... tout ça étalé sur le plancher de mon bureau. Je suis pourtant une fille très ordonnée et hyper organisée. J'avais laissé tomber le rangement des papiers plus ou moins importants il y a 2 mois et ça s'est accumulé... Bref, j'étais dûe!

Sur mon bureau, j'ai toujours un calendrier de table. Je m'en sers à tous les jours, j'écris dessus, je prends des notes, il me sert aussi de sous-verre... À chaque mois j'arrache la grande page pour en découvrir une toute neuve. Je garde toujours celle du mois précédent pas trop loin, au cas où j'aurais besoin de retourner en arrière, pour les notes ou des dates. Je place les anciens mois pliés dans une partie de mon classeur. En faisant le ménage, je suis tombée sur plusieurs feuilles de calendrier. En fait, sur presqu'un an en feuilles barbouillées... Je regardais les mois qui venaient de passer, je voyais des petits chiffres représentant les semaines de grossesse. Ça m'a fait sourire. Puis, reculant encore plus loin, il y avait encore plein de petits chiffres... Des jours post-ovulation, des jours de cycle, des anniversaires bizarres (fausse-couche, essais...), plein de souvenirs d'infertilité, griffonnés en tout petit dans des coins de carreaux sur un vieux calendrier. Ça m'a fait tout drôle de revoir ça. J'avais presque l'impression de fouiller dans les souvenirs de quelqu'un d'autre. Pourtant, il n'y a pas si longtyemps, c'était ma réalité. Tout était compté: la température, les jours, les espoirs. Il n'y a pas si longtemps, je rêvais d'être enceinte, je calculais mes jours, j'osais voir dans l'avenir: 2 semaines plus tard. Je ne voyais jamais plus loin, je ne voulais pas tomber de trop haut. Tous les matins, j'entrais ma température sur FF, puis sur mon tableau dans mon cartable qui renfermait tout de mon histoire d'infertilité: mes courbes depuis le début, mes prescriptions, ma documentation, mes copies de dossiers. Je calculais les jours qu'il me restait à attendre, je regardais tout des dizaines de fois, au cas où un détail m'aurait échappé et que je devinerais tout d'un coup que ça y était. J'étais tannée, épuisée, découragée, mais ça faisait partie de ma routine. Je ne m'en rendais presque plus compte, c'était rendu tellement naturel pour moi de suivre cette routine et de tout compter, encore et encore. Ça faisait partie de moi, de mes journées, de ma vie, point. J'espérais que ça change, mais je ne voyais pas vraiment ma vie autrement.

Toutes ces pages de calendrier, tous ces petits chiffres et ces journées écoulées à espérer, c'est terminé. J'ai tout mis au recyclage. Je ne peux oublier ces mois, ces jours vécus dans l'incertitude, la frustration et l'espoir, mais ils ne font plus partie de ma réalité d'aujourd'hui. Peut-être revivrai-je tout ça un jour, mais pour le moment, j'ai une toute autre réalité. Une réalité qui bouge dans mon ventre, qui me fait remercier l'univers à chaque jour pour la chance que nous avons de vivre ce que nous vivons. Une réalité bien plus belle que ce que j'aurais pu imaginer pendant toutes ces heures à tout compter et calculer.

Ça fait du bien de faire du ménage de temps en temps...

7 septembre 2005

Un regard vide

L'amie que nous avons aidée à déménager samedi dernier, je la connais depuis que j'ai 7 ans. Nous n'avons pas été amies dès ce moment par contre. Nous suivions des cours de ballet ensemble, mais nous ne nous parlions pas vraiment. Ce n'est qu'en secondaire 1 que je l'ai retrouvée, à mon arrêt d'autobus. Petit à petit, nous sommes devenues amies. On se voyait tous les matins et soirs, dans l'autobus. On s'assoyait la plupart du temps ensemble. Elle ne faisait pas partie de ma "gang" à l'école, mais en dehors, nous étions de bonnes amies. Nous le sommes toujours, même si nous ne nous parlons pas aussi souvent.

Quand nous étions ados, j'allais souvent faire un tour chez elle. Comme la plupart de mes amies habitaient une autre ville (je n'allais pas à la poly du coin), je profitais encore plus de sa proximité. Quand j'avais besoin de quitter le cocon familial trop étouffant, de fumer une cigarette sans me faire juger, de me faire teindre ou raser les cheveux ou simplement de jaser, j'allais la voir. Elle restait dans un petit appartement avec ses parents. Ils m'ont donc très bien connue et je les trouvais très cool de me laisser venir sortir la vapeur chez eux.

Son père a toujours eu une santé fragile. Les problèmes de foie courent dans sa famille, en plus du diabète. Depuis des années, elle me donne de ses nouvelles quand on se parle, en disant "mon père a ci et ça, il est magané... Il n'en a probablement pas pour longtemps..." La connaissant bien et connaissant son sens du drame, je savais quand je pouvais en prendre ou en laisser. La semaine dernière, elle m'a annoncé que son père avait le cancer du foie et que c'était trop avancé pour qu'ils ne fassent quoi que ce soit. Je l'ai crue à l'instant. J'étais très désolée et triste pour elle et sa mère.

Samedi, ses parents étaient là lors du déménagement. Son père, que je n'avais pas vu depuis longtemps, était si frêle, si faible que j'en ai eu le coeur gros simplement à le regarder. Il semblait content de nous voir, mais sans plus. Il avait le regard vide, les joues creuses et l'air ailleurs. On sentait sa profonde tristesse, son immense désespoir à des miles à la ronde. C'était la première fois que je crosais quelqu'un si près de la mort. La totale impuissance de tous devant son grand malheur était intolérable. Je ne savais pas quoi lui dire, je ne savais pas quoi faire. Je me suis assise avec lui sur la balançoire, sur le balcon, pendant que les autres transportaient des meubles. J'étais mal à l'aise, je faisais des petites blagues, mais rien ne lui décrochait un sourire. J'étais assise à côté d'un mourant, d'un homme qui sait que sa vie se terminera bientôt et j'en perdais mes sens.

Il étais assis là, à regarder les grains de sable tomber un à un dans le sablier de ce qu'il lui reste de vie. Les grains de sable sont de moins en moins nombreux, mais il ne peut absolument rien faire pour les arrêter. C'est cette foutue impuissance qui me met à l'envers.

Je me suis souvent demandé comment je réagirais si je savais que j'allais mourir bientôt. Je ne veux pas savoir, du moins, pas tout de suite. Croiser le regard du père de mon amie m'a fait comprendre que j'ai bien d'autres choses plus importantes auxquelles penser aujourd'hui. Il m'a fait comprendre qu'on doit profiter de la vie. On le dit souvent, on le répète parce qu'on sait que c'est vrai, mais on le met rarement en pratique. J'ai peur de perdre les gens que j'aime. J'ai peur de me rendre à ce moment de ma vie en me disant "j'aurais dû..." Son regard qui me criait "Il est trop tard pour moi, mais pas pour toi!" m'a ouvert les yeux. La vie est mal faite, la vie est injuste parfois, la vie est loin de toujours être facile. Mais on en a juste une. Vivons-la.

6 septembre 2005

De plus petites montagnes

Depuis le début de la grossesse, je manque d'énergie et de motivation pour travailler. Ma fatigue (lire paresse) m'a ainsi retardée dans mes contrats. L'équation va comme suit: fatigue = paresse = retard = encore plus de travail en vue = encore plus de fatigue... Bref, plus je retardais mes travaux, plus je les accumulais et moins j'étais motivée. Quand on travaille à son compte, les congés ne sont pas payés et les heures à fixer le vide en espérant voir les travaux se faire tout seuls non-plus.

J'ai donc décidé de prendre le taureau par les cornes parce que le budget commençait à me crier après, comme le patron que je n'ai pas. Au lieu de voir toute l'immense montagne de travail qui m'attendait chaque matin et qui ne semblait jamais diminuer, j'ai changé ma perspective. Tous mes contrats ont à peu près la même priorité, le même deadline. Je ne peux donc pas en mettre un sur la glace pendant que j'en termine un autre. J'ai regardé au long terme, divisé les travaux en journées. Je vois maintenant chaque matin une seule petite montagne, celle du jour. Aujourd'hui je dois faire 5 logos, 10 pubs et numériser toutes les images d'un contrat. Demain, ce sera une autre partie de chaque contrat et ainsi de suite. Je me décourage bien moins vite, je reste motivée et surtout, j'avance. Si j'ai le temps de faire plus que ce que j'avais écrit sur ma petite liste, tant mieux! Si je décide de faire une sieste après avoir terminé mes travaux du jour, je ne me sens plus coupable. Chaque contrat avance au même rhytme, chaque contrat sera terminé à temps.

J'ai l'impression de mieux respirer depuis que j'ai divisé mes travaux comme ça. Je vais devoir continuer de le faire car j'ai plusieurs gros contrats qui s'en viennent. Je donne la claque pour les mois à venir, ce sera mieux pour les finances et ça m'avancera pour les premiers mois de notre bébé, alors que je serai moins disponible.

En bout de ligne, traverser plusieurs petites montagnes est sûrement aussi fatigant qu'en traverser une seule immense. Sauf que de cette façon, je peux reprendre mon souffle plus souvent.

5 septembre 2005

Longue fin de semaine

Samedi matin, nous nous sommes levés tôt pour aller déjeuner au resto. Hom devait prendre un déjeuner "d'homme" parce qu'on allait aider des amis à déménager. Enfin, il allait les aider, j'allais plutôt assister au déménagement... La serveuse de la Belle Province était bien sympathique et nous a jasé un peu. Puis nous sommes partis pour le déménagement.

Tout s'est bien déroulé, même si, comme à tous les déménagements d'amis, il y avait un manque d'organisation. Je trouve ça comique à quel point un déménagement peut être une chose si personnelle. On a toujours quelque chose à reprocher sur la "technique" de déménagement des autres. On est toujours une gang à dire comment NOUS ferions les choses, c'est à dire très différement. Mais je sais que mes amis, pour nous avoir aidés souvent, on toujours eu leur mot à dire dans nos déménagements aussi.

J'ai lavé la vaisselle pendant près de 3 heures. Comme mon amie avait fait ses boîtes il y a près de 3 ans, le papier journal commençait à être imprimé dans les assiettes. Je n'ai pas forcé, non, mais je me suis pas mal emmerdée... Alors la pizza était quand même méritée!

Dimanche, nous sommes retournés déjeuner au resto, parce qu'il n'y avait rien dans le frigo. La même serveuse nous a servi et nous a demandé comment avait été le déménagement. J'avais mis un chandail de maternité pour la première fois. Je ne sais pas si c'est ça qui lui a mis la puce à l'oreille, mais elle m'a dit "mais vous, vous ne déménagiez pas là? Pas avec le bébé qui s'en vient!" J'étais tellement émue que quelqu'un réalise, sans que j'en parle, que mon ventre renfermait un petit bébé! Ça m'a vraiment fait tout drôle de constater que le monde extérieur pouvait remarquer ce qu'il nous arrive de si beau.

Nous sommes ensuite allés nous promener dans le Vieux Longueuil, pensant y voir des ventes de garage et peut-être trouver la perle rare. Nous n'avons même pas trouvé de vente de garage, alors pour la perle rare, on repassera. On a fouiné un peu au Festival des vieux métiers, mais ce n'était vraiment rien d'extraordinaire. Un petit milk-shake à la crémerie où tout a failli commencer, puis retour à la maison. Un petit souper et un film, bien collés.

Aujourd'hui, nous avons passé la journée chez d'autres amis. Hom a aidé à déplacer des meubles et nous avons eu droit à un délicieux dîner. De retour chez nous, j'ai fait une sieste sur la chaise longue, dehors, alors que Hom lisait Le Petit Prince à mes côtés. Je ne sais pas combien de siestes j'ai faites sur cette chaise cet été! C'est imanquable, dès que je m'y étends, je m'endors!

Nous allons maintenant finir la fin de semaine du travail tranquillement... en attendant les prochains congés, dans un peu plus d'un mois!

2 septembre 2005

Maman Last Call

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Nous nous sommes finalement décidés à regarder ce film hier soir. J'ai hésité longtemps parce que j'avais absolument adoré le livre. Je fouillais sans but précis dans la bibliothèque de mon père quand j'ai trouvé ce livre. Je l'ai pris, l'ai regardé, puis j'ai lu les premières pages. En fait, je voulais lire les premières pages, mais je n'ai pas pu arrêter de lire avant de l'avoir terminé. J'ai vraiment aimé l'histoire, les personnages, la légerté du livre, mais ce qui m'a avant tout séduite, c'est l'écriture de Nathalie Petrowski. J'ai dévoré le livre parce que les mots coulaient, le style me collait à la peau et j'appréciais la franchise des propos tenus. Un humour franc et vrai, sans flafla, qui va droit au but.

Même si le scénario a été écrit par Mme Petrowski, j'avais peur de voir le film. Je sais, on ne doit jamais comparer les deux. Je suis habituellement la première à le rappeler aux gens qui disent "oui mais dans le livre, ce n'était pas comme ça!" N'empêche que quand on a autant aimé un livre, on reste sur la défensive quand le film sort. On se dit que l'image qu'on avait dans notre tête risque d'être gâchée, que ce qu'on avait aimé du livre sera lègué aux oubliettes dans le film... On part toujours avec une idée pré-conçue, même si on ne devrait pas.

Et bien, je n'avais pas tord d'hésiter. J'ai eu du mal à rester accrochée au film hier soir. La réalisation est inégale, le rhytme est parfois trop rapide, parfois trop lent, jamais à la bonne vitesse. Il y a selon moi beaucoup de longueurs et de petites histoires inutiles. On a mis l'accent sur trop de petites histoires paralèles (la mère porteuse, la jeune journaliste ambitieuse) plutôt que de le mettre sur la véritable histoire centrale: celle d'une femme de 37 ans, immature et ambitieuse, qui ne veut pas d'enfant, mais qui en aura un malgré tout. Les actrices étaient excellentes (Sophie Lorrain et Anne-Marie Cadieu), mais elles ne pouvaient pas porter tout le poids du film sur leurs épaules. Les dialogues étaient bien écrits, mais manquaient du piquant Petrowski que j'espérais retrouver. J'ai trouvé le film "drabe", j'ai trouvé qu'il manquait de finition, de vision d'ensemble. Il n'y avait pas de substance, pas de profondeur. Le sujet a été abordé en surface, de façon superficielle, avec trop d'éléments pour nous en distraire.

Je ne suis pas critique de cinéma. Je ne fais que dire mon opinion sur un film qui m'avait été recommandé par plus d'une personne. "Tu vas te reconnaître!" Et bien non, je ne me suis pas reconnue. Bizarrement, je me suis plus reconnue en lisant le livre, qui était bien plus axé sur l'indépendance et la liberté de la femme sans enfant, alors que j'étais au beau milieu des injections et traitements contre mon infertilité. J'ai été déçue par le film, j'avais espéré l'aimer autant que le livre. Et même si je n'avais pas lu le livre, je n'aurais pas aimé le film. Je suis peut-être difficile, mais je m'en fous. J'aime les BONS films et celui-là, peu importe à quel point je l'espérais, ne l'était pas.

1 septembre 2005

Des décisions à prendre

Un client m'appelle vers 11h45 cet avant-midi. Il me demande s'il peut passer ramasser ses épreuves. Je lui dis oui, il me répond qu'il s'en vient "tout de suite." Je décide donc d'attendre qu'il soit passé avant de manger, même si mon ventre crie déjà famine. Vers 12h30, j'en ai assez d'attendre et je décide de manger. Tant pis s'il arrive au beau milieu de ma soupe, j'ai faim! Et bien il est arrivé à 13h30! On repassera pour le "tout de suite"!

Peu de temps avant qu'il arrive, je me suis rendue compte que la poussette et le siège sauteur étaient dans l'entrée. Comme aucun de mes clients n'est encore au courant de ma grossesse, je me suis empressée de tout cacher dans le bureau de Hom (en me cognant le genou sur la porte et l'orteil sur la patte de chaise). Finalement, tant mieux s'il est arrivé tard...

Tout ça m'a fait penser que je vais devoir éventuellement les mettre au courant. Plus je repousse ce moment, plus ce sera difficile. Je ne leur ai pas encore dit pour une seule raison: je ne sais pas encore ce que je ferai lorsque Pépin sera arrivé. Je veux dire, je n'ai pas encore réglé la question du remplacement ou du temps partiel ou du congé de maternité... Je n'arrive toujours pas à faire le ménage dans mes pensées et à prendre une décision par rapport à tout ça. Laisser ma compagnie, mes clients, entre les mains de quelqu'un d'autre me fait très peur. J'ai aussi très peur que mes clients profitent de cette occasion pour aller voir ailleurs et me laissent sans revenu à mon retour. Je voudrais ne pas travailler, je voudrais moi aussi pouvoir prendre congé et profiter des premiers moments avec mon bébé. Mais quand j'ai choisi de partir à mon compte, ça faisait partie des sacrifices: pas de congés payés. J'ai pourtant de la difficulté à imaginer quelqu'un d'autre faire mes contrats, tenir mon gagne-pain entre ses mains. Trouver quelqu'un à la hauteur, en qui je pourrai faire confiance, qui aura les mêmes compétences que moi et la même autonomie, ce sera ardu.

Je ne pourrai pas indéfiniment cacher la poussette et ma bédaine. Je vais devoir leur en parler, mais pour leur dire quoi? Je suis enceinte, je vais accoucher en janvier, mais je n'ai aucune idée ce qu'il va arriver à vos contrats? Je voulais avoir pris mes décisions avant de leur en parler, mais je crois que je vais devoir jouer la comédie un peu et prétendre que tout est prévu et qu'ils ne verront pas de différence. Je dois prendre mes décisions, je dois passer cette étape maintenant si je veux avoir le temps de tout organiser et surtout, si je veux garder la confiance de mes clients.